Classification des Édentements Partiels : Guide Complet de la Prothèse Amovible Partielle (Kennedy-Applegate)
Comprendre les classes d’édentements pour mieux orienter le diagnostic et le plan de traitement prothétique.
Introduction : Pourquoi classer les édentements partiels ?
La perte de dents n’est jamais anodine. Qu’il s’agisse d’une ou plusieurs dents manquantes, chaque édentement partiel génère des problématiques biomécaniques, fonctionnelles et esthétiques spécifiques. Face à cette diversité clinique, le praticien a besoin d’un langage commun, précis et universel.
C’est là qu’intervient la classification des édentements partiels : un outil diagnostique indispensable qui permet de catégoriser chaque situation, de communiquer efficacement entre professionnels de santé, et de guider le choix thérapeutique — notamment en prothèse amovible partielle (PAP).

Depuis plus d’un siècle, plusieurs auteurs ont proposé leurs propres systèmes. Parmi eux, la classification de Kennedy-Applegate s’est imposée comme la référence internationale, adoptée dans les facultés d’odontologie du monde entier.
Dans ce guide complet, vous découvrirez les fondements de ces classifications, leurs règles d’application, les erreurs à ne pas commettre, ainsi que des cas cliniques commentés pour ancrer la théorie dans la pratique.

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Les Impératifs d’une Classification Valide
Pour être réellement utile en pratique quotidienne, une classification d’édentements doit satisfaire plusieurs critères essentiels :
- Simplicité : elle doit être mémorisable et applicable rapidement en consultation.
- Universalité : adoptée par le maximum de praticiens pour constituer un référentiel commun.
- Visualisation immédiate : un praticien doit pouvoir reconstituer mentalement le cas clinique à partir de la seule dénomination.
Trois règles fondamentales s’appliquent systématiquement, quelle que soit la classification utilisée :
- L’édentation postérieure est toujours l’élément déterminant dans le choix d’une classe.
- L’absence d’une troisième molaire non remplacée n’intervient jamais dans la classification.
- La classification ne doit être établie qu’après les extractions requises ou les restaurations prothétiques fixes envisagées.
Historique : Du Foisonnement des Classifications à la Standardisation
Dès le début du XXe siècle, de nombreux auteurs ont cherché à ordonner la diversité des édentements partiels. On recense ainsi :
- Classification de Kennedy (1923) — la plus répandue mondialement
- Classification de Wild (1933-1943)
- Classification de Cummer (1942)
- Classification de Martin
- Classification de Beckett
- Classification de Costa
Chacune de ces approches reflète une vision particulière de l’édentement : certaines sont purement topographiques (localisation des espaces édentés), d’autres intègrent la biomécanique (type de support, comportement de la prothèse).
La classification de Kennedy a su s’imposer par sa clarté et sa capacité à être complétée. C’est Applegate qui, en 1960, l’a modernisée pour en faire le système de référence que nous connaissons aujourd’hui.

La Classification de Kennedy (1923) : Les 4 Classes Fondamentales
Principe général
Édouard Kennedy a divisé toutes les édentations partielles en 4 classes, basées uniquement sur la localisation des segments édentés. Cette classification est purement topographique : elle ne prend pas en compte la qualité des tissus de support ni les caractéristiques des dents piliers.
Classe I — Édentation bilatérale postérieure
Les deux extrémités postérieures de l’arcade sont édentées. La prothèse est en extension distale bilatérale, ce qui implique un appui mixte dento-muqueux : la crête alvéolaire participe activement au support de la base prothétique.
C’est la situation clinique la plus délicate sur le plan biomécanique, en raison du risque de bascule de la prothèse.
Classe II — Édentation unilatérale postérieure
Un seul côté de l’arcade présente une zone édentée terminale, sans dent support en distal. La prothèse est en extension distale unilatérale.
Classe III — Édentation intercalée bilatérale
L’espace édenté est délimité de part et d’autre par des dents naturelles. Le support est essentiellement dentaire, ce qui confère une meilleure stabilité à la prothèse.
Classe IV — Édentation encastrée antérieure franchissant la ligne médiane
L’édentation concerne la région antérieure et dépasse la ligne médiane. C’est la seule classe qui ne peut pas comporter de modifications (voir les lois d’Applegate).
La Classification de Kennedy-Applegate (1960) : Le Système de Référence Actuel
Les apports d’Applegate
En 1960, Applegate enrichit la classification originale de Kennedy en lui ajoutant 2 nouvelles classes et surtout un ensemble de règles d’application (les “lois d’Applegate”) qui rendent le système beaucoup plus rigoureux et reproductible.
La classification de Kennedy-Applegate prend en compte à la fois :
- La localisation des segments édentés
- Le type de support (dento-porté, muco-porté ou mixte)
Pour aller plus loin dans la maîtrise de ces concepts, l’ouvrage Prothèse amovible partielle : Clinique et laboratoire constitue une référence incontournable pour les étudiants comme pour les praticiens.
Les 6 Classes Fondamentales
Classe I — Édentement distal bilatéral (extension libre des deux côtés).

Classe II — Édentement distal unilatéral (extension libre d’un seul côté).

Classe III — Édentement encastré bilatéral avec présence des canines. Le support est principalement dentaire.

Classe IV — Édentement encastré antérieur franchissant la ligne médiane.

Classe V — Édentement encastré bilatéral, mais avec perte d’au moins une canine, ce qui modifie significativement la biomécanique.
Classe VI — Édentement encastré unilatéral (espace limité par des dents de chaque côté, d’un seul côté de l’arcade).
Les Sous-divisions (Modifications)
Chaque classe peut être modifiée lorsque des espaces édentés additionnels s’y ajoutent. Ces modifications sont désignées par un chiffre (mod 1, mod 2, etc.) correspondant au nombre de segments édentés supplémentaires, et non au nombre de dents manquantes.
Exemples :
- Classe I mod 1 : édentement distal bilatéral + un segment édenté encastré sur l’arcade résiduelle
- Classe II mod 1 : édentement distal unilatéral + un espace édenté encastré de l’autre côté
- Classe II mod 2 : édentement distal unilatéral avec deux espaces édentés additionnels
Les 8 Lois d’Applegate : Règles d’Application de la Classification
Applegate a formulé des règles précises pour éviter toute ambiguïté dans l’attribution d’une classe. En voici les principales :
- La classification est établie après les extractions nécessaires, car toute extraction ultérieure pourrait la modifier.
- C’est toujours le segment édenté le plus postérieur qui détermine la classe principale.
- Le nombre de modifications est déterminé par le nombre de segments édentés additionnels, non par le nombre de dents manquantes.
- La Classe IV ne peut comporter aucune modification : si des espaces additionnels existent, c’est l’espace postérieur qui détermine la classe.
- L’absence de la 3e molaire non remplacée n’est pas prise en compte dans la classification.
- Si la 3e molaire est présente et utilisée comme dent support, elle doit être intégrée dans la classification.
- Si une 2e molaire absente n’est pas remplacée, elle n’est pas prise en compte non plus.
- Le support de la prothèse (dento-porté vs muco-porté) est implicitement lié à la classe.

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Quelle Solution Vous Convient le Mieux ? Tableau Comparatif des Classes d’Édentements
Voici un récapitulatif synthétique des six classes pour orienter rapidement le diagnostic :
| Critère | Classe I | Classe II | Classe III | Classe IV | Classe V | Classe VI |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Localisation | Distale bilatérale | Distale unilatérale | Encastrée bilatérale | Antérieure médiane | Encastrée bilatérale | Encastrée unilatérale |
| Canines présentes | Oui | Oui | Oui | Oui | Non (au moins 1) | Oui |
| Type de support | Mixte | Mixte | Dentaire | Dentaire | Mixte | Dentaire |
| Extension libre | Bilatérale | Unilatérale | Aucune | Aucune | Variable | Aucune |
| Modifications possibles | Oui | Oui | Oui | Non | Oui | Oui |
| Difficulté biomécanique | Élevée | Modérée à élevée | Faible | Modérée | Modérée | Faible |
| Risque de bascule | Élevé | Modéré | Faible | Faible | Modéré | Faible |
Erreurs Fréquentes à Éviter dans l’Application de la Classification
1. Établir la classification avant les extractions
C’est l’erreur la plus répandue, notamment en situation d’urgence. Si une dent condamnée n’a pas encore été extraite au moment du bilan, elle fausse la classification et donc le plan de traitement.
Bonne pratique : toujours réaliser le bilan exodontique et les extractions indispensables avant de classifier le cas.
2. Compter les dents manquantes plutôt que les segments édentés
Un étudiant non averti peut confondre le nombre de dents absentes avec le nombre de segments édentés additionnels. Or, les modifications (mod 1, mod 2…) sont basées sur le nombre de segments, pas de dents.
Bonne pratique : identifier chaque espace édenté comme une unité, indépendamment du nombre de dents qu’il contient.
3. Ignorer la position de la 3e molaire
L’absence d’une troisième molaire non remplacée ne modifie pas la classification — mais si elle est présente et utilisée comme dent pilier, elle doit impérativement être intégrée. Négliger ce point peut mener à une sous-estimation du support disponible.
Bonne pratique : évaluer systématiquement le statut de chaque 3e molaire et son rôle éventuel dans la conception prothétique.
4. Ajouter une modification à une Classe IV
La Classe IV ne supporte aucune modification selon les lois d’Applegate. Si des espaces édentés postérieurs coexistent avec un édentement antérieur médian, c’est l’espace postérieur qui dicte la classe.
Bonne pratique : mémoriser cette exception comme règle absolue et appliquer systématiquement le principe “le segment le plus postérieur prime”.
5. Confondre Classe III et Classe V
La distinction repose sur la présence ou l’absence d’au moins une canine. Or la canine joue un rôle biomécanique capital (guidage, esthétique). La confondre avec une prémolaire dans l’établissement de la classe peut conduire à une conception prothétique inadaptée.
Bonne pratique : repérer les canines en priorité lors de l’analyse du schéma d’édentement.
6. Négliger l’impact du support sur la conception prothétique
Classer correctement un édentement ne suffit pas : il faut en tirer les conséquences pour la conception du châssis. Un appui muco-porté (Classe I ou II) impose des choix de conception très différents d’un appui dento-porté (Classe III, VI).
Bonne pratique : toujours corréler la classe obtenue à son type de support et adapter en conséquence la conception du châssis coulé. L’ouvrage Conception et Réalisation des Châssis en Prothèse Amovible Partielle détaille ces considérations avec précision.
Cas Cliniques Commentés
Cas Clinique 1 — La Classe I bilatérale chez un patient âgé
Présentation : M. A., 67 ans, retraité, se présente en consultation pour une réhabilitation prothétique. Il a perdu les molaires et prémolaires des deux côtés, maxillaire supérieur. Les canines et incisives sont toujours présentes, saines et avec une bonne mobilité de grade 0.
Problématique identifiée : L’arcade présente un édentement distal bilatéral typique d’une Classe I de Kennedy-Applegate. L’absence de dents support distales impose un appui mixte dento-muqueux avec extension bilatérale de la base prothétique. Le risque majeur est la bascule de la prothèse lors de la mastication.
Prise en charge : Conception d’un châssis coulé avec appuis cingulaires sur les canines, crochets à recouvrement de grande connexion, et bases résine étendues sur les crêtes postérieures. Empreinte secondaire anatomo-fonctionnelle pour enregistrer correctement les tissus en situation de charge.
Résultat attendu : Bonne répartition des contraintes sur les dents piliers et les crêtes résiduelles, réduction significative du risque de bascule, et amélioration de la mastication. Un suivi à 3 mois est prévu pour ajuster les contacts occlusaux.
Cas Clinique 2 — Classe II mod 1 chez une femme active
Présentation : Mme B., 45 ans, enseignante, consulte pour une gêne fonctionnelle et esthétique. Elle présente un édentement en distal à droite (absence des 2e prémolaire et molaires) et un espace édenté intercalé à gauche (absence de la 1re molaire). Les canines sont présentes des deux côtés.
Problématique identifiée : L’édentement terminal est à droite, les dents piliers distales sont absentes de ce côté. À gauche, un espace édenté encastré s’y ajoute. On est en présence d’une Classe II mod 1 de Kennedy-Applegate : édentement distal unilatéral (à droite) avec un segment édenté additionnel (à gauche).
Prise en charge : Le châssis est conçu avec un appui mixte à droite (extension distale) et un support strictement dentaire à gauche (encadrement par la 2e prémolaire et la 2e molaire). Choix d’un crochet circulaire à droite sur la 2e prémolaire, et d’un crochet en T à gauche pour limiter la visibilité sur le sourire.
Résultat attendu : La patiente retrouve une mastication bilatérale efficace. Le crochet discret à gauche préserve l’esthétique. Recommandation d’un fil dentaire expansible pour maintenir une hygiène rigoureuse autour des dents piliers.
Cas Clinique 3 — Classe IV antérieure chez un jeune adulte
Présentation : M. C., 28 ans, suite à un traumatisme sportif, a perdu les 4 incisives supérieures (11, 12, 21, 22). Les canines et dents postérieures sont intactes. Il n’y a aucun autre espace édenté.
Problématique identifiée : L’édentement est antérieur et franchit la ligne médiane, sans autre espace édenté. C’est une Classe IV de Kennedy-Applegate, qui, par définition, ne peut comporter aucune modification. L’enjeu est autant fonctionnel (incision des aliments) qu’esthétique et phonétique.
Prise en charge : La prothèse amovible partielle est envisagée dans un premier temps comme solution transitoire avant une réhabilitation implantaire. Conception d’un appareil de type plaque palatine avec dents prothétiques en résine haute esthétique. Le support est purement dentaire, grâce aux canines et prémolaires qui constituent d’excellents piliers. Le jeune patient est motivé sur l’hygiène avec un bain de bouche adapté comme le Listerine Total Care 0% alcool.
Résultat attendu : Récupération immédiate de l’esthétique et de la phonation. Suivi trimestriel pour évaluer l’évolution osseuse et planifier les implants à moyen terme.
Foire Aux Questions (FAQ)
Quelle est la différence entre la classification de Kennedy et celle de Kennedy-Applegate ? La classification originale de Kennedy (1923) se limite à 4 classes purement topographiques. Applegate l’a enrichie en 1960 en ajoutant 2 classes supplémentaires (Classe V et VI) et un ensemble de règles d’application (les “lois d’Applegate”) qui rendent le système plus rigoureux et applicable à toutes les situations cliniques. C’est cette version améliorée qui est aujourd’hui utilisée en référence internationale.
Comment déterminer la classe d’un édentement lorsqu’il y a plusieurs zones édentées ? C’est le segment édenté le plus postérieur qui détermine toujours la classe principale. Les autres espaces édentés s’ajoutent ensuite comme “modifications” (mod 1, mod 2, etc.), selon leur nombre — et non selon le nombre de dents absentes qu’ils contiennent.
Pourquoi la Classe IV ne peut-elle pas avoir de modifications ? Les lois d’Applegate stipulent que si un édentement antérieur médian coexiste avec des espaces édentés postérieurs, c’est le segment postérieur qui prime et détermine la classe. La Classe IV ne peut donc exister avec des modifications, car la présence d’un espace distal ferait basculer la classification vers une autre classe.
La troisième molaire compte-t-elle dans la classification ? Pas si elle est absente et non remplacée. En revanche, si elle est présente et utilisée comme dent pilier, elle doit impérativement être prise en compte dans l’établissement de la classe et dans la conception prothétique.
Quelle est la classe d’édentement la plus difficile à traiter en prothèse amovible ? La Classe I bilatérale est généralement considérée comme la plus exigeante sur le plan biomécanique. L’absence de dents support distales des deux côtés impose un appui mixte dento-muqueux avec un fort risque de bascule lors des fonctions. La conception du châssis et la précision de l’empreinte y sont cruciales.
La classification change-t-elle si je perds une dent supplémentaire après la pose de la prothèse ? Oui. La classification est établie à un instant T, avant la réalisation prothétique. Si une nouvelle dent est extraite par la suite, elle peut modifier la classe et rendre la prothèse inadaptée. C’est pourquoi un bilan bucco-dentaire complet s’impose avant toute réhabilitation.
Un même patient peut-il avoir des classes différentes au maxillaire et à la mandibule ? Absolument. La classification s’applique séparément pour chaque arcade. Il est tout à fait courant qu’un patient présente une Classe II au maxillaire et une Classe III à la mandibule, nécessitant deux prothèses de conception différente.
Quelle hygiène adopter avec une prothèse amovible partielle ? Un brossage minutieux des dents naturelles restantes est essentiel, en insistant autour des dents piliers. L’utilisation d’un hydropulseur compact comme le COSLUS C51 permet d’éliminer efficacement les résidus alimentaires autour des crochets et dans les espaces interdentaires difficiles d’accès.
Conclusion : La Classification au Service du Plan de Traitement
La classification des édentements partiels n’est pas une simple formalité académique. C’est un outil diagnostique vivant, qui conditionne chaque décision clinique : choix du type de prothèse, conception du châssis, sélection des dents piliers, type d’empreinte.
La classification de Kennedy-Applegate, avec ses 6 classes et ses lois d’application, offre un cadre clair, rigoureux et universellement reconnu. La maîtriser, c’est poser les bases d’une réhabilitation prothétique raisonnée et durable.
Pour les étudiants en odontologie qui préparent les concours ou souhaitent consolider leurs bases, les Annales corrigées de l’internat en odontologie 2022-2024 constituent un outil de révision précieux, tout comme le Guide clinique d’odontologie pour la pratique quotidienne.

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