Physiologie de l’Occlusion chez l’Enfant
Introduction : L’Occlusion, Pierre Angulaire du Traitement Orthodontique
L’occlusion dentaire représente bien plus qu’un simple alignement des dents. Selon Bassigny, l’objectif prioritaire de tout traitement en orthopédie dento-faciale (ODF) reste l’obtention d’une fonction occlusale optimale. Cette fonction constitue le fondement sur lequel reposent l’esthétique du sourire et la stabilité du traitement à court comme à long terme.
Pour atteindre une occlusion idéale, le praticien doit maîtriser l’ensemble du système manducateur. Cette connaissance approfondie permet d’anticiper les évolutions physiologiques et de corriger efficacement les dysfonctions occlusales.
L’occlusion ne se limite pas à un état statique d’alignement dentaire. Elle englobe également une dimension dynamique qui permet l’accomplissement harmonieux des mouvements mandibulaires essentiels à la mastication, la phonation et la déglutition.

Définitions Fondamentales de l’Occlusion
Qu’est-ce que l’Occlusion Dentaire ?
L’occlusion désigne simultanément deux aspects complémentaires :
- L’acte de fermeture : le mouvement qui rapproche les arcades dentaires
- L’état de fermeture : la position statique où les dents maxillaires et mandibulaires entrent en contact
Cette double définition souligne l’importance de considérer à la fois les aspects statiques et dynamiques lors de l’analyse occlusale.
L’Intercuspidation Maximale (ICM)
L’ICM représente une position dento-dentaire caractérisée par le maximum de points de contact entre les arcades. Cette position s’obtient avec une participation musculaire minimale, ce qui la rend reproductible et stable.
En pratique orthodontique, l’ICM constitue la référence diagnostique principale. C’est à partir de cette position que le praticien évalue les rapports occlusaux et planifie les corrections nécessaires.
La Relation Centrée (RC)
La relation centrée se définit comme une position articulaire réflexe, reproductible et indépendante des contacts dentaires. Selon McCollum, elle correspond à la position la plus reculée, la plus centrée et la plus haute des condyles dans leurs cavités glénoïdes, obtenue sans effort musculaire excessif.
Cette position articulaire sert de référence pour évaluer la stabilité de l’articulation temporo-mandibulaire (ATM) et détecter d’éventuels décalages entre la position articulaire et la position dentaire.
La Position de Repos
La position de repos correspond à la situation où la mandibule se trouve lorsque les muscles masticateurs et posturaux atteignent un état d’équilibre physiologique avec une activité minimale.
Cette position détermine l’espace libre d’inocclusion (ELI), qui mesure :
- 1 à 3 mm au niveau antérieur
- 1,8 à 2,7 mm au niveau des cuspides mésiales des premières molaires
L’ELI joue un rôle crucial dans l’équilibre neuromusculaire et doit être préservé lors des traitements orthodontiques.
L’Appareil Manducateur : Un Système Complexe et Intégré
Vue d’Ensemble du Système Stomatognathique
L’appareil manducateur, également appelé système stomatognathique, constitue un ensemble anatomique et fonctionnel sophistiqué. Il gère plusieurs fonctions vitales : la mastication, la phonation, la déglutition, la respiration et naturellement l’occlusion.
L’occlusion n’est que l’expression visible des rapports morphologiques et fonctionnels entre les différents composants de cet appareil. Comprendre ces interactions permet d’appréhender les mécanismes des dysfonctions occlusales.
Le Système Ostéo-Articulaire
L’articulation temporo-mandibulaire (ATM) représente l’articulation la plus sollicitée du corps humain. Il s’agit d’une articulation synoviale bicondylaire avec disque articulaire interposé, paire et symétrique.
Son originalité réside dans sa capacité à permettre des mouvements mandibulaires dans les trois dimensions de l’espace :
- Translation antéro-postérieure (propulsion/rétropulsion)
- Translation latérale (diduction)
- Rotation (ouverture/fermeture)
Ces mouvements complexes résultent de la contraction coordonnée des muscles masticateurs, sous contrôle neurologique précis.
Le Système Neuromusculaire
Le système neuromusculaire comprend l’ensemble des éléments musculaires (effecteurs) et nerveux (système nerveux périphérique) de l’appareil manducateur.
Les muscles manducateurs forment un véritable hamac suspenseur pour la mandibule. On distingue :
Le groupe agoniste (élévateurs et propulseurs) :
- Masséter
- Temporal
- Ptérygoïdien médial
- Ptérygoïdien latéral
Le groupe antagoniste (abaisseurs sus-hyoïdiens et sous-hyoïdiens) :
- Digastrique
- Mylo-hyoïdien
- Géniohyoïdien
L’équilibre entre ces groupes musculaires conditionne la stabilité de l’occlusion et la santé articulaire.
Le Système Dentaire
L’ensemble des organes dentaires assure, grâce à leur morphologie occlusale et leur inclinaison, l’engrènement des arcades antagonistes. Ils garantissent également la répartition harmonieuse des forces occlusales et le guidage des mouvements centrés et excentrés.
La morphologie cuspidienne, les versants occlusaux et les points de contact constituent autant d’éléments déterminants pour une occlusion fonctionnelle optimale.

Le Phénomène de Dentition : De la Naissance à l’Âge Adulte
Définitions Essentielles
La dentition désigne un processus dynamique de croissance et de maturation du système dentaire qui conduit à la formation de la denture. Ce phénomène se caractérise par sa durée prolongée et l’alternance de phases actives et passives.
L’être humain est un être diphyodonte, possédant successivement deux types de dentures : temporaire et permanente, selon un mode de remplacement vertical.
La denture représente un terme statique désignant l’ensemble des dents présentes sur l’arcade à un moment donné. On distingue trois types de dentures : temporaire, mixte et définitive.
L’Éruption Dentaire : Processus et Mécanismes
L’éruption dentaire constitue le phénomène de base de la dentition. Il s’agit d’un processus biologique complexe, programmé génétiquement et soumis à des influences environnementales.
L’éruption désigne globalement :
- Le mouvement intra-osseux de la dent jusqu’au plan d’occlusion
- Le passage transcingival de la couronne à travers la gencive
- La mise en fonction de la dent sur l’arcade
Séquences d’Éruption de la Denture Temporaire
L’éruption de la denture temporaire s’étend en moyenne du 6ème au 30ème mois après la naissance, au rythme approximatif d’un groupe de dents tous les six mois.
Chronologie d’éruption :
- Incisives centrales (I) : entre 6 et 7 mois
- Incisives latérales (II) : entre 7 et 9 mois
- Premières molaires (IV) : entre 12 et 18 mois
- Canines (III) : entre 18 et 24 mois
- Deuxièmes molaires (V) : entre 24 et 30 mois
Cette séquence peut varier selon les individus sans signification pathologique systématique. Toutefois, des retards importants méritent une investigation approfondie.
Séquences d’Éruption de la Denture Permanente
L’éruption de la denture permanente débute vers 6 ans avec la première molaire permanente et se poursuit jusqu’à l’éruption des dents de sagesse, au rythme d’environ un groupe de dents par an.
Chronologie comparative maxillaire/mandibule :
| Dent | Maxillaire | Mandibule |
|---|---|---|
| 1 (incisive centrale) | 7-7,5 ans | 6,5-7 ans |
| 2 (incisive latérale) | 8 ans | 7 ans |
| 3 (canine) | 11 ans | 9-10 ans |
| 4 (première prémolaire) | 10-10,5 ans | 10-10,5 ans |
| 5 (deuxième prémolaire) | 10-11 ans | 10-11 ans |
| 6 (première molaire) | 6-6,5 ans | 6-6,5 ans |
| 7 (deuxième molaire) | 12-12,5 ans | 12-12,5 ans |
| 8 (troisième molaire) | 17 ans et plus | 17 ans et plus |
Cette chronologie constitue une référence moyenne. Les variations individuelles restent fréquentes et doivent être interprétées dans leur contexte clinique global.
Morphogenèse des Arcades Dentaires : Les Phases d’Évolution
Vue d’Ensemble de l’Évolution
L’évolution des arcades dentaires s’étale sur environ vingt années, de l’éruption des incisives centrales inférieures jusqu’à l’éruption complète des dents de sagesse. Ce processus discontinu alterne phases d’activité constitutionnelle et phases de stabilité.
Selon Démogé (1972), cette morphogenèse se décompose en dix stades, chacun caractérisé par des modifications spécifiques de la denture.
Les Dix Phases de Démogé
1. Denture temporaire constitutionnelle (0-2,5 ans) Cette phase débute avec l’éruption des incisives centrales inférieures à 6 mois et se termine avec celle des deuxièmes molaires temporaires à 2 ans et demi.
2. Denture temporaire stable (2,5-6 ans) Période de stabilité de quatre ans, sans modification apparente, jusqu’à l’éruption de la première molaire permanente ou l’expulsion d’une incisive temporaire.
3. Denture mixte constitutionnelle (6-8 ans) Le remplacement des incisives temporaires par les permanentes et l’apparition des premières molaires permanentes transforment la denture en mixte, où cohabitent dents temporaires et définitives.
4. Denture mixte stable (8-10/11 ans) Phase de stabilité de 2 à 3 ans, depuis la mise en place fonctionnelle des incisives permanentes jusqu’au début de mobilité des premières molaires ou canines temporaires.
5. Denture adolescente constitutionnelle (10/11-13 ans) Période de 2 à 3 ans durant laquelle les canines et prémolaires s’installent progressivement sur les arcades.
6. Denture adolescente stable (13-14 ans) Courte période de moins de 10 mois, se terminant avec l’éruption de la deuxième molaire permanente (dent de 12 ans).
7. Denture adulte jeune constitutionnelle (12-14 ans) Phase représentée par l’évolution et la mise en place de la seconde molaire permanente.
8. Denture adulte jeune stable (14-17+ ans) Phase relativement longue s’étalant de la mise en occlusion de la dent de douze ans jusqu’à l’éruption des dents de sagesse, soit 5 ans voire beaucoup plus.
9. Denture adulte définitive constitutionnelle (17+ ans) Dernière phase dynamique de la morphogenèse, elle allonge les arcades distalement pour les amener à leur dimension adulte avec l’éruption des troisièmes molaires.
10. Denture adulte définitive stable Occlusion engrenante définitive avec les 32 dents en place sur les arcades.
Cette classification permet au praticien de situer précisément le stade de développement du patient et d’adapter son diagnostic et son plan de traitement en conséquence.

Étude de l’Occlusion en Denture Temporaire
Organisation Intra-Arcades
Forme des arcades Les arcades dentaires temporaires présentent une forme pratiquement assimilable à un demi-cercle, tant au maxillaire qu’à la mandibule. Cette configuration diffère nettement de la forme elliptique de la denture permanente.
Les diastèmes physiologiques La présence de diastèmes en denture temporaire constitue un signe favorable pour l’évolution future. Ces espaces permettront d’accueillir les dents permanentes plus volumineuses.
On distingue principalement :
- Diastèmes simiens : entre incisive latérale et canine au maxillaire, entre canine et première molaire à la mandibule
- Diastème de Bogue : diastème inter-incisif médian
Axe des dents Contrairement aux dents permanentes, les dents temporaires ne présentent pas d’axe d’inclinaison particulier. Elles sont généralement implantées verticalement, perpendiculairement au plan d’occlusion.
Organisation Inter-Arcades
Type d’occlusion L’occlusion en denture temporaire est de type engrenante, bien que l’engrènement reste moins marqué qu’en denture permanente. Le recouvrement incisif demeure faible, parfois réduit à un simple bout à bout.
Rapports transversaux L’arcade maxillaire circonscrit l’arcade mandibulaire, avec un léger surplomb incisif vestibulaire. Cette configuration assure la stabilité occlusale lors des mouvements fonctionnels.
Position canine Selon Müller, la pointe de la canine supérieure doit se situer dans l’interligne entre la première molaire inférieure et la canine inférieure. Ce repère permet d’évaluer les rapports sagittaux en denture temporaire.
Le Plan Terminal : Clé Pronostique
Le plan terminal correspond aux rapports des faces distales des deuxièmes molaires temporaires maxillaires et mandibulaires dans le sens antéro-postérieur. Il préfigure la position future des premières molaires permanentes.
Chapman décrit trois configurations possibles :
Plan terminal droit Les faces distales des deuxièmes molaires temporaires maxillaire et mandibulaire forment un plan continu, avec des rapports cuspide-cuspide. Cette configuration évolue généralement vers une classe I d’Angle grâce à la dérive mésiale et à la croissance mandibulaire plus importante.

Plan terminal à marche mésiale La face distale de la deuxième molaire inférieure se situe en avant de celle de la supérieure. Selon Nabète, cette configuration aboutit à :
- Classe III dans 42% des cas
- Classe I dans 49% des cas
- Classe II dans 9% des cas

Plan terminal à marche distale La face distale de la deuxième molaire inférieure est en arrière de celle de la supérieure. Cette configuration conduit invariablement à une classe II d’Angle, nécessitant souvent une intervention orthodontique.
L’analyse du plan terminal constitue donc un élément pronostique essentiel lors de l’examen en denture temporaire.

Étude de l’Occlusion en Denture Permanente
Organisation Intra-Arcades
Forme d’arcade L’arcade dentaire permanente présente une morphologie spécifique à chaque mâchoire :
- Maxillaire : forme de demi-ellipse
- Mandibule : forme parabolique
Cette différence morphologique permet l’emboîtement harmonieux des arcades et assure la répartition symétrique des dents par rapport au plan sagittal médian (PSM).
Les courbes de compensation
Ces courbes tridimensionnelles assurent le maintien des contacts occlusaux lors des mouvements mandibulaires et participent à la stabilité de l’occlusion.
Courbe de Von Spee Courbe à concavité supérieure passant par le bord libre des incisives, la pointe des canines et les pointes des cuspides vestibulaires des prémolaires et molaires. Cette courbe ne se forme complètement que vers 12 ans, après l’éruption de toutes les dents permanentes.

Courbe de Wilson Courbe frontale à concavité supérieure reliant les sommets cuspidiens vestibulaires et linguaux des prémolaires et molaires. Elle garantit le maintien des contacts lors des mouvements de latéralité.

Organisation Inter-Arcades : Occlusion Statique
Principe d’engrènement L’occlusion dentaire permanente est de type engrenante. Chaque dent s’articule avec deux dents antagonistes, à l’exception des incisives centrales inférieures et des troisièmes molaires supérieures qui n’ont qu’un seul antagoniste.
Rapports dans le Sens Sagittal
Au niveau molaire : la clé de l’occlusion
La première molaire permanente (dent de 6 ans) constitue la clé de l’occlusion. L’occlusion idéale se caractérise par un rapport de classe I d’Angle, où la première molaire inférieure est mésialée d’une demi-cuspide par rapport à la supérieure.
Plus précisément, la cuspide mésio-vestibulaire de la première molaire supérieure s’articule avec le sillon vestibulaire de la première molaire inférieure.
Les déviations par rapport à cette norme définissent :
- Classe II molaire : première molaire inférieure en distoclusion
- Classe III molaire : première molaire inférieure en mésioclusion
Au niveau incisif : le surplomb (overjet)
Les dents maxillaires présentent un surplomb vestibulaire physiologique de 2 mm par rapport aux dents mandibulaires. Ce paramètre, mesuré horizontalement, conditionne l’esthétique du sourire et la fonction incisive.
Les variations pathologiques incluent :
- Proclusie : overjet supérieur à 2 mm
- Rétroclusie : overjet inférieur à 2 mm
Au niveau canin
En classe I canine, la pointe de la canine supérieure se situe dans l’embrasure entre la canine inférieure et la première prémolaire inférieure. Ce rapport assure le guidage canin lors des mouvements de latéralité.
Les malpositions canines définissent également des classes II et III canines, parfois discordantes avec la classification molaire.

La Classification d’Angle (1899)
Cette classification universelle, établie par Edward Angle, demeure la référence diagnostique en orthodontie. Aucune classification ultérieure n’a égalé sa simplicité et son utilité pratique.
Classe I (Normocclusion)
- Première molaire inférieure mésialée d’une demi-cuspide
- Cuspide mésio-vestibulaire de la première molaire supérieure dans le sillon vestibulaire de la première molaire inférieure
- Canine supérieure dans l’embrasure entre première prémolaire et canine inférieures
Classe II (Distoclusion)
- Première molaire inférieure distalée par rapport à la supérieure
- Canine supérieure mésialée par rapport à son antagoniste
- Souvent associée à une augmentation du surplomb incisif
Classe III (Mésioclusion)
- Première molaire inférieure mésialée de plus d’une demi-cuspide
- Canine inférieure mésialée par rapport à son antagoniste
- Fréquemment accompagnée d’un articulé inversé antérieur

Rapports dans le Sens Vertical
Au niveau antérieur : le recouvrement (overbite)
Le recouvrement des incisives inférieures par les supérieures mesure environ 2 mm en occlusion idéale. Cette valeur, mesurée verticalement, assure la protection des tissus gingivaux et participe à l’esthétique du sourire.
Au niveau latéral
Le recouvrement des dents mandibulaires par les maxillaires du côté vestibulaire, et des dents maxillaires par les mandibulaires du côté lingual, dépend de la profondeur des fosses et de la hauteur des cuspides. Cette configuration tridimensionnelle garantit la stabilité occlusale.
Rapports dans le Sens Transversal
Au niveau antérieur
Les points inter-incisifs supérieur et inférieur doivent coïncider entre eux et avec le plan sagittal médian. Cette concordance assure la symétrie faciale et l’équilibre fonctionnel.
Au niveau latéral
Les dents maxillaires circonscrivent les dents mandibulaires, créant un surplomb vestibulaire physiologique qui protège les joues lors de la mastication.

Étude de l’Occlusion Dynamique
Principes Généraux
Grâce aux propriétés biomécaniques de l’articulation temporo-mandibulaire et à la coordination neuromusculaire, la mandibule effectue des déplacements complexes dans les trois dimensions de l’espace.
L’analyse de l’occlusion dynamique évalue :
- Les mouvements de propulsion
- Les mouvements de latéralité (diduction)
- Le chemin de fermeture physiologique
Cette évaluation permet de détecter les interférences occlusales susceptibles de générer des dysfonctions.
Examen des Contacts Occlusaux en Propulsion
Définition du mouvement
Le mouvement de propulsion représente le trajet qu’effectue la mandibule lorsque les incisives inférieures glissent sur les faces palatines des incisives supérieures, depuis l’ICM jusqu’au bout à bout incisif.
Guidage incisif idéal
Idéalement, la propulsion est guidée exclusivement par les deux incisives centrales supérieures. Ce guidage assure une désocclusion postérieure immédiate et totale, protégeant ainsi les structures postérieures.
Interférences propulsives travaillantes
Lorsqu’un obstacle antérieur empêche le guidage incisif normal (incisive égressée, chevauchement, incisive latérale en position palatine), on parle d’interférence propulsive travaillante. Ces contacts anormaux perturbent l’harmonie du mouvement.
Interférences propulsives non travaillantes
Durant le trajet de propulsion, une désocclusion postérieure immédiate et totale devrait s’installer. Si un contact postérieur entrave ce glissement, il constitue une interférence propulsive non travaillante, potentiellement pathogène pour le système masticateur.

Examen des Contacts Occlusaux en Latéralité (Diduction)
Définition du mouvement
La diduction correspond au trajet qu’effectue la mandibule lorsque les dents mandibulaires glissent latéralement sur les versants internes des cuspides vestibulaires des dents maxillaires, particulièrement sur la face palatine des canines.
Ce mouvement s’étend de l’ICM jusqu’au bout à bout canin et s’accompagne d’une translation condylienne du côté opposé (côté non travaillant).
Fonction canine ou protection canine
Dans cette configuration idéale, le mouvement de latéralité est conduit sur tout son trajet par la canine inférieure, de l’intercuspidation maximale jusqu’au bout à bout. Ce guidage s’accompagne d’une désocclusion immédiate et totale de toutes les autres dents.
La fonction canine constitue le schéma occlusal le plus protecteur pour les structures postérieures et l’ATM.
Fonction groupe
Si une ou plusieurs dents cuspidées participent au guidage en plus de la canine, on parle de fonction groupe. Cette fonction peut être :
- Totale : toutes les dents du côté travaillant participent
- Partielle : seules quelques dents accompagnent la canine
Bien que moins protectrice que la fonction canine pure, la fonction groupe peut représenter une adaptation physiologique acceptable dans certains cas.
Interférences latérales travaillantes
Lorsqu’une dent autre que la canine supporte le mouvement de diduction pendant une partie ou la totalité du trajet, elle constitue un obstacle au glissement harmonieux. Ces contacts anormaux peuvent générer des contraintes néfastes.
Interférences latérales non travaillantes
Du côté non travaillant (côté balançant), une désocclusion totale et immédiate de toutes les dents devrait survenir. Dans le cas contraire, ces contacts constituent des interférences non travaillantes, particulièrement délétères pour le système masticateur.

Examen du Chemin de Fermeture Physiologique
Définition
Le chemin de fermeture physiologique relie la position de repos à l’ICM. Il s’effectue en un seul temps par contraction isotonique et symétrique de tous les muscles élévateurs.
Caractéristiques du contact
Sur le plan dentaire, le contact s’établit d’emblée en ICM, sans aucun glissement préalable. Cette absence de glissement témoigne de la concordance entre la position articulaire et la position dentaire.
Déviation pathologique
Toute déviation du chemin de fermeture ou glissement dentaire avant l’obtention de l’ICM signale une discordance entre relation centrée et intercuspidation maximale. Cette situation nécessite une analyse approfondie et peut justifier un traitement correctif.
Occlusion Pathologique : Classifications et Implications
Définition de la Malocclusion Pathogène
Une malocclusion pathogène se caractérise par une ou plusieurs anomalies de l’occlusion dépassant le potentiel adaptatif du patient. Elle déclenche, entretient et contribue à l’apparition d’atteintes structurales et de troubles de l’appareil manducateur.
Ces perturbations s’étendent de l’atteinte parodontale superficielle jusqu’aux dysfonctionnements temporo-mandibulaires sévères, en passant par les troubles musculaires et les répercussions posturales.

Malocclusion de Classe I
Prévalence et caractéristiques
Ce type de malocclusion représente 50 à 55% de la population âgée de 6 à 17 ans, constituant ainsi la catégorie la plus fréquente.
Les malocclusions de classe I présentent une relation molaire adéquate (classe I d’Angle) mais comportent d’autres anomalies :
Anomalies fréquentes :
- Chevauchement dentaire : dents qui se superposent par manque d’espace, problème très courant nécessitant souvent une expansion ou des extractions
- Rotations dentaires : malpositions axiales perturbant l’alignement
- Espaces inter-dentaires : diastèmes multiples par excès d’espace
- Asymétries : décalages transversaux entre les arcades
- Chemin de fermeture dévié : trajet mandibulaire anormal
- Béances : absence de contacts dentaires antérieurs ou postérieurs
Implications thérapeutiques
Bien que la relation molaire soit correcte, ces anomalies nécessitent fréquemment un traitement orthodontique pour optimiser la fonction et l’esthétique. La stabilité à long terme dépend de la correction de l’ensemble des dysharmonies.
Malocclusion de Classe II
Prévalence et étiologie
Affectant environ 25% de la population (6-17 ans), la classe II présente des caractéristiques distinctives qui impactent significativement la fonction et l’esthétique.
Caractéristiques principales :
- Décalage sagittal important entre les arcades
- Surplomb excessif (overjet augmenté)
- Protrusion des dents antérieures supérieures à divers degrés
- Recouvrement vertical excessif (overbite augmenté), parfois complet
Origine squelettique
La classe II peut résulter de :
- Maxillaire supérieur trop avancé (prognathie maxillaire)
- Mandibule trop courte ou reculée (rétrognathie mandibulaire)
- Combinaison des deux facteurs
Subdivisions de la Classe II
Classe II division 1
Caractérisée par une vestibulo-version des incisives supérieures :
- Écart sagittal variable (de quelques millimètres à plus de 10-15 mm)
- Surplomb vertical normal ou excessif
- Souvent associée à une arcade inférieure courte ou reculée
- Incompétence labiale fréquente
Classe II division 2
Caractérisée par une linguo-version des incisives supérieures :
- Incisives supérieures rétro-inclinées ou penchées vers l’intérieur
- Recouvrement vertical souvent excessif
- Incisives inférieures parfois complètement recouvertes
- Configuration variable : centrales lingualisées avec latérales normales ou vestibulées
Cette subdivision présente généralement un meilleur profil facial mais un risque accru de traumatisme articulaire.
Malocclusion de Classe III
Caractéristiques générales
Les malocclusions de classe III, également appelées prognathies, présentent une arcade inférieure avancée par rapport à la supérieure.
Étiologie
La classe III peut résulter de :
- Prognathie mandibulaire : mandibule excessive en longueur ou trop avancée
- Rétrusion maxillaire : maxillaire supérieur insuffisant ou reculé (brachygnatie ou atrésie maxillaire)
- Combinaison des deux facteurs
Particularités évolutives
L’origine héréditaire domine dans l’étiologie des classes III. Cette malocclusion peut être évidente dès le plus jeune âge et tend à s’aggraver avec la croissance.
Les cas extrêmes nécessitent souvent une chirurgie orthognatique aux bases osseuses pour rétablir l’équilibre entre les arcades et optimiser la fonction masticatoire.
Diagnostic précoce
Le dépistage précoce des classes III constitue un enjeu majeur, car une interception en denture temporaire ou mixte offre les meilleures chances de correction par stimulation ou freinage de la croissance.
Conséquences des Pathologies Occlusales
Impact sur le Système Dentaire
Les dysfonctions occlusales génèrent des contraintes anormales sur les structures dentaires, entraînant diverses pathologies :
Usures et fractures :
- Usures occlusales accélérées
- Abrasions cervicales
- Fêlures de l’émail
- Fractures coronaires
- Hyperhémie pulpaire pouvant évoluer vers la nécrose
Ces altérations compromettent l’intégrité structurelle des dents et peuvent nécessiter des restaurations complexes.
Conséquences sur le Parodonte
Selon Planas, le traumatisme occlusal joue un rôle plus important dans l’étiologie des maladies parodontales que la plaque dentaire seule. Cette affirmation souligne l’interaction entre facteurs occlusaux et parodontaux.
Mécanismes lésionnels :
Les malpositions dentaires augmentent l’intensité des forces occlusales et modifient leur direction, générant :
- Inflammation gingivale initiale
- Récessions gingivales par trauma occlusal
- Alvéolyse progressive (destruction osseuse)
- Mobilités dentaires croissantes
- Migration dentaire secondaire
Conséquences sur le Système Musculaire
Les dysfonctions occlusales perturbent l’équilibre neuromusculaire, entraînant :
Manifestations musculaires :
- Myalgies (douleurs musculaires)
- Contractures avec limitation de l’ouverture buccale
- Spasmes des muscles masticateurs
- Contractions compensatrices des muscles posturaux
- Hypertrophie musculaire par surcharge chronique
Ces troubles altèrent significativement la qualité de vie et nécessitent une prise en charge globale incluant la correction occlusale.
Conséquences sur le Système Articulaire
Les patients présentant des dysfonctions occlusales consultent fréquemment pour des troubles entrant dans le cadre du SADAM (Syndrome Algo-Dysfonctionnel de l’Appareil Manducateur).
Les quatre signes caractéristiques :
- Douleur articulaire ou périarticulaire
- Bruits articulaires (craquements, claquements)
- Ressauts lors des mouvements mandibulaires
- Subluxation ou luxation discale
Ces manifestations témoignent d’une souffrance articulaire nécessitant une évaluation spécialisée et un traitement adapté.
Conséquences Fonctionnelles
Tout trouble occlusal modifie les informations transmises par les récepteurs articulaires, musculaires et tendineux lors de l’accomplissement des fonctions oro-faciales.
Altérations observées :
- Mastication inefficace ou déviée
- Déglutition atypique compensatrice
- Phonation perturbée
- Respiration buccale compensatrice
Ces dysfonctions créent des cercles vicieux entretenant et aggravant les déséquilibres initiaux.
Problèmes Posturaux et Troubles Musculo-Squelettiques
Des liens scientifiquement établis existent entre malocclusions et troubles posturaux, notamment les scolioses. La partie cervicale de la colonne vertébrale entretient des connexions neurologiques et biomécaniques étroites avec l’appareil masticatoire.
Chaîne ascendante et descendante :
Les dysfonctions occlusales peuvent engendrer ou entretenir :
- Céphalées de tension
- Cervicalgies chroniques
- Douleurs dorsales
- Déséquilibres posturaux globaux
Cette dimension posturale justifie une approche multidisciplinaire associant orthodontiste, ostéopathe et posturologue dans les cas complexes.
Troubles d’Ordre Esthétique et Psychologique
La présence de dents en malposition affecte l’harmonie dentaire et l’esthétique du sourire. Ces altérations génèrent des répercussions psychosociales significatives :
Impact psychologique :
- Diminution de la confiance en soi
- Altération de l’estime de soi
- Inhibition sociale (évitement du sourire)
- Répercussions sur la vie professionnelle
- Impact sur les relations interpersonnelles
Ces dimensions psychologiques constituent souvent la motivation principale de consultation et doivent être intégrées dans la démarche thérapeutique.

Conclusion : Vision Intégrative de l’Occlusion
L’étude approfondie de l’occlusion révèle une corrélation très étroite entre l’occlusion et l’appareil manducateur, constituant une entité biologique indissociable. Cette compréhension holistique guide l’approche diagnostique et thérapeutique moderne.
Impératifs Diagnostiques
L’examen clinique minutieux doit systématiquement évaluer :
- La nature des rapports occlusaux statiques
- La cinématique mandibulaire lors des différentes fonctions
- L’intégrité des structures articulaires
- L’équilibre neuromusculaire
- Les répercussions fonctionnelles et esthétiques
Objectifs Thérapeutiques
L’occlusion idéale répond à des critères précis sur les plans :
- Anatomique : morphologie et positionnement dentaires optimaux
- Esthétique : harmonie du sourire et du profil facial
- Fonctionnel : efficacité masticatoire et stabilité articulaire
Principe de Réciprocité
Toute altération occlusale aboutit inévitablement à des désordres de l’ensemble du système cranio-mandibulaire. Inversement, toute dysfonction articulaire ou musculaire retentit sur l’occlusion.
Cette réciprocité souligne l’importance d’une approche globale intégrant tous les composants du système stomatognathique dans le diagnostic et le traitement des dysfonctions occlusales.
Perspective Développementale
La compréhension de la physiologie de l’occlusion chez l’enfant permet :
- Le dépistage précoce des anomalies
- L’interception des dysfonctions en cours de développement
- L’optimisation de la croissance cranio-faciale
- La prévention des complications à l’âge adulte
L’orthodontie interceptive, lorsqu’elle est indiquée, offre les meilleures opportunités de correction avec des moyens moins invasifs que les traitements tardifs.
Pour les professionnels souhaitant approfondir ces concepts, l’ouvrage Guide clinique d’odontologie constitue une référence complète et actualisée.
Ressources Complémentaires pour Étudiants
Ouvrages de Référence Recommandés
Pour approfondir vos connaissances en occlusion et orthodontie pédiatrique, consultez :
- Annales corrigées de l’internat en odontologie 2022-2024 : préparation optimale aux examens
- Orthodontie de l’enfant et du jeune adulte : principes, moyens et traitements détaillés
- Référentiel internat en parodontologie : pour comprendre les liens occlusion-parodonte
Plateforme d’Entraînement
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