Articulateurs Semi-Adaptables et Arcs Faciaux : Guide Complet pour Étudiants en Odontologie
Mots-clés : articulateur semi-adaptable, arc facial de transfert, relation centrée, cinématique mandibulaire, pente condylienne, angle de Bennett, prothèse dentaire, cours odontologie
Introduction : Pourquoi l’Articulateur est Indispensable en Prothèse
La réalisation d’une prothèse dentaire de qualité ne se limite pas au travail en bouche. Pour transférer fidèlement les relations inter-maxillaires du cabinet vers le laboratoire, le praticien doit utiliser un dispositif mécanique précis : l’articulateur. Sans cet outil, il serait impossible de reproduire en dehors du patient les rapports dynamiques et statiques entre la mandibule et le maxillaire.
Pour l’étudiant en odontologie, maîtriser le fonctionnement des articulateurs semi-adaptables et des arcs faciaux est une compétence fondamentale. Ces instruments sont au cœur de la conception prothétique, de l’analyse occlusale et du traitement orthopédique. Ce guide complet vous permettra de comprendre leur classification, leur utilisation clinique et les erreurs à ne pas commettre.

Pour approfondir ces notions dans un cadre académique structuré, le Guide clinique d’odontologie constitue une référence incontournable.
Définitions Essentielles
L’Articulateur
C’est un instrument de diagnostic et de traitement destiné à transférer et à analyser au laboratoire les relations statiques et dynamiques entre la mandibule et le maxillaire.
L’Arc Facial
C’est un artifice démontable utilisé pour positionner le modèle supérieur sur la branche supérieure de l’articulateur dans la même position qu’occupe l’arcade naturelle par rapport au plan de Francfort. Il peut également servir à déterminer le centre de rotation des condyles.
Classification des Articulateurs
La classification des articulateurs repose sur leur degré d’adaptabilité aux paramètres anatomiques et fonctionnels du patient.
Les Occluseurs
Ce sont des dispositifs à charnière simples, permettant uniquement de fixer les rapports statiques existants entre deux arcades. Leur utilisation est limitée aux cas les plus simples où aucune analyse dynamique n’est requise.
Les Articulateurs Non Adaptables
Leurs boîtiers condyliens sont usinés de telle sorte qu’ils répondent à des moyennes statiques. Le praticien ne peut ni intervenir sur leur réglage ni modifier leurs formes. Exemple : Le Quick de la firme Fag.
Les Articulateurs Semi-Adaptables
Ils permettent la reproduction de la direction et de l’extrémité des déplacements condyliens, mais pas le trajet intermédiaire (déplacement rectiligne). La distance intercondylienne n’est pas totalement réglable. Exemple : Whip-Mix.
C’est la catégorie la plus utilisée en pratique clinique quotidienne, car elle offre un bon compromis entre précision et facilité d’utilisation.
Les Articulateurs Entièrement Programmables
Ils reproduisent les détails des mouvements limités, y compris les déplacements latéraux immédiats et progressifs, ainsi que la courbure et la direction du trajet condylien. La distance intercondylienne est entièrement ajustable. Exemple : Les pantographes Denar-Stuart.
Classification des Arcs Faciaux
L’Arc Facial de Transfert
Il permet de fixer les relations d’orientation du maxillaire supérieur par rapport à la base du crâne. Exemple : Arc facial de Hanau.
L’Arc Facial de Détermination
Il permet le repérage des centres de rotation condyliens. Exemple : Arc de Stuart.
Les Arcs Cinématiques (Axiographes)
Ils permettent l’enregistrement complet des trajectoires condyliennes et sont utilisés dans les cas complexes nécessitant une analyse cinématique poussée. Exemple : Les axiographes.
Notions Fondamentales de Cinématique Mandibulaire
L’analyse des relations statiques et dynamiques inter-arcades ainsi que l’étude des trajectoires condyliennes ne peuvent être conduites directement en bouche. D’où la nécessité de connaître la cinématique mandibulaire et celle des articulateurs.
L’Axe Charnière
C’est un axe virtuel passant par le centre de rotation de chaque condyle dans les petits mouvements d’ouverture et de fermeture de la mandibule. Cet axe est transféré sur l’articulateur grâce à l’arc facial.
Méthodes de Localisation de l’Axe Charnière
Localisation par palpation : En 1899, Snow tentait de déterminer l’axe charnière par palpation douce de la région prétragienne pendant les mouvements mandibulaires. Une marge d’erreur de 1 à 2 mm est observée avec une dimension verticale (DV) correcte.
Localisation arbitraire — conventionnelle cutanée : Pour Snow et Hanau, le centre de rotation des condyles se situe de 10 à 13 mm en avant du tragus, sur une ligne allant du tragus à l’angle externe de l’œil.
Localisation auriculaire : Ce type de localisation utilise des olives auriculaires placées dans les conduits auditifs externes. Exemples d’articulateurs : Denar, Sam, Whip-Mix.
Les Déterminants de l’Occlusion
Selon Nally, « les mouvements mandibulaires étant guidés par le guidage postérieur (condylien) et antérieur (dentaire), les articulateurs présentent des éléments condyliens et un plateau incisif qui permettent la reproduction de ces mouvements avec une fidélité plus ou moins grande ».
Déterminants Postérieurs
La Pente Condylienne représente le trajet parcouru par le condyle mandibulaire le long du condyle temporal lors d’un mouvement de propulsion. Ce mouvement est guidé par un glissement des bords incisifs des dents inférieures sur les surfaces palatines des incisives supérieures, aboutissant à un bout-à-bout incisif, tandis qu’un espace se forme au niveau molaire : c’est le phénomène de Christensen. Ce trajet forme avec le plan de Francfort un angle moyen de 40°, et avec le plan de Camper un angle entre 20 et 35°.

L’Angle de Bennett : Dans les mouvements de diduction de la mandibule, les condyles droit et gauche se déplacent de façon asymétrique. Le condyle travaillant (côté travaillant) accomplit un déplacement toujours dirigé vers l’extérieur, vers le haut ou le bas, en avant ou en arrière. Ce mouvement, appelé mouvement de Bennett, est de faible amplitude (1 à 2 mm). Le condyle non travaillant se déplace vers l’intérieur, en avant et en bas. Sa trajectoire forme avec un plan parallèle au plan sagittal un angle variant en moyenne entre 12° et 18° : l’angle de Bennett.

Déterminants Antérieurs
Il s’agit du guidage dentaire antérieur, qui s’exprime dans le plan sagittal par la pente incisive et, en diduction, par le guidage canin et le guidage incisif.

Pente incisive (ou trajectoire incisive) : Résulte du trajet de glissement du bord libre des incisives inférieures sur les versants palatins des incisives supérieures. Elle forme un angle avec le plan d’occlusion, appelé angle incisif.
Guidage dentaire en diduction : En latéralité, certaines dents entrent en contact et guident la mandibule. Ce guidage peut être réalisé par la canine (guidage canin ou protection canine), les incisives (guidage incisif), ou un groupe de dents incluant la canine (guidage du groupe ou fonction groupe).

Description de l’Articulateur Semi-Adaptable
C’est un appareillage permettant la reproduction mécanique, plus ou moins précise, de la cinématique mandibulaire.

Il est composé de :
- Branche supérieure : représente la partie moyenne de la face.
- Branche inférieure : représente l’étage inférieur de la face (mandibule).
- Plan de référence : le plan axio-orbitaire, qui passe par les deux émergences de l’axe charnière et par un des deux points sous-orbitaires.
- Tige incisive : détermine la hauteur de la dimension verticale (DV).
- Boîtiers condyliens : configurent les fosses temporales du crâne.

Type Arcon vs. Anti-Arcon
- Articulateur semi-adaptable Arcon : les boules condyliennes sont supportées par la branche inférieure (équivalent mécanique de la mandibule).
- Articulateur semi-adaptable Anti-Arcon : les boucles condyliennes sont supportées par la branche supérieure.
Rôles Cliniques de l’Articulateur Semi-Adaptable
- Analyser la situation du plan d’occlusion, les rapports entre les dents en relation centrée lors des excursions latérales et en propulsion.
- Réaliser les corrections des surfaces occlusales (aménagement du plan occlusal et équilibration en relation centrée) sur des modèles d’étude et objectiver les rapports dentaires souhaités.
- Élaborer méthodologiquement au laboratoire le montage des dents prothétiques pour établir les rapports dentaires en accord avec le concept occlusal choisi.
Impératifs Auxquels un Articulateur Doit Obéir
Un articulateur semi-adaptable de qualité doit répondre à une série de critères précis :
- Assurer le transfert de la position des deux arcades en relation correcte avec des points et des plans de référence pris sur le massif facial.
- Autoriser le transfert de l’axe charnière localisé arbitrairement ou cinématiquement.
- Avoir une distance intercondylienne réglable.
- Être du type Arcon, c’est-à-dire avoir les sphères condyliennes fixées sur la branche inférieure, afin que les trajectoires condyliennes conservent des rapports constants avec le plan d’occlusion lorsque la dimension verticale varie.
- Assurer le transfert et la reproduction des principales trajectoires condyliennes dans les trois plans de l’espace.
- Assurer un rapport simple des trajectoires incisives.
- Être un élément scientifique de diagnostic et de traitement.
- Maintenir la stabilité et la constance de la position axiale terminale de référence, quelles que soient les variations de la pente condylienne.
- Permettre des manipulations aisées au laboratoire, aussi bien au moment de la mise en articulateur qu’au cours des principaux transferts.
- Être facile à l’emploi, peu encombrant, léger et facile à nettoyer.
Limites d’Utilisation
Le concept de l’articulateur ne peut pas imiter parfaitement l’anatomie et la physiologie du patient. Les boîtiers condyliens n’ont pas la cavité exacte de la fosse temporale, et les boucles condyliennes n’ont pas la forme ovoïde des condyles mandibulaires. L’articulateur permet de s’approcher le mieux possible du schéma dynamique du patient.
Comme le soulignent les physiologistes : « l’articulateur est une mécanique qui a ses propres limites. Il ne faut pas lui donner un visage humain ».

Description de l’Articulateur Hanau 96 1-I2 XPR
Branche Inférieure
Elle est fixe et constituée d’un socle horizontal comportant :
- À l’avant : Un plateau de guidage incisif orientable, pouvant être bloqué selon un repère divisé en degrés. Ce plateau comporte deux volets indépendants orientables en fonction des mouvements de diduction.
- Au milieu du socle : Une plaquette métallique amovible, destinée à fixer le modèle inférieur en plâtre (galette de montage).
- À l’arrière du socle : Deux colonnes ou potences verticales mobiles autour de leurs axes (piliers condyliens), pouvant être bloquées dans différentes positions correspondant à l’angle de Bennett.
- Partie supérieure des colonnes : Un anneau métallique (anneau condylien) dans lequel coulisse un disque fendu diagonalement d’une gouttière permettant à une rotule de glisser.
- Rotation du disque condylien : Dans le plan vertical, permet le report de l’angle condylien sur l’articulateur.
- Rotule métallique : Représentant le condyle (sphère condylienne), elle appartient à la branche supérieure (spécificité Anti-Arcon).
- Vis de protrusion : À la partie antérieure de la gouttière, bloque la rotule condylienne en arrière de sa position normale.
Branche Supérieure
Elle est mobile et se compose d’une barre horizontale parallèle à la branche inférieure, comportant :
- À l’avant : Une tige de guidage incisive réglable qui prend appui par son pointeau incisif sur le plateau incisif, avec un système de blocage.
- Au milieu : Une galette de montage du modèle supérieur, avec en avant un indicateur du plan orbitaire (plan de Francfort).
- À l’arrière : Une tige perpendiculaire à la barre horizontale antéro-postérieure, supportant les deux sphères condyliennes qui coulissent dans les fentes des disques de la branche inférieure.
- Mobilité des rotules condyliennes : Mobiles latéralement sur leur axe, elles permettent de matérialiser les mouvements de Bennett et de déterminer la valeur de l’angle de Bennett.

Description de l’Arc Facial
L’arc facial est composé de :
- Un arc extra-buccal avec un bras antérieur et deux bras sagittaux.
- Une fourchette porte-modèle (intra-buccale).
- Un index orbitaire ou butée nasale.
- Une butée condylienne ou olives auriculaires.
- Des vis de réglage et de serrage.
- Un stylet condylien.
Utilisation Clinique Pas-à-Pas
Étape 1 : Préréglage de l’Articulateur
Avant toute utilisation, l’articulateur est préréglé avec des valeurs moyennes : par exemple, pour le Dentatus 40° TC, 20° angle de Bennett ; pour le Hanau : 30° de pente condylienne, 15° d’angle de Bennett.
Le montage du modèle supérieur peut se faire de deux façons : avec arc facial ou avec table de montage.
Étape 2 : Mise en Place de l’Arc Facial et Montage du Modèle Supérieur
L’arc facial permet le transfert de la position du modèle supérieur sur l’articulateur :
Positionnement et solidarisation de la fourchette : Le bourrelet d’occlusion de la maquette est fixé sur la fourchette occlusale de l’arc facial. Elle est ensuite introduite en bouche, bien centrée, le manche de la fourchette devant être placé dans le plan sagittal médian.
Mise en place de l’arc facial :
- Le manche de la fourchette est glissé dans son dispositif de blocage.
- Les extrémités des tiges condyliennes sont appliquées contre les repères condyliens déjà déterminés sur le patient.
- L’index orbitaire est introduit dans son dispositif de blocage, placé en contact avec le point sous-orbitaire et verrouillé dans cette position.
- La partie antérieure du cadre de l’arc facial doit être horizontale et parallèle à la ligne bipupillaire.
- Vérification finale avant blocage de toutes les vis et retrait de l’ensemble.
Transfert de l’arc facial :
- Programmation arbitraire préalable : pentes condyliennes à 30°, angles de Bennett à 15°.
- Inclinaison du plateau incisif fixée à 0°.
- Galettes de montage adaptées aux deux branches.
- Vaseline sur les surfaces exposées aux matériaux de montage.
Étape 3 : Réalisation des Split-Casts
Avant de procéder au montage des modèles, il est nécessaire de réaliser les split-casts (socles séparables) :
- On taille dans la base primaire des modèles des encoches en forme de V.
- On isole le plâtre et on réalise un boxing pour couler les socles séparables à l’aide de plâtre dur.
- L’ensemble modèle-socle séparable sera monté sur l’articulateur semi-adaptable.
Rôles des split-casts :
- Contrôler l’enregistrement de la relation centrée.
- Permettre le réglage de l’inclinaison des pentes condyliennes.
- Faciliter l’équilibration immédiate sur articulateur semi-adaptable.
Étape 4 : Montage du Modèle Supérieur
- Vaseliner la galette de montage supérieure de l’articulateur.
- Soulever et rabattre la branche supérieure en arrière.
- Mettre en place le modèle de travail avec la maquette d’occlusion sur la fourchette, bien calée sur son support.
- Déposer une quantité de plâtre à prise rapide et abaisser la branche supérieure jusqu’à obtenir un contact intime entre le guide incisif et le plan de guidage incisif antérieur.
- Le pointeau de l’index sous-orbitaire doit effleurer le plan sous-orbitaire. Retirer l’arc facial.
Étape 5 : Montage du Modèle Inférieur
- Le montage du modèle inférieur se fera en relation centrée (édenté total).
- Les bourrelets d’occlusion, réglés à une dimension verticale correcte, sont insérés en bouche.
- La mandibule est guidée en relation centrée.
- Après enregistrement, les modèles supérieur et inférieur sont solidarisés.
- On place sur la galette de montage inférieure une quantité de plâtre.
- La branche supérieure de l’articulateur est abaissée jusqu’à ce qu’il y ait un contact intime entre le pointeau incisif et le plan de guidage incisif.
- Élimination des excès de plâtre et maintien des deux modèles jusqu’à prise totale.
Programmation de l’Articulateur
Méthodes Disponibles
Mordus en cire (intra-buccal) : Méthode la plus courante en pratique clinique.
Pantographe — Quick Axis (extra-buccal) : Les valeurs numériques sont lues sur le tambour du micromètre. Plus précis mais plus complexe à mettre en œuvre.

Méthode Intra-Buccale
Méthode de Lauritzen : Mordus en cire myoco enrobant une feuille d’étain (0,1 mm d’épaisseur) :
- Une paire de mordus sur prémolaires et molaires en bout-à-bout incisif.
- Deux paires de mordus en latéralité en bout-à-bout canin, cire indentée.
Méthode de Morin et Valentin : Avec une épaisseur de cire plus importante.
Méthode du Jig universel : Mordus en plâtre.
Réglage de la Pente Condylienne
- Élever et fixer la tige incisive.
- Tourner les colonnes condyliennes en dehors pour les fixer à 0° (angle de Bennett = 0).
- Débloquer les sphères condyliennes.
- Renverser la branche supérieure de l’articulateur, à laquelle est fixée la base secondaire (split-cast).
- Placer les deux maquettes d’occlusion en bouche et faire mordre le patient en protrusion symétrique sans déviation.
- Placer les deux maquettes sur leurs modèles respectifs fixés en propulsion.
- Renverser en avant la branche supérieure jusqu’à la fermeture du split-cast (sphères condyliennes débloquées).
- Régler les inclinaisons des pentes condyliennes. Bloquer les deux vis.
Réglage de l’Angle de Bennett
Ce réglage peut être déterminé par deux méthodes :
- Par des cires d’enregistrement des latérotrusions droite et gauche.
- Arbitrairement, en utilisant la formule de Hanau : L = H/8 + 12, où L est l’angle de Bennett et H l’inclinaison en degrés de la pente condylienne.
Remarque importante : La latéralité doit être pure, symétrique et supérieure à 4 mm.
Réglage du Guidage Antérieur
Après montage des dents antérieures et contrôle de l’esthétique et de la phonation, la tige de guidage incisive est placée contre le plan de guidage incisif (déverrouillé). En bout-à-bout, le plan doit être en contact avec la tige.
Quelle Solution Choisir ? Tableau Comparatif des Articulateurs
Le choix de l’articulateur dépend de la complexité du cas clinique et des impératifs du laboratoire. Ce tableau synthétique vous aidera à vous orienter rapidement.
| Critère | Occluseur | Semi-Adaptable | Entièrement Programmable |
|---|---|---|---|
| Coût | Faible | Modéré | Élevé |
| Complexité d’utilisation | Très simple | Modérée | Élevée |
| Précision cinématique | Nulle | Bonne | Excellente |
| Réglage de la pente condylienne | Non | Oui | Oui |
| Réglage de l’angle de Bennett | Non | Partiel | Oui |
| Distance intercondylienne réglable | Non | Partiellement | Totalement |
| Reproduction du trajet intermédiaire | Non | Non | Oui |
| Indication clinique | Cas simples, provisoires | Prothèse courante | Cas complexes, ODF |
| Exemple | Articulateurs de plâtre | Whip-Mix, Hanau 96 | Pantographe Denar-Stuart |
Erreurs Fréquentes à Éviter en Articulateur Semi-Adaptable
La maîtrise de l’articulateur semi-adaptable est progressive. Voici les erreurs les plus courantes observées chez les étudiants, et surtout comment les éviter.
1. Négliger le Préréglage de l’Articulateur
L’erreur : Procéder à la mise en articulateur sans avoir au préalable programmé les valeurs moyennes de pente condylienne et d’angle de Bennett.
Pourquoi c’est problématique : Un articulateur non préréglé produit des montages en occlusion qui ne correspondent pas à la cinématique réelle du patient, entraînant des erreurs occlusales irréparables sur la prothèse finale.
La bonne pratique : Toujours prérégler l’articulateur avant tout montage (ex. : 30° de pente condylienne, 15° d’angle de Bennett pour le Hanau) et ne programmer les valeurs individuelles du patient qu’après enregistrement des mordus.
2. Mal Positionner la Fourchette de l’Arc Facial
L’erreur : Insérer la fourchette en bouche sans s’assurer qu’elle est parfaitement centrée dans le plan sagittal médian.
Pourquoi c’est problématique : Un mauvais positionnement de la fourchette entraîne un transfert asymétrique du modèle supérieur, faussant l’ensemble de l’analyse occlusale. Toutes les étapes ultérieures reposent sur ce premier transfert.
La bonne pratique : Vérifier systématiquement l’alignement du manche de la fourchette dans le plan médian et contrôler la parallélité de l’arc facial avec la ligne bipupillaire avant tout blocage.
3. Omettre la Réalisation des Split-Casts
L’erreur : Monter les modèles directement sur les galettes de l’articulateur sans réaliser de socles séparables (split-casts).
Pourquoi c’est problématique : Sans split-casts, il est impossible de contrôler l’enregistrement de la relation centrée, ni d’effectuer une équilibration immédiate ou de régler la pente condylienne avec fiabilité.
La bonne pratique : Systématiser la réalisation des split-casts dès le début du montage, en taillant des encoches en V dans la base primaire et en coulant des socles en plâtre dur bien isolés.

4. Enregistrer la Relation Centrée en Propulsion
L’erreur : Guider la mandibule du patient en laissant une contraction musculaire parasite orienter le mouvement vers la propulsion au lieu de la vraie relation centrée.
Pourquoi c’est problématique : Un mordu de relation centrée enregistré en position de propulsion génère un montage décalé vers l’avant, ce qui entraîne une prothèse avec des contacts prématurés en antérieur et une déstabilisation de l’occlusion.
La bonne pratique : Utiliser une technique de guidage mandibulaire douce (manipulation bilmanuelle de Dawson ou méthode de jig de Lucia) et répéter l’enregistrement jusqu’à obtenir une reproductibilité parfaite avant de valider.

5. Utiliser une Latéralité Insuffisante pour Régler l’Angle de Bennett
L’erreur : Enregistrer les mordus de latéralité avec un déplacement mandibulaire inférieur à 4 mm.
Pourquoi c’est problématique : En dessous de 4 mm, le mouvement de diduction n’est pas suffisamment pur pour déterminer correctement l’angle de Bennett. Le réglage obtenu est alors inexact, compromettant l’équilibre occlusal en latéralité.
La bonne pratique : Vérifier systématiquement que la latéralité enregistrée est pure, symétrique et supérieure à 4 mm. En cas de doute, recourir à la formule de Hanau (L = H/8 + 12) pour une valeur arbitraire fiable.

6. Ne Pas Retirer l’Arc Facial Avant de Finir le Montage Supérieur
L’erreur : Abaisser la branche supérieure de l’articulateur sans d’abord retirer l’arc facial après avoir atteint le contact du pointeau incisif.
Pourquoi c’est problématique : L’arc facial maintenu en position pendant l’abaissement de la branche peut exercer des forces parasites sur le modèle supérieur, compromettant la précision du transfert.
La bonne pratique : Une fois le pointeau de l’index sous-orbitaire en contact avec le plan sous-orbitaire et la branche supérieure correctement abaissée, retirer l’arc facial avant la prise finale du plâtre de montage.
Cas Cliniques Commentés
Cas Clinique 1 : Édenté Total Bimaxillaire — Réhabilitation Prothétique Complète
Présentation du patient : Mme D., 68 ans, édentée totale bimaxillaire depuis 4 ans, consulte pour la confection d’une prothèse complète amovible. Elle se plaint d’une instabilité masticatoire et d’une modification de son apparence faciale (perte de dimension verticale).
Problématique identifiée : La perte de la dimension verticale d’occlusion (DVO) nécessite un rétablissement précis avant tout montage prothétique. La relation centrée doit être enregistrée avec fiabilité sur un sujet édenté, ce qui exige un articulateur semi-adaptable pour reproduire fidèlement la cinématique mandibulaire.
Prise en charge :
- Confection des maquettes d’occlusion (bourrelets).
- Enregistrement de la DVO et de la relation centrée avec guidage bilmanuel.
- Mise en place de l’arc facial (Hanau) pour le transfert du modèle supérieur.
- Montage du modèle inférieur sur articulateur semi-adaptable Whip-Mix, préréglé à 30°/15°.
- Réalisation des split-casts pour contrôle de la RC.
- Montage des dents en concept d’occlusion bilatéralement équilibrée.
Résultat attendu : La prothèse est équilibrée en statique et en dynamique, stable à la mastication et conforme à l’esthétique souhaitée par la patiente. La DVO restaurée redonne du tonus facial.
Point pédagogique clé : Chez l’édenté total, l’articulateur semi-adaptable est indispensable. L’absence de dents naturelles prive le praticien de tout repère occlusal direct. La rigueur dans l’enregistrement de la RC et l’utilisation des split-casts sont les garants de la précision prothétique.
Cas Clinique 2 : Prothèse Partielle — Erreur de Pente Condylienne et Occlusion Traumatique
Présentation du patient : M. R., 52 ans, porteur d’une prothèse amovible partielle maxillaire depuis 6 mois, consulte pour des douleurs articulaires temporomandibulaires (ATM) apparues progressivement. Il signale également que sa prothèse semble « trop haute » du côté droit.
Problématique identifiée : L’analyse occlusale sur articulateur révèle que la pente condylienne droite a été réglée trop faiblement lors de la conception initiale. Résultat : les cuspides de soutien droites sont en interférence lors des mouvements de propulsion, générant une surcharge articulaire et des douleurs musculaires.
Prise en charge :
- Reprise des mordus de protrusion et de latéralité (méthode de Lauritzen).
- Nouvelle programmation de la pente condylienne droite après enregistrement.
- Équilibration occlusale sur articulateur semi-adaptable : meulage sélectif des cuspides en interférence.
- Contrôle sur split-casts avant retour en bouche.
Résultat attendu : Suppression des interférences en propulsion droite, disparition progressive des douleurs articulaires en 4 à 6 semaines, meilleure répartition des charges occlusales.
Point pédagogique clé : Un réglage approximatif de la pente condylienne n’est pas neutre : il peut conduire à des occlusions traumatiques et des dysfonctionnements de l’ATM. La programmation rigoureuse de l’articulateur est un acte clinique à part entière.
Cas Clinique 3 : Prothèse Fixée — Utilisation de l’Arc Facial pour un Bridge Postérieur
Présentation du patient : M. L., 44 ans, doit recevoir un bridge de trois éléments en secteur postérieur maxillaire gauche (14-15-16). La dent 15 manquante sera remplacée. Le bilan occlusal montre un guidage canin gauche fonctionnel à préserver.
Problématique identifiée : Pour ce type de réhabilitation fixée, le montage en articulateur semi-adaptable avec arc facial est indispensable. Un transfert approximatif du modèle supérieur (sans arc facial) pourrait générer des erreurs occlusales sur le bridge, incompatibles avec la protection canine gauche existante.
Prise en charge :
- Mise en place de l’arc facial auriculaire pour un transfert précis du modèle supérieur.
- Enregistrement de la relation d’intercuspidation maximale (RIM) pour le montage du modèle inférieur.
- Réglage de la pente condylienne et de l’angle de Bennett par mordus en cire de propulsion et de latéralité.
- Contrôle du guidage antérieur sur articulateur avant validation de la conception du bridge.
Résultat attendu : Le bridge s’intègre harmonieusement dans le schéma occlusal préexistant, avec maintien du guidage canin gauche, absence d’interférence en propulsion et contacts simultanés en OIM.
Point pédagogique clé : En prothèse fixée, l’arc facial n’est pas réservé aux cas complexes. Pour tout bridge postérieur ou reconstruction d’un secteur entier, le transfert précis du modèle supérieur est une étape non négociable de la démarche prothétique.
Foire Aux Questions (FAQ)
Quelle est la différence entre un articulateur Arcon et un articulateur Anti-Arcon ?
Dans un articulateur Arcon, les sphères condyliennes (représentant les condyles) sont fixées sur la branche inférieure, ce qui correspond à l’anatomie réelle (les condyles appartiennent à la mandibule). Dans un Anti-Arcon, c’est l’inverse : les sphères sont sur la branche supérieure. L’articulateur Arcon est généralement préféré en pratique prothétique car il maintient des rapports constants entre les trajectoires condyliennes et le plan d’occlusion, même lorsque la dimension verticale varie.

À quoi sert concrètement un arc facial et est-il toujours indispensable ?
L’arc facial permet de transférer la position spatiale du maxillaire supérieur — et donc du modèle supérieur — dans la même orientation que celle du patient par rapport au plan de Francfort. Sans arc facial, le modèle supérieur est monté à une position arbitraire qui peut générer des erreurs occlusales. Il est indispensable pour toute réhabilitation impliquant une modification de l’occlusion, une prothèse complète, ou un bridge postérieur. Pour des cas simples de prothèse fixée unitaire en secteur antérieur, une table de montage peut parfois suffire.
Comment choisir entre la méthode de Lauritzen et la formule de Hanau pour régler l’angle de Bennett ?
La méthode de Lauritzen, qui repose sur des enregistrements intra-buccaux en cire, est plus précise car elle tient compte de la cinématique individuelle du patient. La formule de Hanau (L = H/8 + 12) est une approximation arbitraire utile lorsque l’enregistrement des latéralités est difficile ou peu fiable (patient peu coopérant, limitation d’ouverture). Dans l’idéal, on préfère la méthode de Lauritzen avec une latéralité d’au moins 4 mm pour garantir la qualité de l’enregistrement.
Qu’est-ce que le phénomène de Christensen et pourquoi est-il cliniquement important ?
Le phénomène de Christensen est l’espace qui se crée au niveau des secteurs molaires lors d’un mouvement de propulsion mandibulaire, tandis que les incisives sont en bout-à-bout. Il résulte de la pente condylienne et de la pente incisive. Il est cliniquement important car il doit être compensé dans les prothèses complètes (par une courbe de Spee et de Wilson adaptée) pour éviter que la prothèse ne se déstabilise lors des mouvements de propulsion.
Quand utiliser un articulateur entièrement programmable plutôt qu’un semi-adaptable ?
L’articulateur entièrement programmable (type pantographe Denar-Stuart) est réservé aux cas complexes nécessitant une reproduction très précise de la cinématique individuelle du patient : reconstructions occlusales complètes, dysfonctionnements temporomandibulaires sévères, occlusions pathologiques avec modifications importantes de la DVO, ou en recherche et enseignement. En pratique courante, l’articulateur semi-adaptable bien utilisé offre un niveau de précision cliniquement suffisant.
Comment vérifier que la relation centrée a été correctement enregistrée ?
La méthode des split-casts est le moyen le plus fiable pour contrôler la qualité d’un enregistrement de relation centrée. Après montage, on sépare les socles séparables et on repose les modèles sur le mordu : si les modèles s’ajustent parfaitement sur le mordu et reviennent en position identique sur l’articulateur, l’enregistrement est valide. Toute discordance signale une erreur d’enregistrement ou de montage qui doit être reprise avant de poursuivre.
Quelle est la valeur clinique de la tige incisive et du plateau de guidage ?
La tige incisive détermine la hauteur de la dimension verticale d’occlusion reproduite sur l’articulateur. Le plateau incisif, sur lequel elle repose, reproduit le guidage antérieur lors des mouvements excursifs. Après le montage des dents antérieures et validation de l’esthétique et de la phonation, la tige de guidage incisive est réglée en contact avec le plan de guidage incisif pour reproduire le guidage antérieur individuel du patient. Ce réglage conditionne l’harmonie entre guidage postérieur et guidage antérieur dans la prothèse définitive.
Conclusion
L’articulateur est bien plus qu’un simple outil de laboratoire : c’est, comme le définit J. Lejoyeux, un instrument de diagnostic et de traitement destiné à transférer et analyser les relations statiques et dynamiques entre la mandibule et le maxillaire. L’articulateur semi-adaptable, grâce à son bon compromis entre précision et accessibilité, reste la référence en pratique quotidienne.
La maîtrise de cet outil passe par une compréhension solide de la cinématique mandibulaire, une rigueur dans chaque étape du protocole (arc facial, split-casts, enregistrement de la RC, programmation des pentes), et une conscience claire de ses limites intrinsèques.
Pour l’étudiant en odontologie, investir du temps dans cette discipline est un choix stratégique : l’articulateur est un maillon essentiel dans l’analyse de nombreux cas cliniques, dans leur traitement orthopédique, préprothétique et prothétique.
Pour aller plus loin, les ouvrages de référence suivants vous accompagneront tout au long de votre formation : Prothèse Complète — Clinique et Laboratoire pour la prothèse amovible complète.
les Annales corrigées de l’internat en odontologie 2022-2024 pour vous préparer aux concours avec des cas cliniques commentés.
Livres de Référence Recommandés
Voici une sélection d’ouvrages en français particulièrement utiles sur les thèmes abordés dans cet article :
- Prothèse Amovible Partielle : Clinique et Laboratoire — CNEPO
- Prothèse Complète : Clinique et Laboratoire — Illustré, 2017
- Prothèse fixée, 2e éd. : Approche clinique — Illustré, 2024
- Prothèses supra-implantaires : Données et conceptions actuelles
- Annales corrigées de l’internat en odontologie 2022-2024
- Guide clinique d’odontologie
Pour s’entraîner sur QCM et cas cliniques : ResiDentaire™ — Plateforme QCM Médecine Dentaire
Cette page contient des liens d’affiliation Amazon. En cliquant dessus, vous n’êtes pas tenu de vous procurer les produits suggérés, mais si vous le faites, cela ne vous coûte rien de plus et cela m’aide à financer ce site.
Leave a Reply