LES LESIONS INTER-RADICULAIRES : Thérapeutiques
LES LESIONS INTER-RADICULAIRES : Thérapeutiques
Le traitement ou la correction des lésions inter-radiculaires LIR implique une ou plusieurs des procédures thérapeutiques. Le choix d’une procédure est dépendant de plusieurs facteurs qui inclut la sévérité de
l’atteinte inter-radiculaire, la quantité d’os support restant, l’état des dents adjacentes et l’importance stratégique de la dent concernée. Généralement plus l’atteinte est sévère plus on devra s’impliquer chirurgicalement dans la thérapie.
- Objectifs :
Le traitement des atteintes inter-radiculaires fait intervenir des techniques chirurgicales, qui auront comme objectifs :
- Intervention sous contrôle visuel et accès aux surfaces radiculaires afin de pouvoir réaliser un débridement correct.
- Élimination des poches parodontales.
- Corriger les défauts de l’os.
- Reproduire une anatomie osseuse idéale et des contours physiologiques.
- Rétablissement d’un espace biologique ;
- Permettre un accès aux techniques d’hygiène.
- Optimiser le pronostic des dents atteintes de lésions inter-radiculaires en modifiant l’environnement tissulaire.
- Facteurs influençant le choix thérapeutique des lésions inter-radiculaires :
Selon Müller et coll. 1995
- Facteurs liés au patient : oui
- Hygiène et motivation du patient ;
- Âge du patient ;
- Demande fonctionnelle ou esthétique ;
- Conditions socio-économiques ;
- Conditions de santé générale.
- État de la dent :
- Facteurs anatomiques locaux :
- Longueur du tronc radiculaire ;
- Longueur radiculaire ;
- Forme radiculaire ;
- Dimension inter-radiculaire ;
- Proximités radiculaires des dents adjacentes ;
- Anatomie de la furcation : concavités, arêtes et sillons furcatoires ;
- Mobilité dentaire ;
- Morphologie et position de la dent et son rapport avec son antagoniste ;
- Conditions endodontiques et anatomie canalaire.
- Anomalies de développement :
- Projections amélaires cervicales ou présence de perles d’émail ;
- Hypoplasies cémentaires atypiques ;
- Absence de cément comme dans l’hypophosphatasie.
- Gencive : biotype gingival.
- Etat osseux :
- Anatomie osseuse : volume, contours, fenestration, table osseuse fine.
- Caractère de la lyse osseuse au niveau proximal et furcatoire : infra, juxta ou supra-osseux ;
- Degré d’atteinte inter-radiculaire : classification.
- Projet thérapeutique à priori : préservation des dents naturelles ou prothèse fixée.
- Préparation à la chirurgie :
- La chirurgie des atteintes inter-radiculaires ne peut être réalisée qu’après une séquence de
thérapeutique étiologique visant à supprimer l’inflammation et à abaisser la charge bactérienne.
- L’enseignement d’une méthode de brossage non agressive permet de limiter le risque de récidive et d’orienter la maturation tissulaire lors de la cicatrisation.
- La demande d’un bilan sanguin pré-opératoire est de règle.
- Ces interventions doivent donc être pratiquées dans des conditions d’asepsie strictes, sous anesthésie locale par infiltration.
- Modalités thérapeutiques :
| Classe I | Classe II | Classe III |
Détartrage / surfaçage radiculaireCuretage parodontalGingivectomie/gingivoplastiePlastie de la furcation / OdontoplastieOstéoplastieLambeau de Widman modifiéLambeau déplacé apicalement | Curetage parodontalChirurgie osseuse additive et régénératrice | OdontoplastieOstéoplastieChirurgie osseuse additive et régénératriceAmputation radiculaire et corono-radiculaireHémisectionTunnélisationExtraction dentaire |
| Classe II avancée | ||
| OdontoplastieOstéoplastieAmputation radiculaire et corono-radiculaireHémisectionTunnélisation |
- Traitements conservateurs :
- Détartrage / Surfaçage radiculaire :
Cette mesure thérapeutique peut être la seule à intervenir lors du traitement des lésions inter- radiculaires de classe I de faible étendue.
- Curetage parodontal :
Son objectif principal est l’élimination de la paroi molle de la poche et de réaliser un surfaçage radiculaire créant ainsi des conditions favorables à une réattache.
Ce procédé est réservé au stade initial ou même au classe II sans poches parodontales profondes.
Avantages :
- Cicatrisation rapide ;
- Intervention chirurgicale de courte durée ;
- Peu de gène post-opératoire et peu de complication ;
- Peu de récession donc résultat esthétique satisfaisant ;
- Conservation maximale de l’os de soutien.
- Thérapeutiques résectrices ou soustractives :
Les atteintes inter-radiculaires de classe III présentent un potentiel de régénération très faible car il n’y a plus de mur osseux au niveau de la lésion, donc elles nécessitent un traitement soustractif.
- Gingivectomie :
Pour Lindhe : « la gingivectomie est une technique chirurgicale qui a pour but d’éliminer les tissus mous de la poche, c’est donc une exérèse gingivale par incision suivie d’excision (plastie), et selon le type d’incision on parle de GBI ou de GBE ».
Indications :
- Poche parodontale peu profonde en regard de la furcation (classe I).
- Défauts osseux horizontaux.
- Gencive de consistance fibreuse.
Contre-indications :
- Gencive de consistance molle.
- Poche parodontale profonde en regard de la furcation.
- Défauts osseux angulaires à l’entrée de la furcation.
Gingivoplastie :
Cette technique est indiquée lorsque l’architecture gingivale n’est pas compatible avec un contrôle de plaque efficace. La plastie va permettre de remodeler la gencive et lui donner un contour plus harmonieux en regard de la furcation.
- Odontoplastie ou corono-radiculo-plastie ou plastie de la furcation :
Ce terme signifie le remodelage de la dent coronairement à la furcation, afin d’élargir et rendre la furcation moins profonde en supprimant une partie du toit de cette dernière et en améliorant par conséquent l’accès au contrôle de la plaque.
Cela signifie l’élargissement du diamètre de la furcation en direction bucco-linguale ou mésio-distale aussi bien que corono-apicale. Ceci se pratique en utilisant une fraise diamantée à haute vitesse.
En 1975, Hamp, Nyman et Lindhe ont décrit la plastie de la furcation (furcationplasty) comme étant l’élévation d’un lambeau muco-périosté pour permettre l’accès à la zone de furcation et la
combinaison d’un détartrage/surfaçage radiculaire, ostéoplastie et odontoplastie afin d’éliminer les irritants locaux et pour rendre la furcation accessible au brossage.
Si des projections amélaires cervicales existent, elles seront éliminées avec remodelage de la zone. L’odontoplastie doit être réalisées avec précaution à cause des complications qui en résultent, à savoir : hypersensibilité dentinaire, exposition pulpaire et l’augmentation du risque des caries radiculaires.
- Ostéoplastie :
Elle consiste à remodeler, à l’aide d’un instrument rotatif, l’architecture osseuse au niveau de l’entrée de la furcation par un festonnage et biseautage de l’os.
- Indications :
- Technique de choix pour l’alvéolyse horizontale.
- Amélioration de la coaptation des berges d’un lambeau d’accès ou apicalisé en cas de rebord osseux épais.
- Si le diamètre du tunnel de la furcation est étroit ou si l’accès à la furcation est restreint, une ostéoplastie peut être nécessaire (CL II). L’os alvéolaire dans le secteur de la furcation est alors remodelé.
- Contre-indications :
- Rapport couronne/racine défavorable ;
- Défaut osseux très profond dont l’élimination conduit à une importante perte osseuse.
- Plancher du sinus maxillaire très proche du défaut osseux et proximité des racines.
- Mobilité dentaire importante.
- Avantages :
- Fiable, résultat prévisible.
- Marge gingivale stable.
- Obtention d’une morphologie gingivo-osseuse favorisant une maintenance efficace.
- Dent pouvant servir de pilier en prévision de reconstitution.
- Inconvénients :
- Risque d’induire une destruction osseuse supplémentaire involontaire des tissus parodontaux au niveau du site opéré.
- Collets des dents exposés et sensibles.
- Entraîne une perte d’attache (récession).
- Ne sollicite pas les potentiels réparateurs ou régénérateurs du parodonte.
- Enlève l’os qui peut être nécessaire si des implants sont désirés.
- Lambeau de Widman modifié :
Son but est la conservation de la hauteur de la gencive attachée et l’exposition minime du tissu osseux.
- Lambeau déplacé apicalement :
C’est une technique utilisée pour éliminer la poche parodontale. Le lambeau est déplacé apicalement par rapport à sa position initiale.
- Indications :
- Atteinte inter-radiculaire associée à des poches parodontales ;
- Atteinte inter-radiculaire avec tronc radiculaire court ;
- Etape indispensable dans la tunnélisation, l’ostéoplastie et l’odontoplastie.
- Avantages :
- Vision directe de la lésion inter-radiculaire permettant ainsi un curetage ;
- Possibilité d’un remodelage osseux.
- Inconvénients :
- Collets des dents exposés et sensibles.
- Entraîne une perte d’attache (récession).
- Risque de carie.
- Tunnélisation :
La tunnelisation est l’exposition chirurgicale de la furcation par la création d’un tunnel ouvert après avoir enlevé une certaine quantité d’os inter-radiculaire afin d’obtenir un bon accès de la brossette ou de fil dentaire au cours du nettoyage.
- Objectif :
Rendre la furcation accessible aux moyens d’hygiène personnelle (du patient).
- Conditions :
Certains facteurs doivent être pris en considération lors de la sélection des cas :
- Patient avec indice carieux bas ;
- Tronc radiculaire court et racines longues ;
- Entrée de la furcation large et divergence supérieure à 30° ;
- Le plancher pulpaire doit être distant de l’entrée de la furcation pour permettre l’odontoplastie.
- Indications :
- Indiquée en cas d’atteinte de degré II avancée et degré III pour lesquelles la résection radiculaire n’est pas possible.
- Molaire supérieure après amputation de la racine palatine.
- Avantages :
- La restauration de la santé parodontale se fait sans traitement endodontique ni traitement prothétique.
- Inconvénients :
- La fermeture du tunnel par prolifération de la gencive, qui entraîne une gêne au brossage ;
- Les caries peuvent se développer à cause de la difficulté d’enlever la plaque dans le toit de la furcation qui est souvent concave (patient à risque carieux élevé) ;
- Problèmes de sensibilité dentaire.
- Amputation radiculaire et corono- radiculaire :
L’amputation radiculaire : est la section complète et l’extraction d’une racine d’une dent pluriradiculée avec conservation de sa partie coronaire correspondante.
L’amputation corono-radiculaire : est la section complète et l’extraction d’une racine d’une dent pluriradiculée avec sa partie coronaire délabrée correspondante.
- Indications parodontales :
- Lésions inter-radiculaires de cl II avancée et cl III ;
- Perte osseuse sévère affectant une racine non traitable par régénération ;
- Récession gingivale sévère sur une racine (présence de déhiscence osseuse) ;
- Infections endo-parodontales récidivantes.
- Indications endodontiques :
- Parodontite apicale d’étiologie endodontique ne réagissant pas après traitement endodontique ou survenant après le traitement ;
- Si une nouvelle tentative de retraitement sur cette dent est impossible, et si la Chirurgie par voie rétrograde est impossible à cause de la calcification partielle du canal, la dilacération
sévère de l’apex, récupération impossible d’un instrument fracturé dans le canal, perforation iatrogène impossible à traiter ou si la chirurgie péri-apicale est impraticable, son amputation permet de conserver la partie de la dent ;
- Une racine fracturée sans possibilité d’élongation coronaire ;
- Une fracture du tronc cervical ;
- Présence d’un tenon dans le canal qui ne peut pas être retiré ;
- Résorption radiculaire interne ou externe impossible à traiter ;
- Une racine intraitable d’un point de vue endodontique ;
- Caries profondes dans la racine ou dans l’espace inter-radiculaire.
- Contre-indications :
- Racines fusionnées ;
- Prémolaires maxillaires ;
- Mobilité dentaire excessive : l’avulsion est préférable ;
- Perte osseuse trop prononcée ;
- Dent mandibulaire isolée ou dent versée ;
- Tronc radiculaire haut ;
- Lorsque les racines restantes sur l’arcade sont intraitables endodontiquement.
- Avantages :
- Élimination des poches parodontales ;
- Contrôle du niveau d’attache ;
- Espace inter-radiculaire accessible au contrôle de plaque ;
- Retour à une morphologie normale du parodonte superficiel.
- Inconvénients :
- Contrôle de plaque parfois complexe nécessitant une bonne habilité manuelle ;
- Les caries radiculaires, essentiellement localisées au niveau de la furcation, et les fêlures/fractures des racines résiduelles ;
- Résistance biomécanique de la dent réduite ;
- Des luxations se traduisent par une mobilité excessive accompagnée parfois d’une desmodontite et d’un élargissement de l’espace desmodontal radiologiquement visible.
- Sélection de la racine :
Au niveau de la molaire mandibulaire :
- La racine mésiale présente une concavité difficile au contrôle de la plaque et 02 canaux pulpaires fins, et la racine distale facile à traiter et à restaurer. Donc, la racine mésiale est préférée pour la résection radiculaire.
Au niveau maxillaire :
- Fréquemment la racine palatine est choisie pour la résection radiculaire.
- La racine palatine présente un axe défavorable au traitement prothétique.
- Complications :
- Les caries radiculaires, essentiellement localisées au niveau de la furcation, et les fêlures/fractures des racines résiduelles.
- Des luxations se traduisent par une mobilité excessive accompagnée parfois d’une desmodontite et d’un élargissement de l’espace desmodontal radiologiquement visible.
- Hémisection ou prémolarisation :
C’est la section d’une dent dans sa moitié (la racine avec la partie coronaire correspondante).
On l’applique préférentiellement sur les molaires mandibulaires et son approche est plurifactorielle car elle nécessite des étapes d’endodontie, de parodontie et de prothèse.
- Conditions :
- Une mobilité faible et un support parodontal résiduel en quantité raisonnable ;
- Un tronc radiculaire court ;
- Des racines divergentes ;
- Des racines volumineuses, longues et robustes.
- Indication :
- Atteinte inter-radiculaire degré II avancée et III au niveau de la molaire mandibulaire avec un os proximal largement préservé pour maintenir la dent traitée par tenon radiculaire ou faux-moignon.
- Contre-indications :
- Des racines fusionnées ;
- Une racine très courbée rendant impossible la mise en place d’un tenon ;
- Des racines convergentes ;
- Un tronc radiculaire long ;
- Une racine intraitable d’un point de vue endodontique ;
- Des racines trop grêles (Mattout et Mora, 2002).
- Thérapeutiques additives :
La chirurgie osseuse additive est une tentative de reformation de l’os parodontal détruit au cours de la maladie parodontale par l’intermédiaire d’une greffe.
Pour assurer le succès d’une greffe osseuse plusieurs conditions doivent être réunies :
- L’anatomie de la lésion doit permettre la rétention du matériau greffé ;
- La lésion doit être accessible à l’instrumentation pour faciliter son curetage ;
- Le lambeau suturé doit assurer la fermeture et la protection du site opéré ;
- L’utilisation de l’antibiothérapie pour éviter les infections.
- Fonctions et propriétés des matériaux de comblement :
Le matériau utilisé doit répondre à plusieurs critères :
- Chimiquement et physiquement inerte et stable ;
- Être disponible, quantité suffisante et se manipuler aisément ;
- Sa dépose aboutissant à une restitution *ad integrum* ;
- De caractéristique mécanique proche de site receveur ;
- Non cancérigène ;
- Non toxique ;
- Biocompatibilité : n’induisant pas de réaction immunitaire ;
- Bioactivité : interaction directe des substituts osseux avec les milieux biologiques ;
- Biofonctionnalité : rétablissant une fonction ;
- Biodégradation : la perte des propriétés physiques.
- Biodissolution : la perte des propriétés chimiques.
- Biorésorption : une biodégradation qui aboutit à la disparition du matériau, les produits de dégradation étant éliminés par voie rénale ou métabolisés.
- Apporter une aide massive au processus ostéogénique :
- Ostéoconducteur :
Propriété passive d’un matériau à recevoir la repousse osseuse, par invasion vasculaire et cellulaire à partir du tissu osseux receveur au contact de ce matériau.
- Ostéo-inducteur :
Capacité d’induire une différenciation cellulaire pour synthétiser une matrice osseuse minéralisable.
- Ostéogénicité :
La capacité du matériau à permettre l’ostéogénèse à partir des cellules qu’il transporte.
- Matériaux de greffe les plus utilisés :
- Os autologue (autogreffes, isogreffes) :
Elle consiste à mettre en place un greffon osseux où le patient est donneur et receveur. Le
prélèvement se présente sous la forme d’un coagulum osseux qui est recueilli dans un godet. Le greffon autogène est le seul à avoir les 03 propriétés : ostéo-induction, ostéo-conduction et ostéogénèse.
Sites de prélèvement :
Symphyse mentonnière, tubérosités, ramus, ligne oblique externe, crête iliaque ou l’os pariétal.
- Dérivés allogéniques :
Une allogreffe consiste à transférer un tissu d’un donneur vers un receveur appartenant à la même espèce mais n’ayant pas le même code génétique.
Exp : DFDBA (Deminaralized Freeze Dried Bone Allograft), os humain lyophilisé : ce matériau allogénique peut être obtenu auprès d’une banque de tissus.
- Xénogreffes :
On utilise du Bio-Oss® qui est un os d’origine animale. C’est une substance naturelle minérale osseuse anorganique, biocompatible et résorbable.
- Greffons alloplastiques :
Ils ne sont qu’ostéo-conducteurs. Ce sont :
- Céramiques bioactives : Les hydroxyapatites d’origine naturelle ou synthétique (Cerapatite®) ;
- Les phosphates tricalciques (Ceros®, Cerasorb®, RTR®) ;
- Les céramiques biphasées (Calciresorb 35®) ;
- Les bioverres (Perioglas®, Biogran®) ;
- Les polymères ;
- Sulfate de calcium : « plâtre de Paris ».
- Thérapeutiques régénératrices :
Les lésions inter-radiculaires de classe II (et quelques cas de classe III) présentent un potentiel de régénération car elles possèdent au moins un mur osseux qui peut assurer un apport de cellules.
Les techniques régénératrices ne s’adressent qu’aux lésions inter-radiculaires associées à des défauts intra-osseux angulaires ou circonférentiels.
- Régénération Tissulaire Guidée « RTG » :
Le concept de la RTG, développé par Nyman en 1982, est basé sur le principe d’une recolonisation sélective des surfaces radiculaires nettoyées, en empêchant, grâce à une membrane (résorbable ou non), l’envahissement de la plaie par les cellules épithéliales et conjonctives de la gencive afin de permettre la cémentogénèse et l’ostéogenèse.
Cette technique consiste à régénérer ad integrum, l’ensemble des tissus détruits par la maladie parodontale.
On souhaite donc un nouveau cément, un nouvel os, un nouveau ligament ainsi qu’une nouvelle attache conjonctive.
(D’après Louise et coll., 2004)
- Indications :
- Molaires mandibulaires avec une atteinte modérée (degré II) vestibulaire et/ou linguale ;
- Certains cas de molaires maxillaires atteintes d’une lésion isolée de degré II au niveau de la furcation vestibulaire.
- Contre-indications :
- Perte osseuse horizontale ;
- Atteinte de furcation degré I, sauf en cas de combinaison avec un défaut intra-osseux profond;
- Atteinte de part en part ;
- Atteinte compliquée au niveau des molaires maxillaires sans aucune chance d’assainissement suffisant (exemple : degré II au niveau de la furcation disto-palatine) ;
- Un parodonte superficiel trop fin, une gencive kératinisée trop réduite en hauteur ;
- Mobilité dentaire sévère.
- Association membrane et greffe osseuse :
De nombreux chercheurs ont pensé à associer le principe de la RTG aux greffes osseuses. Le but ici étant d’empêcher l’effondrement de la membrane dans la lésion et de contribuer au maintien d’un espace de régénération.
De plus, selon les propriétés du matériau mis en place, la néoformation osseuse pourrait être améliorée.
- Régénération Tissulaire Induite RTI :
- Régénération avec des facteurs de croissance et de différenciation :
Les facteurs de croissance sont des médiateurs cellulaires mitogènes (polypeptides naturels), proches des hormones sur le plan structural et fonctionnel qui influencent de diverses manières sur la croissance (multiplication) et les fonctions de différentes cellules.
Employés avec différents véhicules (matériaux de comblement osseux ou collagène), ces facteurs sont de plus en plus utilisés pour accélérer et améliorer la cicatrisation parodontale.
- Concentrés plaquettaires :
Ce sont des dérivés sanguins autologues obtenus par centrifugation du sang prélevé chez le patient.
- PRP (Platelet Rich Plasma) :
Un plasma riche en plaquettes, contenant différents facteurs de croissance dont PDGF, TGF-1, IGF, FGF-b et le VEGF (Vascular Endothelial Growth Factor) (El-Sharkawy et coll., 2007).
L’intérêt de son utilisation au cabinet dentaire est la diminution du saignement et une cicatrisation plus rapide du site.
- PRF (Platelet Rich Fibrin) :
C’est un concentré de plaquettes sanguines, de cellules immunitaires et de fibrine riche en facteurs de croissance. Ces constituants favorisent la guérison et accélèrent la cicatrisation en limitant les risques de complications post-opératoires.
- PR (Platelet Releasate) :
C’est un concentré de contenu plaquettaire contenant différents facteurs de croissance dont PDGF, IGF et TGF-β.
- Régénération avec des protéines dérivées de la matrice amélaire : « Emdogain » :
Elles agissent en tant qu’agent de prolifération et de différenciation en promouvant la régénération parodontale et en imitant le processus original de développement des tissus parodontaux. Ce sont des facteurs d’induction qui vont permettre l’attraction chimiotactique des pré-ostéoblastes et leur différenciation en ostéoblastes matures ; elles permettent donc également l’ostéogenèse.
- Thérapie cellulaire :
L’ingénierie tissulaire ou bioengineering consiste à utiliser les cellules du patient pour reformer de l’os.
- Technique d’obturation :
Une étude propose la mise en place de ciment verre-ionomère en tant que barrière dans le traitement
d’atteintes de furcation de classe III sur des molaires mandibulaires. Ce matériau est biocompatible et la méthode est économique, simple, non invasive et présente peu de douleurs post-opératoires chez le patient.
Cette technique permet de sceller l’entrée de la furcation et de la protéger ainsi de l’invasion épithéliale, des débris alimentaires et de la contamination bactérienne (Singhal, 2011).
- Extraction dentaire :
L’extraction de dents atteintes de lésions inter-radiculaires de part en part (classes III) et perte d’attache avancée peut être le traitement approprié pour certains patients.
Une évaluation rigoureuse du pronostic parodontal, endodontique et prothétique doit être considérée avant toute thérapeutique chirurgicale invasive visant à conserver une dent atteinte d’une lésion inter- radiculaire avancée.
Indications :
- Considérations socio-économiques ;
- Non coopération du patient avec le traitement parodontal ;
- Persistance de l’inflammation et du saignement au sondage,
- Dent ne présentant pas une importance stratégique dans le plan de traitement (troisième molaire supérieure ou inférieure) ;
- Absence d’antagoniste ;
- Dent avec un pronostic pauvre ;
- Perte osseuse trop importante associée ou non à un degré élevé de mobilité, les dents atteintes de classe III sont extraites dans 40 % des cas (Müller et coll. 1995).
- Réhabilitation occlusale :
Le contrôle de l’occlusion et son ajustage sont une étape essentielle dans le traitement de la maladie parodontale et les atteintes inter-radiculaires. Si les dents traitées sont utilisées comme pilier pour des
restaurations, il faut s’efforcer d’aligner les forces occlusales à l’axe vertical des dents afin d’obtenir une réparation osseuse optimale.
La restauration prothétique n’intervient qu’après cicatrisation et une phase de maturation tissulaire de 4 à 6 mois, et on privilégiera une limite supra-gingivale.
- Résultats et pronostic :
Les résultats vont dépendre comme tout traitement parodontal de soins postopératoires et de la maintenance cad par l’instauration d’un contrôle de plaque (individuel et professionnel).
La séance de maintenance professionnelle se fait à un mois, trois mois puis tous les trois mois jusqu’à un an.
Les lésions inter-radiculaires de classe I bénéficient d’un pronostic favorable si elles ne présentent pas un risque parodontal proximal majeur (Bowers et al., 2003).
Quelle que soit la technique chirurgicale choisie, les résultats obtenus au niveau des lésions inter- radiculaires mandibulaires sont souvent meilleurs que ceux obtenus au niveau maxillaire.
Les lésions inter-radiculaires non proximales ont un pronostic plus favorable que les lésions inter- radiculaires proximales.
Des études examinant le pronostic à long terme des dents avec des participations de furcation ont prouvées que les deuxièmes molaires maxillaires sont le plus généralement perdues, suivies des premières prémolaires maxillaires.
Les facteurs suivants doivent être pris en considération :
- L’étendu de la lésion ;
- Le support osseux ;
- Le degré de séparation radiculaire ;
- L’état des dents adjacentes ;
- La maintenance.
D’autres facteurs influencent le pronostic du traitement à savoir : des considérations personnelles, psychologiques, sociologiques et financières.
- Conclusion :
Le traitement des atteintes inter-radiculaires est un défi thérapeutique pour le praticien.
Grâce à de nombreux instruments, matériaux et techniques, nous avons pu au fil des années, d’améliorer les résultats et la pérennité des traitements.
Dans le traitement des atteintes inter-radiculaires de classe I, un débridement radiculaire plus ou moins associé à des plasties (gingivales, osseuses, dentaires) correctement effectué assurera la guérison de ces lésions.
Nous retiendrons que les techniques additives de régénération sont souvent possibles sur des lésions de classe II.
Malgré des avancées intéressantes dans le domaine d’’ingénierie tissulaires les résultats observés restent trop variables et le traitement peut s’avérer trop complexe ou couteux par rapport à la gravité de l’atteinte de furcation.
Lorsque les indications sont bonnes, les thérapeutiques anciennes soustractives appliquées sur des atteintes inter-radiculaires de classe III donnent de bons résultats.
Il est rassurant de constater qu’elles sont toujours d’actualité et qu’elles permettent d’assurer des résultats pérennes.
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LES LESIONS INTER-RADICULAIRES : Thérapeutiques
Voici une sélection de livres:
- Guide pratique de chirurgie parodontale Broché – 19 octobre 2011
- Parodontologie Broché – 19 septembre 1996
- MEDECINE ORALE ET CHIRURGIE ORALE PARODONTOLOGIE
- Parodontologie: Le contrôle du facteur bactérien par le practicien et par le patient
- Parodontologie clinique: Dentisterie implantaire, traitements et santé
- Parodontologie & Dentisterie implantaire : Volume 1
- Endodontie, prothese et parodontologie
- La parodontologie tout simplement Broché – Grand livre, 1 juillet 2020
- Parodontologie Relié – 1 novembre 2005
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