Prothèse conjointe et laboratoire
Prothèse conjointe et laboratoire
Prothèse conjointe et laboratoire
Le succès d’une réhabilitation dentaire repose sur plusieurs facteurs clés : un diagnostic précis, une planification rigoureuse, une communication fluide entre le praticien et le laboratoire, ainsi qu’une connaissance approfondie des procédures cliniques et techniques par les deux parties. Le praticien doit comprendre les étapes de fabrication des prothèses au laboratoire, tandis que le technicien doit être informé des exigences cliniques pour garantir un résultat optimal. Cet article détaille les matériaux, les techniques et les étapes de fabrication des prothèses conjointes, tout en enrichissant le contenu pour atteindre environ 2000 mots. Les sections sont organisées avec des titres clairs en français (H2, H3, H4) pour une lecture structurée.
Matériaux utilisés en laboratoire
Les principaux matériaux intervenant dans la fabrication des prothèses conjointes au laboratoire sont les cires, les revêtements, les alliages et les céramiques. Chacun de ces matériaux joue un rôle spécifique dans le processus, contribuant à la précision, à la durabilité et à l’esthétique des prothèses.
La cire
Historique et utilisation
La technique de la coulée de cire perdue, utilisée depuis plus de 6000 ans avant J.-C., a été développée par les Hébreux pour créer des objets complexes en métal. En prothèse dentaire, la cire est essentielle pour sculpter les maquettes des pièces prothétiques et enregistrer l’occlusion. Elle permet de reproduire avec précision l’anatomie dentaire, y compris les points de contact, les crêtes marginales, les faces occlusales et les bombés proximaux.
Types de cire
Les cires utilisées en prothèse conjointe sont entièrement calcinables. Lors du préchauffage des cylindres à 500 °C, elles brûlent sans laisser de résidus grâce à l’oxydation du carbone. Cette propriété garantit que la maquette en cire disparaît complètement, laissant un moule propre pour la coulée du métal. Les cires peuvent être de différentes consistances selon leur usage : certaines sont rigides pour la sculpture fine, tandis que d’autres sont plus malléables pour l’enregistrement des relations occlusales.
Les revêtements
Classification des revêtements
Les revêtements modernes sont principalement des revêtements phosphatés, classés en deux types selon leur application :
- Type I : Utilisé pour la coulée des inlays, onlays, couronnes et bridges.
- Type II : Destiné à la coulée des châssis métalliques pour les prothèses partielles amovibles (PPMA).
Ces revêtements sont conçus pour résister aux températures élevées des fours de préchauffage et pour supporter la coulée des alliages sans se déformer. Ils garantissent également une précision dimensionnelle pour reproduire fidèlement les détails de la maquette en cire.
Préparation du revêtement
La préparation du revêtement suit des proportions strictes d’eau et de poudre, telles que spécifiées par le fabricant. Une fois mélangé, le revêtement est versé dans un cylindre où la maquette en cire est fixée. Après un temps de durcissement de 2 à 3 heures, le cylindre est prêt pour le préchauffage, étape cruciale pour éliminer la cire et préparer le moule pour la coulée.
Les alliages
Composition des alliages dentaires
Les alliages dentaires sont composés d’une combinaison d’au moins 30 métaux différents, regroupés en deux catégories principales :
- Alliages précieux : Contiennent des métaux comme l’or, l’argent, le palladium ou le platine. Ces alliages sont prisés pour leur biocompatibilité et leur résistance à la corrosion.
- Alliages non précieux : Incluent le nickel, le chrome, le cobalt, le molybdène, le béryllium ou le titane. Ils sont souvent utilisés pour leur coût réduit et leur robustesse.
Tous ces métaux doivent être biocompatibles, faciles à couler et à souder, et capables de résister aux contraintes mécaniques et chimiques de l’environnement buccal.
Températures de préchauffage
La température de préchauffage des cylindres dépend du type d’alliage utilisé :
- Nickel-Chrome (Ni-Cr) : 950 °C
- Chrome-Cobalt (Cr-Co) : 1050 °C
Ces températures élevées garantissent l’élimination complète de la cire et la préparation du moule pour une coulée précise.
Les céramiques
Les céramiques dentaires sont utilisées pour leur esthétique et leur biocompatibilité. Elles permettent de reproduire l’aspect naturel des dents tout en offrant une excellente résistance mécanique. Les céramiques peuvent être appliquées sur une armature métallique ou utilisées seules dans des prothèses céramo-céramiques ou en zircone.
Fabrication des prothèses métalliques
La fabrication d’une prothèse métallique suit un processus rigoureux, de la sculpture de la maquette en cire à la finition de la pièce finale.
Sculpture des maquettes en cire
Étapes de la sculpture
Sur un modèle de travail en plâtre, obtenu à partir d’une empreinte dentaire, le technicien sculpte la future prothèse à l’aide de la cire. Cette étape vise à reproduire l’anatomie dentaire avec précision, en tenant compte des éléments suivants :
- Points de contact : Pour assurer une bonne relation avec les dents adjacentes.
- Crêtes marginales : Pour une adaptation parfaite aux limites cervicales.
- Faces occlusales : Pour une occlusion fonctionnelle.
- Bombés proximaux : Pour une esthétique naturelle.
Une attention particulière est portée à la limite cervicale, qui doit être précise pour éviter tout espace entre la prothèse et la dent préparée. Une fois sculptée, la maquette en cire est lissée et dégraissée pour éliminer toute imperfection.
Fixation des tiges de coulée
Des tiges de coulée (en cire, plastique ou métal) sont fixées sur la maquette pour créer des canaux par lesquels le métal en fusion sera injecté. La maquette est ensuite retirée du modèle de plâtre (MPU) et placée dans un cylindre pour la mise en revêtement.
Mise en revêtement
Préparation du cylindre
Le cylindre est préparé avec un revêtement de type I, adapté à la coulée des couronnes et bridges. La maquette en cire est fixée sur un socle (en cire ou métallique) et placée au centre de la partie inférieure du cylindre pour garantir une distribution uniforme du métal lors de la coulée.
Coulée du revêtement
Le mélange eau/poudre du revêtement est préparé selon les instructions du fabricant. Une fois homogène, il est versé dans le cylindre, enveloppant complètement la maquette en cire. Le durcissement du revêtement prend généralement 2 à 3 heures.
Coulée du métal
Préchauffage du cylindre
Après durcissement, le cylindre est placé dans un four de préchauffage à une température adaptée à l’alliage choisi (950 °C pour Ni-Cr, 1050 °C pour Cr-Co). Cette étape, qui dure environ 2 heures, élimine toute trace de cire par combustion, laissant un moule vide prêt pour la coulée.
Coulée proprement dite
L’alliage sélectionné est fondu à l’aide d’une fronde à induction, qui permet une fusion rapide et contrôlée. Le métal en fusion est ensuite injecté dans le moule à travers les canaux de coulée. Une fois refroidi, le cylindre est ouvert pour récupérer la pièce métallique.
Finition et polissage
Dégagement de la pièce
La prothèse métallique (couronne ou bridge) est extraite du revêtement, puis passée à la sableuse pour éliminer les résidus de revêtement à l’aide de sable projeté sous pression.
Surfaçage
La pièce est ensuite surfacée à l’aide de meulettes en caoutchouc et de fraises fines pour affiner les sillons occlusaux et les contours. Cette étape garantit une adaptation précise et une surface lisse.
Polissage final
Le brillant final est obtenu à l’aide de petites brossettes rotatives et de pierre ponce, conférant à la prothèse un aspect poli et professionnel.
Fabrication des prothèses céramiques
Les prothèses céramiques offrent une esthétique supérieure, imitant parfaitement l’aspect des dents naturelles. Elles peuvent être réalisées avec ou sans armature métallique, ou encore en zircone.
Prothèse céramique avec armature métallique
Application de l’opaque
Sur la pièce métallique finie, deux couches d’opaque céramique sont appliquées pour masquer la couleur sombre de l’alliage. Ces couches sont cuites au four à une température de 900 à 1000 °C pour assurer une adhérence parfaite.
Montage de la céramique
La pâte céramique, composée de poudre et d’eau distillée, est appliquée par couches successives à l’aide d’un pinceau et d’une spatule. Chaque couche est sculptée pour reproduire l’anatomie dentaire, puis cuite à une température de 940 à 980 °C. Ce processus peut nécessiter plusieurs cuissons pour obtenir la forme et la teinte souhaitées.
Finition
Contrairement aux prothèses métalliques, les prothèses céramiques sont rarement polies après cuisson, car la céramique offre une surface naturellement lisse. Si nécessaire, des meulettes en caoutchouc sont utilisées pour des ajustements mineurs.
Prothèse céramique sans armature métallique
Procédé céramo-céramique
Les prothèses céramo-céramiques, également appelées prothèses tout-céramique, n’utilisent pas d’armature métallique. Elles sont fabriquées à partir de blocs de céramique usinés par des systèmes de conception et fabrication assistée par ordinateur (CFAO). Ce procédé garantit une précision extrême et une esthétique optimale, car l’absence de métal élimine tout risque de teinte grisâtre au niveau des gencives.
Prothèse en zircone
Propriétés du dioxyde de zirconium
Le dioxyde de zirconium (zircone) est une céramique hautement biocompatible, utilisée dans divers domaines comme l’électronique, l’horlogerie, les prothèses orthopédiques (hanche), la coutellerie et même pour imiter le diamant. En dentisterie, la zircone est appréciée pour sa résistance mécanique, sa biocompatibilité et son esthétique.
Fabrication par CFAO
Les prothèses en zircone sont exclusivement fabriquées à l’aide de la CFAO. Le processus commence par la numérisation de l’empreinte dentaire ou du modèle en plâtre. Un logiciel de conception modélise la prothèse, qui est ensuite usinée dans un bloc de zircone à l’aide d’une fraiseuse numérique. Après usinage, la prothèse est frittée dans un four à haute température pour atteindre sa dureté finale. Une couche de céramique esthétique peut être ajoutée pour parfaire l’aspect visuel.
Importance de la collaboration clinicien-technicien
La réussite d’une prothèse conjointe dépend d’une collaboration étroite entre le clinicien et le technicien de laboratoire. Le clinicien doit fournir des empreintes précises et des instructions claires, tandis que le technicien doit maîtriser les techniques de fabrication et respecter les exigences cliniques. Une communication régulière, souvent facilitée par des outils numériques comme les scans intra-oraux et les logiciels de CFAO, permet d’optimiser les résultats.
Étapes clés de la collaboration
- Prise d’empreinte : Une empreinte précise est essentielle pour créer un modèle de travail fidèle.
- Planification : Le clinicien définit les objectifs esthétiques et fonctionnels, en concertation avec le technicien.
- Fabrication : Le technicien suit les étapes décrites ci-dessus pour produire une prothèse conforme aux attentes.
- Ajustements : Après essayage en bouche, des ajustements peuvent être nécessaires pour garantir un confort optimal.
Avancées technologiques
Les technologies modernes, comme la CFAO et l’impression 3D, ont révolutionné la fabrication des prothèses conjointes. Ces outils permettent une précision accrue, réduisent les erreurs humaines et accélèrent le processus de production. Par exemple, les scanners intra-oraux éliminent souvent le besoin d’empreintes traditionnelles, tandis que les logiciels de modélisation permettent de visualiser la prothèse avant sa fabrication.
Conclusion
La fabrication des prothèses conjointes est un processus complexe qui combine des techniques artisanales, comme la sculpture en cire, avec des technologies modernes, comme la CFAO. Chaque étape, de la préparation des matériaux à la finition, exige une expertise technique et une collaboration étroite entre le clinicien et le technicien. Les matériaux tels que les cires, les revêtements, les alliages et les céramiques jouent un rôle crucial dans la qualité et la durabilité des prothèses. En maîtrisant ces éléments et en intégrant les avancées technologiques, les professionnels peuvent offrir à leurs patients des restaurations dentaires à la fois fonctionnelles et esthétiques.
Voici une sélection de livres en français sur les prothèses dentaires:
- Prothèse Amovible Partielle : Clinique et Laboratoire
Collège National des Enseignants en Prothèses Odontologiques (CNEPO), Michel Ruquet, Bruno Tavernier - Traitements Prothétiques et Implantaires de l’Édenté Total 2.0
- Conception et Réalisation des Châssis en Prothèse Amovible Partielle
- Prothèses supra-implantaires: Données et conceptions actuelles
- Prothèse complète: Clinique et laboratoire Broché – Illustré, 12 octobre 2017
- Prothèse fixée, 2e Ed.: Approche clinique Relié – Illustré, 4 janvier 2024
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