L’OCCLUSION EN PROTHESE CONJOINTE
Introduction
La réussite d’une restauration prothétique conjointe dépend du maintien de l’harmonie des rapports occlusaux. Il est essentiel que le praticien soit occluso-conscient. La compétence exige de lui qu’il soit apte à diagnostiquer et à traiter les troubles occlusaux simples, ainsi qu’à réaliser des constructions qui ne provoquent pas de dysharmonies iatrogènes.
Notions fondamentales en occlusodontie
Les concepts occlusaux en prothèse conjointe
Définition de l’occlusion
L’occlusion dentaire est l’étude de l’engrènement des dents lorsque celles-ci se trouvent en contact. L’occlusion dentaire obéit à des règles très précises qui sont établies depuis de nombreuses années. L’application stricte des règles de l’occlusion dentaire est la base même de l’art dentaire car elle assure un confort au patient, elle maintient la mandibule en équilibre de manière à éviter l’apparition d’un D.A.M.
Définition du concept
C’est la philosophie d’école qui préside à l’élaboration d’un schéma occlusal dans le but d’établir un rapport dento-dentaire idéal.
Définition d’un schéma occlusal
C’est l’ensemble des facteurs qui caractérise les différents rapports ou relation inter-arcades dans le cadre d’un concept occlusal, tout schéma occlusal est régi par :
- Les rapports cuspidiens statiques ;
- Les rapports cuspidiens dynamiques ;
- Relation entre rapports cuspidiens et position mandibulaire ;
- Nécessité ou pas de recherche d’un axe d’insertion selon le concept choisi.
Critères d’une occlusion optimale
C’est celle qui nécessite le moindre effort d’adaptation neuro-musculo-articulaire. Pour satisfaire cette exigence, certains critères doivent être respectés et réunis, à savoir :
- Des contacts dento-dentaires tripodiques ;
- La relation centrée correspond à la position d’intercuspidation maximale ;
- Un guide antérieur parfait et fonctionnel ;
- Une désocclusion canine ;
- Des contacts dento-dentaires cuspides-fosses ;
- Une protection canine ou de groupe ;
- Forces occlusales dirigées selon le grand axe des dents ;
- Stabilité des dents qui ne doivent pas se déplacer après traitement prothétique ;
- Harmonie du système stomatognathique : aucun trouble dysfonctionnel ne doit exister ;
- Rapports occlusaux stables aussi bien en RC que dans le champ allant de la RC jusqu’à l’occlusion en PIM et en latéralité ;
- Désocclusion immédiate des dents postérieures du côté non travaillant ;
- La DV doit permettre une position de repos avec un espace libre d’inocclusion physiologique ;
- Le contact initial doit être fait par une multitude de petits points plutôt que par une grande surface dentaire ;
- Absence d’interférence et prématurité ;
- Guide antérieur harmonisé avec l’enveloppe du mouvement.
Les différents concepts occlusaux
En prothèse conjointe, trois concepts occlusaux régissent l’occlusion :
Concept du contact canin : École gnatologiste de Mac Collum
Indiqué chaque fois que le support parodontal de la canine est résistant, il est caractérisé par :
- Rapport cuspide/fosse ;
- ICM est uniquement en RC (occlusion centrée – point centric) ;
- En propulsion : contact antérieur étendu et désocclusion postérieure ;
- En diduction : fonction canine côté travaillant, pas de contact côté non travaillant ;
- En OIM, rapports cuspides-fosses antagonistes (1 dent/1 dent) ;
- Contacts punctiformes très précis ;
- Au repos, aucun contact dentaire ;
- En propulsion, un guidage antérieur assure l’absence de tout contact postérieur ;
- En diduction, une fonction canine exclusive du côté travaillant assure l’absence de contact côté non travaillant ;
- La latéralité est exclusivement prise en charge par la canine ;
- La séparation des groupes cuspidiens s’établissant par une progression lente au départ du mouvement, puis plus abrupte en fin de course.
Concept du contact groupe : École fonctionnaliste de Pankey Mann Schuyller
Il est indiqué lorsque : le recouvrement incisif est faible, support canin affaibli et le contexte parodontal exige une bonne répartition des forces occlusales. Ce concept est caractérisé par :
- Rapport cuspides-crête marginale ;
- ICM ne coïncide pas avec la RC mais antérieur à celle-ci de 0,3 à 1,3 mm et tolère des déplacements sans augmentation de la DV (freedom in centric de Ramfjord) ;
- En propulsion : contact antérieur étendu (6 à 8 dents), désocclusion postérieure (un guidage antérieur assure l’absence de contact postérieur) ;
- En latéralité ou diduction : fonction groupe du côté travaillant, assure l’absence de contact côté non travaillant et une fonction de groupe du côté travaillant. Cette protection de groupe correspond à un glissement travaillant des dents antagonistes molaires, prémolaires, canines et parfois incisives ;
- L’OIM est reconstruite, la mandibule étant stabilisée en RC ;
- Au repos, aucun contact dentaire ;
- En OIM, rapports cuspides-crêtes marginales (1 dent/2 dents) pour assurer la stabilité de la position mandibulaire ;
- Contacts moins punctiformes ;
- De légers déplacements latéraux et frontaux sont tolérés à la DVO à partir de la position d’OIM : aire de tolérance (long, wide centric).
Concept de l’occlusion mutuellement protégée ou organique
Elle rejoint le concept d’occlusion canine. Elle est née des travaux des membres de la société gnatologique. Elle se caractérise par :
- Les dents antérieures protègent les dents cuspidées lors de toutes les excursions mandibulaires ;
- En ICM, les dents postérieures protègent les antérieures ;
- Les dents antérieures sont en très légère inocclusion de 25 µm ;
- En OIM, toutes les cuspidées établissent le contact ;
- Les efforts sont dirigés selon leur grand axe ;
- Les dents antérieures sont très légèrement en inocclusion. Elles sont ainsi épargnées, l’essentiel de la charge occlusale étant absorbée par les dents cuspidées ;
- Au cours des mouvements mandibulaires, les dents antérieures supportent toute la charge ;
- Les antérieures protègent les postérieures au cours des mouvements ;
- Les groupes cuspidiens n’établissent des contacts au cours des déplacements, que ce soit du côté travaillant ou côté non travaillant.
Les déterminants de l’occlusion
Les déterminants anatomiques
- Les ATM ;
- Le guide antérieur, défini par :
- La concavité palatine incisivo-canine ;
- Le surplomb ou overjet ;
- Le recouvrement ou overbite ;
- La forme des arcades ;
- Son rôle :
- Limite les mouvements mandibulaires en ICM ;
- Protège les dents cuspidées lors de la propulsion ;
- Le plan d’occlusion ;
- La courbe de Spee ;
- Trajectoire condylienne ;
- La courbe de Wilson ;
- La courbe de Monson ou des bords libres des incisives et canines (ligne du sourire).
Facteurs neuromusculaires
- Mécanisme neuromoteur et sensitivo-sensoriel.
Les positions remarquables de l’occlusion
La relation centrée (RC)
Elle autorise les différentes excursions mandibulaires. Elle est référentielle car c’est une position à partir de laquelle tous les mouvements de latéralité sont encore possibles. C’est une position facilement reproductible donc référentielle.
La Position d’Intercuspidation Maximale (P.I.M)
C’est la position de référence dentaire qui détermine la situation de la mandibule lorsque les dents maxillaires et mandibulaires établissent entre elles le maximum de contacts. Cette position d’occlusion en I.M peut coexister avec des condyles en R.C et dans ce cas on parle d’occlusion en relation centrée (O.R.C) (existe dans 8 % des cas cliniques).
Chemin de fermeture
Nous demandons au patient, en position de repos, de serrer les dents ; il quitte la position de posture (R) pour trouver la position de fermeture en I.M (P.I.M). La trajectoire décrite par dentalé (le point inter-incisif mandibulaire) est appelée “Chemin de Fermeture”.
Nécessité de l’utilisation d’un articulateur
De par sa similitude anatomique avec le massif facial et de par sa conception, l’articulateur facilite la visualisation des arcades dentaires et de leurs contacts occlusaux dans toutes les situations et les différents plans de l’espace. En effet, il n’existe ni langue ni joues, ni une quelconque muqueuse. C’est une mécanique infatigable qui autorise de nombreuses manipulations aidant à la visualisation et à la compréhension de la cinématique dento-dentaire. De plus, l’articulateur demeure le seul intermédiaire mécanique de l’occlusion dentaire entre le praticien et le prothésiste qui construira la future prothèse conjointe. Il pourra être semi-adaptable ou adaptable en fonction de l’étendue de la prothèse.
Critères occlusaux en prothèse conjointe
Une malocclusion n’est pas forcément suivie d’un problème articulaire car le système stomatognathique possède des capacités d’adaptation à de nouvelles conditions de l’articulé sans dépasser le seuil de tolérance physiologique. On parlera alors d’occlusion de convenance équilibrée ou dysfonctionnelle compensée de Geoffrion. Dans le cas contraire, on parlera d’occlusion de convenance déséquilibrée ou pathogène ou dysfonctionnelle décompensée de Geoffrion.
Phase pré-prothétique
Avant d’entreprendre le traitement prothétique par prothèse conjointe, il faut faire un examen clinique qui nous conduit souvent à un traitement pré-prothétique, entre autre occlusal. Nous envisagerons deux éventualités :
- Le patient présente une occlusion équilibrée sans pathologie neuro-musculo-articulaire : dans ce cas, le traitement prothétique peut être engagé immédiatement.
- Le patient se plaint de douleurs musculaires et articulaires : la présence d’une dysharmonie occluso-articulaire (troubles de l’occlusion et de l’articulé) est un facteur important dans la responsabilité de ces symptômes. Un traitement symptomatique s’impose afin de diminuer la douleur et améliorer les mouvements mandibulaires, suivi d’une analyse occlusale pré-prothétique en clinique et sur articulateur semi ou totalement adaptable. Cette étude permet d’effectuer un remodelage du schéma occlusal avant d’entreprendre le traitement prothétique proprement dit. Dans ce cas, on utilisera une gouttière occlusale qui va répartir les forces occlusales sur l’ensemble de la denture et diminuer les spasmes douloureux.
Analyse clinique de l’occlusion
Examen des relations inter-arcades
Un examen des relations inter-arcades directement en bouche du patient puis sur articulateur adaptable ou semi-adaptable, elle consiste à faire :
- Un marquage des contacts en position d’ICM avec un papier à articuler, à l’évaluation de leur nombre, leur situation et leur répartition ;
- Un marquage avec un autre papier à articuler de couleur différente des contacts, mais cette fois-ci en relation centrée.
Trois situations peuvent être mises en évidence :
- Les contacts en relation centrée sont confondus avec ceux en ICM et dans ce cas l’élaboration prothétique ne nécessite pas de traitement occlusal ;
- Les contacts en RC sont différents de ceux obtenus en ICM mais répartis des deux côtés réalisant un équilibre occluso-articulaire ;
- Les contacts en RC sont isolés, uniques ou asymétriquement disposés, conduisant à une dysharmonie occluso-articulaire pouvant occasionner des troubles articulaires.
Analyse du plan d’occlusion
Il s’agit de l’évaluation de la courbe du plan d’occlusion à travers la courbe de Spee, de Wilson et la courbe définie par le bord libre des dents antérieures. En cas d’altération de cette courbe d’occlusion, il est possible de déterminer sur modèles d’études totalement fractionnés montés sur articulateur les modifications nécessaires à apporter pour l’obtention d’un plan d’occlusion correct par remodelage avec de la cire spéciale (wax-up).
Phase prothétique
Construction d’une prothèse ne modifiant pas le schéma occlusal du patient
La réalisation d’une prothèse dans le schéma occlusal préexistant est soumise aux conditions suivantes :
- Aucune pathologie de l’appareil mandicateur ne doit exister ;
- Les préparations dentaires n’intéressent pas les dents clés du guide antérieur ;
- Présence de contacts dentaires postérieurs garants d’une DVO correcte ;
- Édentement intercalaire de faible étendue ;
- Plan d’occlusion correctement orienté ;
- Guide antérieur harmonieux ;
- Aucune interférence ni prématurité.
Construction d’une prothèse modifiant le schéma occlusal du patient
Il s’agit d’une situation contraire à la précédente. Les modifications occlusales consistent en des modifications soit :
- Par déplacement dentaire : faisant appel à l’orthodontie ;
- Par soustraction : faisant appel à l’équilibration occlusale par meulage sélectif ou coronoplastie ;
- Par addition : faisant appel à l’odontologie conservatrice et à la prothèse conjointe.
Conclusion
La réussite d’une reconstruction prothétique conjointe unitaire ou plurale repose sur de solides connaissances de l’anatomie et de la physiologie de l’occlusion, ainsi que de la maîtrise de l’utilisation d’un articulateur semi-adaptable (ou adaptable) aussi bien par le praticien que par le prothésiste au laboratoire.
Voici une sélection de livres en français sur les prothèses dentaires:
- Prothèse Amovible Partielle : Clinique et Laboratoire
Collège National des Enseignants en Prothèses Odontologiques (CNEPO), Michel Ruquet, Bruno Tavernier - Traitements Prothétiques et Implantaires de l’Édenté Total 2.0
- Conception et Réalisation des Châssis en Prothèse Amovible Partielle
- Prothèses supra-implantaires: Données et conceptions actuelles
- Prothèse complète: Clinique et laboratoire Broché – Illustré, 12 octobre 2017
- Prothèse fixée, 2e Ed.: Approche clinique Relié – Illustré, 4 janvier 2024
L’OCCLUSION EN PROTHESE CONJOINTE

Dr J Dupont, chirurgien-dentiste spécialisé en implantologie, titulaire d’un DU de l’Université de Paris, offre des soins implantaires personnalisés avec expertise et technologies modernes.