LES LESIONS INTER-RADICULAIRES : Thérapeutiques

Lésions Inter-Radiculaires : Guide Complet des Thérapeutiques en Parodontologie

Public cible : Étudiants en chirurgie dentaire, résidents en parodontologie, praticiens en formation continue.


Introduction : Pourquoi les Lésions Inter-Radiculaires Représentent un Défi Thérapeutique ?

Les lésions inter-radiculaires (LIR) constituent l’une des complications les plus redoutées — et les plus fréquentes — de la maladie parodontale. Elles correspondent à une destruction du tissu parodontal au niveau de la furcation des dents pluriradiculées, et leur prise en charge exige une maîtrise clinique approfondie.

Selon les données de la littérature, on estime que les molaires avec atteinte de furcation de classe III sont extraites dans environ 40 % des cas (Müller et coll., 1995), ce qui souligne l’importance d’une détection précoce et d’une stratégie thérapeutique adaptée.

Le traitement ou la correction des LIR implique une ou plusieurs procédures thérapeutiques dont le choix dépend de plusieurs facteurs : la sévérité de l’atteinte, la quantité d’os support restant, l’état des dents adjacentes et l’importance stratégique de la dent concernée. Généralement, plus l’atteinte est sévère, plus l’implication chirurgicale sera nécessaire.

Ce guide complet vous accompagne pas à pas à travers l’ensemble des modalités thérapeutiques, des plus conservatrices aux plus invasives, avec une approche pédagogique et clinique.


Objectifs du Traitement des Lésions Inter-Radiculaires

Le traitement des atteintes inter-radiculaires mobilise des techniques chirurgicales dont les objectifs sont :

  • Accès et contrôle visuel aux surfaces radiculaires pour un débridement correct
  • Élimination des poches parodontales
  • Correction des défauts osseux
  • Reproduction d’une anatomie osseuse idéale et de contours physiologiques
  • Rétablissement de l’espace biologique
  • Permettre l’accès aux techniques d’hygiène personnelle du patient
  • Optimisation du pronostic en modifiant l’environnement tissulaire

Facteurs Influençant le Choix Thérapeutique

Selon Müller et coll. (1995), la décision thérapeutique repose sur une analyse multi-factorielle rigoureuse.

Facteurs liés au patient

  • Hygiène bucco-dentaire et motivation
  • Âge du patient
  • Demande fonctionnelle ou esthétique
  • Conditions socio-économiques
  • État de santé générale

Facteurs anatomiques locaux (liés à la dent)

  • Longueur du tronc radiculaire
  • Longueur et forme radiculaire
  • Dimension inter-radiculaire
  • Proximité radiculaire des dents adjacentes
  • Anatomie de la furcation : concavités, arêtes, sillons furcatoires
  • Mobilité dentaire
  • Morphologie et position de la dent / rapport avec l’antagoniste
  • Conditions endodontiques et anatomie canalaire

Anomalies de développement à rechercher

  • Projections amélaires cervicales ou perles d’émail
  • Hypoplasies cémentaires atypiques
  • Absence de cément (comme dans l’hypophosphatasie)
  • Biotype gingival

État osseux

  • Volume, contours, fénestration, table osseuse fine
  • Caractère de la lyse osseuse (infra-, juxta- ou supra-osseux)
  • Degré d’atteinte inter-radiculaire selon la classification

Projet thérapeutique global

  • Préservation des dents naturelles ou réhabilitation prothétique
  • Importance stratégique de la dent dans le plan de traitement

Préparation à la Chirurgie : Étapes Indispensables

La chirurgie des atteintes inter-radiculaires ne peut être réalisée qu’après une thérapeutique étiologique initiale visant à :

  1. Supprimer l’inflammation clinique
  2. Abaisser significativement la charge bactérienne
  3. Établir un contrôle de plaque efficace chez le patient

L’enseignement d’une méthode de brossage non agressive est essentiel pour limiter le risque de récidive et orienter la maturation tissulaire lors de la cicatrisation. Un bilan sanguin pré-opératoire est systématiquement demandé.

Ces interventions doivent être pratiquées dans des conditions d’asepsie strictes, sous anesthésie locale par infiltration.


Quelle Solution vous Convient le Mieux ? Tableau Comparatif des Modalités Thérapeutiques

Ce tableau synthétise les principales options thérapeutiques selon la classe de LIR, pour vous aider à orienter votre choix clinique.

CritèreDétartrage / SurfaçageOdontoplastie + OstéoplastieRTG / Greffe osseuseAmputation radiculaireHémisectionExtraction
Classe LIR cibléeClasse IClasse I–IIClasse IIClasse II avancée–IIIClasse II avancée–IIIClasse III
InvasivitéFaibleModéréeÉlevéeÉlevéeÉlevéeMaximale
Traitement endodontique requisNonNonNonOuiOuiNon
Traitement prothétique requisNonNonNonOuiOuiRemplacement
Potentiel régénérateurNulNulÉlevéNulNulNul
Risque carieux post-opFaibleModéréFaibleÉlevéModéréNul
PrévisibilitéBonneBonneVariableBonne si bien indiquéeBonne si bien indiquéeExcellente
Résultat esthétiqueBonMoyenBonMoyenMoyenSelon remplacement

Modalités Thérapeutiques par Classe

Récapitulatif des Indications par Classe

Classe IClasse IIClasse III
Détartrage / surfaçage radiculaireCuretage parodontalOdontoplastie
Curetage parodontalOdontoplastieOstéoplastie
Gingivectomie / gingivoplastieOstéoplastieAmputation radiculaire
Plastie de la furcation / OdontoplastieChirurgie osseuse additive et régénératriceHémisection
OstéoplastieAmputation radiculaireTunnélisation
Lambeau de Widman modifiéHémisectionExtraction dentaire
Lambeau déplacé apicalementTunnélisation

Traitements Conservateurs

Détartrage et Surfaçage Radiculaire

Cette mesure thérapeutique peut être la seule intervention nécessaire lors du traitement des lésions inter-radiculaires de classe I de faible étendue. Elle constitue toujours la première étape de toute prise en charge parodontale.

Curetage Parodontal

Son objectif principal est l’élimination de la paroi molle de la poche et la réalisation d’un surfaçage radiculaire, créant des conditions favorables à une réattache conjonctive.

Ce procédé est réservé au stade initial ou aux classes II sans poches parodontales profondes.

Avantages :

  • Cicatrisation rapide
  • Durée d’intervention courte
  • Peu de gêne post-opératoire et peu de complications
  • Faible récession → résultat esthétique satisfaisant
  • Conservation maximale de l’os de soutien

Thérapeutiques Résectrices (Soustractives)

Les atteintes inter-radiculaires de classe III présentent un potentiel de régénération très faible (absence de mur osseux au niveau de la lésion), nécessitant donc un traitement soustractif.

Gingivectomie

Pour Lindhe : « La gingivectomie est une technique chirurgicale qui a pour but d’éliminer les tissus mous de la poche, c’est donc une exérèse gingivale par incision suivie d’excision (plastie). »

Indications :

  • Poche parodontale peu profonde en regard de la furcation (classe I)
  • Défauts osseux horizontaux
  • Gencive de consistance fibreuse

Contre-indications :

  • Gencive de consistance molle
  • Poche parodontale profonde en regard de la furcation
  • Défauts osseux angulaires à l’entrée de la furcation

Gingivoplastie

Indiquée lorsque l’architecture gingivale n’est pas compatible avec un contrôle de plaque efficace. La plastie permet de remodeler la gencive et de lui donner un contour harmonieux en regard de la furcation.

Odontoplastie (Corono-Radiculo-Plastie / Plastie de la Furcation)

L’odontoplastie consiste à remodeler la dent coronairement à la furcation afin d’élargir et de rendre la furcation moins profonde en supprimant une partie du toit de cette dernière.

En pratique : élargissement du diamètre de la furcation en direction bucco-linguale ou mésio-distale ainsi que corono-apicale, réalisé avec une fraise diamantée à haute vitesse.

En 1975, Hamp, Nyman et Lindhe ont décrit la plastie de la furcation (furcationplasty) comme l’élévation d’un lambeau muco-périosté combinée à un détartrage/surfaçage radiculaire, une ostéoplastie et une odontoplastie, afin d’éliminer les irritants locaux et rendre la furcation accessible au brossage.

⚠️ Attention clinique : Si des projections amélaires cervicales existent, elles doivent être éliminées avec remodelage de la zone. L’odontoplastie doit être réalisée avec précaution en raison des complications potentielles : hypersensibilité dentinaire, exposition pulpaire et augmentation du risque de caries radiculaires.

Ostéoplastie

Elle consiste à remodeler, à l’aide d’un instrument rotatif, l’architecture osseuse au niveau de l’entrée de la furcation par un festonnage et biseautage de l’os.

Indications :

  • Technique de choix pour l’alvéolyse horizontale
  • Amélioration de la coaptation des berges d’un lambeau d’accès ou apicalisé en cas de rebord osseux épais
  • Diamètre du tunnel de la furcation étroit ou accès restreint (Classe II)

Contre-indications :

  • Rapport couronne/racine défavorable
  • Défaut osseux très profond (perte osseuse importante)
  • Plancher du sinus maxillaire très proche du défaut osseux
  • Mobilité dentaire importante

Avantages :

  • Résultat fiable et prévisible
  • Marge gingivale stable
  • Morphologie gingivo-osseuse favorisant une maintenance efficace
  • Dent pouvant servir de pilier prothétique

Inconvénients :

  • Risque de destruction osseuse supplémentaire involontaire
  • Collets exposés et sensibles
  • Entraîne une perte d’attache (récession)
  • Ne sollicite pas les potentiels régénérateurs du parodonte
  • Compromet le site pour une future implantation

Lambeau de Widman Modifié

Son objectif est la conservation de la hauteur de la gencive attachée et l’exposition minimale du tissu osseux. Il permet l’accès chirurgical tout en préservant un maximum de tissu gingival.

Lambeau Déplacé Apicalement

Technique permettant d’éliminer la poche parodontale par déplacement apical du lambeau par rapport à sa position initiale.

Indications :

  • Atteinte inter-radiculaire associée à des poches parodontales
  • Atteinte avec tronc radiculaire court
  • Étape indispensable dans la tunnélisation, l’ostéoplastie et l’odontoplastie

Avantages :

  • Vision directe de la lésion → curetage de qualité
  • Possibilité de remodelage osseux simultané

Inconvénients :

  • Collets exposés et sensibles
  • Perte d’attache (récession)
  • Risque de carie radiculaire

Tunnélisation

La tunnélisation est l’exposition chirurgicale de la furcation par la création d’un tunnel ouvert après ablation d’une certaine quantité d’os inter-radiculaire, afin d’obtenir un accès suffisant à la brossette ou au fil dentaire.

Objectif : Rendre la furcation accessible aux moyens d’hygiène personnelle du patient.

Conditions requises pour la sélection des cas :

  • Patient avec indice carieux bas
  • Tronc radiculaire court et racines longues
  • Entrée de la furcation large, divergence supérieure à 30°
  • Plancher pulpaire distant de l’entrée de la furcation (permet l’odontoplastie)

Indications :

  • Atteinte de degré II avancée et degré III pour lesquelles la résection radiculaire n’est pas possible
  • Molaire supérieure après amputation de la racine palatine

Avantages :

  • Restauration de la santé parodontale sans traitement endodontique ni prothétique

Inconvénients :

  • Fermeture du tunnel par prolifération gingivale
  • Risque carieux important (plaque dans le toit concave de la furcation)
  • Problèmes de sensibilité dentaire

Amputation Radiculaire et Corono-Radiculaire

Définitions :

  • Amputation radiculaire : Section complète et extraction d’une racine d’une dent pluriradiculée avec conservation de sa partie coronaire correspondante.
  • Amputation corono-radiculaire : Section complète et extraction d’une racine d’une dent pluriradiculée avec sa partie coronaire délabrée correspondante.

Indications parodontales :

  • LIR de classe II avancée et classe III
  • Perte osseuse sévère sur une racine non traitable par régénération
  • Récession gingivale sévère sur une racine (déhiscence osseuse)
  • Infections endo-parodontales récidivantes

Indications endodontiques :

  • Parodontite apicale d’étiologie endodontique ne répondant pas au traitement
  • Retraitement ou chirurgie rétrograde impossibles (calcification canalaire, dilacération apicale sévère, instrument fracturé, perforation iatrogène, résorption radiculaire)
  • Fracture du tronc cervical
  • Caries profondes dans la racine ou l’espace inter-radiculaire

Contre-indications :

  • Racines fusionnées
  • Prémolaires maxillaires
  • Mobilité dentaire excessive (avulsion préférable)
  • Perte osseuse trop prononcée
  • Dent mandibulaire isolée ou versée
  • Tronc radiculaire haut
  • Racines résiduelles intraitables endodontiquement

Sélection de la racine :

Au niveau de la molaire mandibulaire : La racine mésiale présente une concavité difficile à nettoyer et deux canaux fins → la racine mésiale est préférée pour la résection. La racine distale est plus facile à traiter et à restaurer.

Au niveau maxillaire : La racine palatine est fréquemment choisie car elle présente un axe défavorable au traitement prothétique.

Complications :

  • Caries radiculaires au niveau de la furcation
  • Fêlures/fractures des racines résiduelles
  • Luxations avec mobilité excessive, desmodontite et élargissement de l’espace desmodontal

Avantages :

  • Élimination des poches parodontales
  • Contrôle du niveau d’attache
  • Espace inter-radiculaire accessible au contrôle de plaque
  • Retour à une morphologie normale du parodonte superficiel

Inconvénients :

  • Contrôle de plaque complexe nécessitant une bonne habileté manuelle
  • Résistance biomécanique réduite

Hémisection (ou Prémolarisation)

C’est la section d’une dent dans sa moitié (racine avec partie coronaire correspondante). Elle s’applique préférentiellement aux molaires mandibulaires et nécessite une approche plurifactorielle (endodontie, parodontologie, prothèse).

Conditions requises :

  • Mobilité faible et support parodontal résiduel raisonnable
  • Tronc radiculaire court
  • Racines divergentes
  • Racines volumineuses, longues et robustes

Indication :

  • LIR de degré II avancée et III au niveau de la molaire mandibulaire avec os proximal largement préservé

Contre-indications :

  • Racines fusionnées
  • Racine très courbée (tenon impossible)
  • Racines convergentes
  • Tronc radiculaire long
  • Racine intraitble endodontiquement
  • Racines trop grêles (Mattout et Mora, 2002)

Thérapeutiques Additives (Chirurgie Osseuse Additive)

La chirurgie osseuse additive est une tentative de reformation de l’os parodontal détruit par l’intermédiaire d’une greffe.

Conditions de Succès d’une Greffe Osseuse

  • L’anatomie de la lésion doit permettre la rétention du matériau greffé
  • La lésion doit être accessible à l’instrumentation pour son curetage
  • Le lambeau suturé doit assurer la fermeture et la protection du site
  • Antibiothérapie pour prévenir les infections

Critères des Matériaux de Comblement

Le matériau idéal doit être :

  • Chimiquement et physiquement inerte et stable
  • Disponible en quantité suffisante et facile à manipuler
  • Non cancérigène et non toxique
  • Biocompatible (pas de réaction immunitaire)
  • Bioactif (interaction directe avec les milieux biologiques)
  • Biofonctionnel (rétablissement d’une fonction)
  • Biodégradable selon les processus : biodissolution, biorésorption

Propriétés Ostéogéniques des Matériaux

  • Ostéoconduction : Propriété passive permettant la repousse osseuse par invasion vasculaire et cellulaire depuis le tissu osseux receveur.
  • Ostéo-induction : Capacité à induire la différenciation cellulaire vers la synthèse d’une matrice osseuse minéralisable.
  • Ostéogénèse : Capacité du matériau à permettre la formation osseuse à partir des cellules qu’il transporte.

Matériaux de Greffe les Plus Utilisés

Os autologue (autogreffe/isogreffe) :

Méthode où le patient est à la fois donneur et receveur. Le prélèvement se fait sous forme de coagulum osseux. Seul matériau possédant les 3 propriétés : ostéo-induction, ostéo-conduction et ostéogénèse.

Sites de prélèvement : Symphyse mentonnière, tubérosités, ramus, ligne oblique externe, crête iliaque, os pariétal.

Dérivés allogéniques :

Transfert de tissu d’un donneur vers un receveur de même espèce, mais de code génétique différent. Exemple : DFDBA (Demineralized Freeze Dried Bone Allograft), os humain lyophilisé, obtenu auprès d’une banque de tissus.

Xénogreffes :

On utilise le Bio-Oss®, substance naturelle minérale osseuse anorganique d’origine bovine, biocompatible et résorbable.

Greffons alloplastiques (ostéo-conducteurs uniquement) :

  • Céramiques bioactives : hydroxyapatites naturelles ou synthétiques (Cerapatite®)
  • Phosphates tricalciques (Ceros®, Cerasorb®, RTR®)
  • Céramiques biphasées (Calciresorb 35®)
  • Bioverres (Perioglas®, Biogran®)
  • Polymères
  • Sulfate de calcium (« plâtre de Paris »)

Thérapeutiques Régénératrices

Les LIR de classe II (et quelques cas de classe III) présentent un potentiel de régénération car elles possèdent au moins un mur osseux assurant un apport de cellules. Ces techniques ne s’adressent qu’aux LIR associées à des défauts intra-osseux angulaires ou circonférentiels.

Régénération Tissulaire Guidée (RTG)

Le concept de la RTG, développé par Nyman en 1982, est basé sur la recolonisation sélective des surfaces radiculaires nettoyées. Une membrane (résorbable ou non résorbable) empêche l’envahissement par les cellules épithéliales et conjonctives de la gencive, permettant ainsi la cémentogénèse et l’ostéogenèse.

Cette technique vise la régénération ad integrum de l’ensemble des tissus détruits : nouveau cément, nouvel os, nouveau ligament et nouvelle attache conjonctive.

Indications :

  • Molaires mandibulaires avec atteinte modérée (degré II) vestibulaire et/ou linguale
  • Certains cas de molaires maxillaires avec lésion isolée de degré II au niveau de la furcation vestibulaire

Contre-indications :

  • Perte osseuse horizontale
  • Atteinte de furcation de degré I (sauf combinaison avec défaut intra-osseux profond)
  • Atteinte de part en part
  • Atteinte complexe des molaires maxillaires sans possibilité d’assainissement suffisant
  • Parodonte superficiel trop fin, gencive kératinisée insuffisante en hauteur
  • Mobilité dentaire sévère

Association Membrane et Greffe Osseuse

L’association RTG + greffe osseuse a pour but d’empêcher l’effondrement de la membrane dans la lésion et de contribuer au maintien d’un espace de régénération. Selon les propriétés du matériau mis en place, la néoformation osseuse peut également être améliorée.

Régénération Tissulaire Induite (RTI) : Facteurs de Croissance

Les facteurs de croissance sont des médiateurs cellulaires mitogènes (polypeptides naturels) qui influencent la croissance et les fonctions de différentes cellules. Ils sont employés avec différents véhicules (matériaux de comblement ou collagène) pour accélérer et améliorer la cicatrisation parodontale.

Concentrés plaquettaires autologues :

ConcentréCompositionIntérêt clinique
PRP (Platelet Rich Plasma)PDGF, TGF-1, IGF, FGF-b, VEGFRéduction du saignement, cicatrisation accélérée
PRF (Platelet Rich Fibrin)Plaquettes, cellules immunitaires, fibrine, facteurs de croissanceGuérison accélérée, limitation des complications
PR (Platelet Releasate)PDGF, IGF, TGF-βStimulation de la régénération tissulaire

Protéines Dérivées de la Matrice Amélaire : Emdogain®

Ces protéines agissent comme agents de prolifération et de différenciation en promouvant la régénération parodontale et en imitant le développement naturel des tissus parodontaux. Elles permettent l’attraction chimiotactique des pré-ostéoblastes et leur différenciation en ostéoblastes matures, favorisant ainsi l’ostéogenèse.

Thérapie Cellulaire (Bioengineering)

L’ingénierie tissulaire consiste à utiliser les cellules propres du patient pour reformer de l’os. Cette approche est en plein développement et représente une voie d’avenir pour la parodontologie régénératrice.

Technique d’Obturation (Ciment Verre-Ionomère)

Une étude propose la mise en place de ciment verre-ionomère en tant que barrière dans le traitement d’atteintes de furcation de classe III sur des molaires mandibulaires. Ce matériau biocompatible scelle l’entrée de la furcation et la protège de l’invasion épithéliale, des débris alimentaires et de la contamination bactérienne (Singhal, 2011). La méthode est économique, simple, non invasive et peu douloureuse.


Extraction Dentaire : Quand y Recourir ?

L’extraction de dents atteintes de LIR de part en part (classe III) avec perte d’attache avancée peut être le traitement approprié pour certains patients. Une évaluation rigoureuse du pronostic parodontal, endodontique et prothétique est indispensable avant toute thérapeutique chirurgicale invasive.

Indications à l’extraction :

  • Considérations socio-économiques
  • Non-coopération du patient avec le traitement parodontal
  • Persistance de l’inflammation et du saignement au sondage
  • Dent sans importance stratégique dans le plan de traitement (ex. : 3e molaire)
  • Absence d’antagoniste
  • Pronostic pauvre
  • Perte osseuse trop importante (avec ou sans mobilité élevée)

📊 Donnée épidémiologique : Les dents atteintes de classe III sont extraites dans 40 % des cas (Müller et coll., 1995).


Réhabilitation Occlusale Post-Chirurgicale

Le contrôle de l’occlusion et son ajustage sont une étape essentielle dans le traitement de la maladie parodontale et des LIR. Lorsque les dents traitées sont utilisées comme piliers de restaurations, il convient d’aligner les forces occlusales à l’axe vertical des dents pour optimiser la réparation osseuse.

La restauration prothétique n’intervient qu’après cicatrisation et une phase de maturation tissulaire de 4 à 6 mois, avec préférence pour une limite supra-gingivale.


Résultats et Pronostic

Les résultats dépendent, comme pour tout traitement parodontal, des soins post-opératoires et de la maintenance à long terme.

Calendrier de maintenance professionnelle : 1 mois → 3 mois → tous les 3 mois jusqu’à 1 an.

Points Clés Pronostiques

  • Les LIR de classe I bénéficient d’un pronostic favorable en l’absence de risque parodontal proximal majeur (Bowers et al., 2003).
  • Les résultats au niveau des LIR mandibulaires sont souvent meilleurs que ceux obtenus au niveau maxillaire.
  • Les LIR non proximales ont un pronostic plus favorable que les LIR proximales.
  • À long terme, les deuxièmes molaires maxillaires sont le plus fréquemment perdues, suivies des premières prémolaires maxillaires.

Facteurs Pronostiques à Prendre en Compte

  • Étendue de la lésion
  • Qualité et quantité du support osseux résiduel
  • Degré de séparation radiculaire
  • État des dents adjacentes
  • Rigueur de la maintenance
  • Considérations personnelles, psychologiques, sociologiques et financières

Erreurs Fréquentes à Éviter dans la Prise en Charge des Lésions Inter-Radiculaires

1. Opérer sans Thérapeutique Étiologique Préalable

Erreur : Pratiquer la chirurgie d’emblée sans réduire la charge bactérienne.

Conséquences : Mauvaise cicatrisation, récidive rapide, risque infectieux péri-opératoire élevé.

Bonne pratique : Toujours réaliser la thérapeutique étiologique initiale (détartrage/surfaçage radiculaire, enseignement d’hygiène) et attendre la réévaluation avant de planifier la chirurgie.

2. Sous-Estimer l’Anatomie Radiculaire

Erreur : Ne pas évaluer la longueur du tronc radiculaire, la forme des racines et la configuration de la furcation avant de choisir la technique.

Conséquences : Amputation radiculaire ou hémisection impossible sur une dent anatomiquement non favorable, récidive rapide, échec prothétique.

Bonne pratique : Réaliser une analyse radiographique et un sondage minutieux des furcations avec des instruments adaptés (sonde de Nabers) avant toute décision.

3. Proposer une RTG sur une LIR de Classe III Complète

Erreur : Tenter une régénération tissulaire guidée sur une atteinte traversante sans mur osseux.

Conséquences : Absence de potentiel régénérateur, échec prévisible, perte de temps et de ressources.

Bonne pratique : Réserver la RTG aux lésions de classe II avec défauts intra-osseux bien délimités et contre-indiquer formellement sur les atteintes de classe III traversantes.

4. Proposer une Tunnélisation à un Patient à Risque Carieux Élevé

Erreur : Réaliser une tunnélisation sans évaluer le profil carieux du patient.

Conséquences : Développement rapide de caries radiculaires dans la furcation, souvent difficiles à traiter, conduisant à l’extraction.

Bonne pratique : Réserver cette technique aux patients avec un indice carieux bas, une excellente hygiène et une bonne compliance au suivi.

5. Négliger la Maintenance Post-Chirurgicale

Erreur : Ne pas organiser un protocole de maintenance rigoureux après la chirurgie.

Conséquences : Récidive de la maladie parodontale, perte des bénéfices obtenus, aggravation des lésions résiduelles.

Bonne pratique : Programmer la maintenance à 1 mois, 3 mois, puis tous les 3 mois jusqu’à 1 an, avec contrôle de plaque professionnel et renforcement motivationnel à chaque visite.

6. Conserver une Dent à Pronostic Compromis en Sacrifiant le Plan de Traitement Global

Erreur : S’acharner à conserver une dent atteinte de classe III avec faible importance stratégique au détriment des dents adjacentes ou du plan prothétique.

Conséquences : Complications sur les dents voisines, perte de temps, coût élevé pour un résultat insuffisant.

Bonne pratique : Évaluer l’importance stratégique de la dent dans le plan global ; si le pronostic est compromis et la dent peu stratégique, l’extraction reste souvent la solution la plus rationnelle et la plus pérenne.


Cas Cliniques Commentés

Cas Clinique 1 — LIR de Classe I : Traitement Conservateur Bien Conduit

Présentation du patient : Homme de 42 ans, sans antécédents systémiques notables, fumeur modéré (5 cigarettes/jour). Présentation pour bilan parodontal suite à une sensibilité persistante en région molaire inférieure droite.

Problématique identifiée : Au sondage, on retrouve une poche de 4 mm au niveau de la furcation vestibulaire de la 46, sans atteinte traversante. La radiographie rétro-alvéolaire montre une légère perte osseuse horizontale sans lyse angulaire. Classification : LIR classe I.

Prise en charge :

  1. Motivation à l’hygiène et enseignement du brossage doux (technique de Bass modifiée)
  2. Détartrage/surfaçage radiculaire sous anesthésie locale
  3. Réévaluation à 6 semaines

Le patient présente une bonne réponse clinique : réduction de la profondeur de poche à 2 mm, absence de saignement au sondage.

Résultat et enseignement : Ce cas illustre qu’une LIR de classe I de faible étendue, prise en charge précocement avec un traitement non chirurgical bien conduit et un contrôle de plaque rigoureux, peut guérir sans recours à la chirurgie. La cessation tabagique a également été encouragée pour améliorer le pronostic à long terme.


Cas Clinique 2 — LIR de Classe II : Régénération Tissulaire Guidée

Présentation du patient : Femme de 54 ans, non fumeuse, atteinte de parodontite chronique généralisée sévère. Inquiète pour sa première molaire supérieure gauche (26), dent pivot d’un bridge.

Problématique identifiée : Sondage révèle une poche de 7 mm en vestibulaire avec atteinte de furcation classe II (sonde de Nabers franchissant la moitié de la furcation sans la traverser). Radiographiquement : défaut intra-osseux angulaire bien délimité. Dent à importance stratégique élevée (pilier de bridge).

Prise en charge :

  1. Thérapeutique étiologique initiale complète (3 séances de surfaçage radiculaire)
  2. Réévaluation à 3 mois : persistance de la poche à 5 mm
  3. Décision chirurgicale : lambeau d’accès + RTG avec membrane résorbable + application d’Emdogain®
  4. Maintenance mensuelle les 3 premiers mois, puis trimestrielle

Résultat et enseignement : À 12 mois, profondeur de poche réduite à 3 mm, gain d’attache clinique de 2 mm, absence de saignement. Ce cas démontre que la RTG associée aux protéines matricielles amélaires peut donner des résultats favorables sur les LIR de classe II bien indiquées, à condition que la thérapeutique étiologique soit rigoureuse et la maintenance irréprochable.


Cas Clinique 3 — LIR de Classe III : Hémisection sur Molaire Mandibulaire

Présentation du patient : Homme de 61 ans, diabétique de type 2 équilibré, présentant une parodontite agressive localisée. La 36 présente une mobilité de degré 2, avec douleur à la mastication.

Problématique identifiée : Sondage et radiographie confirment une atteinte de furcation classe III traversante, avec perte osseuse totale inter-radiculaire. La racine mésiale est très atteinte ; la racine distale conserve encore un support osseux correct. Tronc radiculaire court, racines bien séparées et divergentes.

Prise en charge :

  1. Bilan endodontique complet : traitements canalaires de la racine distale et de la racine mésiale
  2. Réévaluation parodontale post-thérapie étiologique : persistance de la lésion traversante
  3. Décision : hémisection avec suppression de la partie coronaire et radiculaire mésiale
  4. Réhabilitation prothétique par couronne sur la racine distale restante après 5 mois de cicatrisation

Résultat et enseignement : La racine distale restante offre une bonne stabilité fonctionnelle avec un contrôle de plaque simplifié. Ce cas illustre que l’hémisection, bien que chirurgicalement exigeante, permet de conserver une portion de dent utile dans des conditions anatomiques favorables, en évitant l’extraction totale et la perte du volume osseux associé.


Foire Aux Questions (FAQ)

1. Quelle est la différence entre une lésion inter-radiculaire de classe II et de classe III ?

La classification des LIR est basée sur la profondeur de l’atteinte de la furcation. En classe II, la sonde de Nabers pénètre dans la furcation mais ne la traverse pas (atteinte partielle). En classe III, la sonde traverse la furcation de part en part (atteinte traversante). Cette distinction est fondamentale car elle conditionne entièrement la stratégie thérapeutique : les techniques régénératrices sont possibles en classe II, alors qu’elles sont généralement contre-indiquées en classe III.

2. La régénération tissulaire guidée (RTG) peut-elle guérir toutes les lésions inter-radiculaires ?

Non. La RTG n’est indiquée que pour les LIR de classe II présentant des défauts intra-osseux angulaires ou circonférentiels bien délimités, avec un mur osseux assurant l’apport cellulaire. Elle est contre-indiquée en cas de perte osseuse horizontale, d’atteinte traversante (classe III), de gencive kératinisée insuffisante ou de mobilité dentaire sévère. Les résultats restent également variables et dépendent fortement de la compliance du patient en hygiène et en maintenance.

3. Quel est l’intérêt de l’Emdogain® dans le traitement des furcations ?

L’Emdogain® (protéines dérivées de la matrice amélaire) agit comme un agent d’induction cellulaire en imitant le développement embryonnaire des tissus parodontaux. Il favorise l’attraction chimiotactique des pré-ostéoblastes et leur différenciation, permettant une régénération du cément, de l’os et du ligament. Son intérêt est particulièrement documenté dans les défauts intra-osseux associés aux LIR de classe II, souvent en association avec la RTG pour potentialiser les résultats.

4. Un patient avec une lésion inter-radiculaire de classe III peut-il garder sa dent ?

Oui, dans certains cas sélectionnés. Des techniques comme la tunnélisation, l’amputation radiculaire ou l’hémisection permettent de conserver tout ou partie d’une dent atteinte de classe III. Cependant, ces techniques sont exigeantes (endodontie, chirurgie, prothèse), nécessitent une sélection rigoureuse des cas et une hygiène irréprochable. Pour les dents sans importance stratégique ou présentant un pronostic très compromis, l’extraction reste souvent la solution la plus raisonnée.

5. Combien de temps dure la cicatrisation après une chirurgie parodontale de furcation ?

La cicatrisation muqueuse est généralement obtenue en 4 à 6 semaines. La maturation tissulaire complète, nécessaire avant toute restauration prothétique, requiert 4 à 6 mois. La réévaluation clinique et radiographique est réalisée à 6-12 mois pour évaluer les gains d’attache et vérifier la stabilité du résultat.

6. Quelle est la fréquence idéale de maintenance parodontale après traitement d’une LIR ?

Le protocole recommandé est : 1 mois post-chirurgical → 3 mois → puis tous les 3 mois jusqu’à 1 an. Après cette première année de stabilisation, la fréquence est adaptée au profil de risque du patient (généralement tous les 3 à 6 mois). Une maintenance rigoureuse est indispensable car les furcations traitées restent des zones à risque de récidive.

7. L’hémisection d’une molaire mandibulaire nécessite-t-elle toujours un traitement endodontique préalable ?

Oui, dans la quasi-totalité des cas. L’hémisection expose les canaux radiculaires et compromet la vitalité pulpaire. Un traitement endodontique complet doit être réalisé avant (ou parfois lors de) la chirurgie. Seules les racines avec pulpe déjà traitée ou nécrosée peuvent faire l’objet d’une approche simultanée, mais cela reste exceptionnel et doit être planifié avec soin.

8. La tunnélisation est-elle compatible avec le port d’un bridge fixe ?

Non, généralement pas. La tunnélisation expose la furcation et exige un accès permanent avec des brossettes interdentaires ou du fil dentaire. La pose d’un bridge fixe rendrait cet accès impossible. En cas de dent traitée par tunnélisation, la restauration se limite à une couronne unitaire permettant un contrôle de plaque interproximal et furcatoire optimal.


Conclusion : Un Défi Thérapeutique, une Réponse Pluridisciplinaire

Le traitement des atteintes inter-radiculaires représente un défi thérapeutique majeur pour le praticien. Grâce à de nombreux instruments, matériaux et techniques, les résultats et la pérennité des traitements n’ont cessé de s’améliorer.

Ce qu’il faut retenir :

Pour les LIR de classe I, un débridement radiculaire, éventuellement associé à des plasties (gingivales, osseuses, dentaires), correctement réalisé assurera la guérison dans la grande majorité des cas.

Les techniques additives de régénération sont possibles et souvent indiquées sur les lésions de classe II présentant des défauts intra-osseux favorables. Cependant, les résultats restent variables et le coût peut être élevé.

Malgré des avancées intéressantes en ingénierie tissulaire, les techniques chirurgicales soustractives classiques appliquées aux LIR de classe III conservent leur place et donnent des résultats pérennes lorsque les indications sont bien posées.

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Bibliographie

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  • Bouchard P. Parodontologie et dentisterie implantaire – Volume 2 : Thérapeutiques chirurgicales. Lavoisier Médecine Sciences, 2016.
  • Campard G., Verner C. Les atteintes de furcations : quelles stratégies pour quels résultats ? Journal de Parodontologie & d’Implantologie Orale, 2012 ; 32(3).
  • Carranza F.A. La parodontologie clinique selon Glickman, 5e éd. Éditions CdP, 1988.
  • Charon J., Mouton C. Parodontie médicale. Éditions CdP, 2003.
  • El-Sharkawy H. et coll., 2007.
  • Lang N.P., Lindhe J. Clinical Periodontology and Implant Dentistry, 6e éd. Wiley Blackwell, 2015.
  • Mattout C., Mora F. Les lésions inter-radiculaires. Information Dentaire, 2002 ; 13 : 831-839.
  • Müller et coll. 1995.
  • Newman M.G. et al. Carranza’s Clinical Periodontology, 12e éd. Elsevier Saunders, 2015.
  • Singhal, 2011.
  • Wolf H.F., Rateitschak E.M., Rateitschak K.H. Parodontologie. Masson, 2004.

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