LE CEMENT : Anatomie, histologie et physiologie

Le Cément Dentaire : Anatomie, Histologie et Physiologie — Guide Complet en Odontologie

Mots-clés : cément dentaire, parodonte, histologie dentaire, cémentoblastes, fibres de Sharpey, jonction émail-cément, tissu parodontal minéralisé


Introduction : Le Cément, Pilier Méconnu du Parodonte

Le parodonte est l’ensemble des tissus — minéralisés ou non — qui assurent la fixation et l’ancrage de la dent dans les maxillaires. Il comprend la gencive, l’os alvéolaire, le desmodonte et le cément, ce tissu qui tapisse la racine dentaire et qui, à première vue, semble faire partie intégrante de la dent.

Pourtant, pour des raisons embryologiques (cellules conjonctives du follicule dentaire) et d’ordre physiopathologique, le cément est bel et bien inclus dans l’appareil de soutien de la dent. C’est ce que nous allons explorer en détail dans cet article.

Comprendre le cément, c’est comprendre les bases de la parodontologie, de la chirurgie osseuse régénératrice et même de l’orthodontie. Ce tissu discret, d’à peine quelques dizaines de micromètres au collet, conditionne pourtant la longévité des dents et le succès des traitements parodontaux.

💡 Pour aller plus loin : Le Guide clinique d’odontologie constitue une référence complète pour approfondir l’ensemble des connaissances fondamentales en odontologie.


Définition et Topographie du Cément

Qu’est-ce que le cément ?

Le cément représente le tissu parodontal minéralisé d’épaisseur variable recouvrant les racines anatomiques des dents. Il débute au niveau de la portion cervicale de la dent, à la jonction corono-radiculaire (JEC), et se prolonge jusqu’à l’apex. Il pénètre parfois légèrement dans le canal radiculaire, recouvrant la face pulpaire de la dentine au niveau apical.

Il constitue l’un des moyens d’ancrage des fibres desmodontales. On peut le définir comme un tissu conjonctif dur, d’origine ectomésenchymateuse, spécialisé, mais dépourvu de vascularisation et d’innervation.

Topographie

Le cément tapisse toute la racine dentaire, du collet jusqu’à l’apex. Sa topographie varie selon la région considérée, ce qui a des implications cliniques directes, notamment lors de la détartrage et du surfaçage radiculaire.

Épaisseur : Une Variable Cliniquement Importante

L’épaisseur du cément n’est pas uniforme. Elle dépend de deux paramètres majeurs :

Région radiculaire : Son épaisseur est maximale à l’apex (150 à 250 µm) et s’amincit dans la région du collet (20 à 50 µm) où il se termine en biseau (Schroeder, 1986).

Âge : Ces valeurs peuvent tripler au cours du vieillissement, ce qui traduit la nature appositionnelle continue du cément — contrairement à l’émail, il continue de se former tout au long de la vie.

🔬 Point de cours à retenir : L’hypercémentose apicale physiologique liée à l’âge est un mécanisme compensatoire permettant de maintenir la largeur de l’espace desmodontal malgré les phénomènes d’attrition et d’éruption passive.


Rapport Émail / Cément : La Jonction Émail-Cément (JEC)

La JEC est une zone anatomique de référence en parodontologie. On décrit classiquement trois types de disposition anatomique :

  • Sur 60 % des dents examinées, le cément recouvre l’émail sur une courte distance. Ce profil résulte de la dégénérescence de l’épithélium adamantin à son extrémité cervicale, ce qui favorise le contact entre le mésenchyme folliculaire et la surface de l’émail.
  • Sur 30 % des dents examinées, le cément est en bout à bout avec l’émail.
  • Les 10 % restants correspondent à une absence de contact entre l’émail et le cément sur une certaine distance (par suite de la persistance du contact entre la gaine de Hertwig et la dentine). Cette conformation expliquerait certaines hyperesthésies dans la région voisine du collet anatomique.

⚠️ Point important : L’émail ne recouvre jamais le cément, puisque ce dernier ne commence à se former que lorsque la formation de l’émail est terminée.


Rapport Cément / Dentine

La jonction cément/dentine apparaît comme une ligne mince qui correspond à la couche granuleuse de Tomes, constituée par :

  • Une étroite zone de petits espaces interglobulaires
  • Une couche hyaline de Hopewell Smith : structure amorphe hautement minéralisée de 10 µm d’épaisseur

Caractères Physiques du Cément

Couleur

Sa couleur est d’un beige crémé ou jaunâtre. Il se distingue aisément de l’émail par son absence de brillance et son aspect plus opaque.

Dureté

Le cément est le troisième tissu calcifié après l’émail et la dentine. Il est le moins résistant à l’abrasion : son abrasion est 35 fois plus grande que celle de l’émail et 25 fois plus grande que celle de la dentine. Cette vulnérabilité est cliniquement importante lors des manœuvres de surfaçage.

Autres Propriétés Physiques

PropriétéValeur / Caractéristique
Absorption aux RX2 à 6 fois plus faible que la dentine
Densité2,01 à 2,05 (inférieure à l’émail et la dentine)
PerméabilitéPrésente, diminue avec l’âge

Composition du Cément

Le cément mature est le moins minéralisé des trois tissus durs de la dent. Il est constitué d’une matrice extra-cellulaire et de cellules.

Matrice Extra-Cellulaire

Les composés minéraux représentent environ 65 % du poids humide, les substances organiques 23 % et l’eau 12 %.

Fraction Organique

La fraction organique est essentiellement composée de collagène de type I (90 % du total des protéines de la matrice cémentaire). La fraction collagénique est constituée de deux types de fibres :

  • Fibres intrinsèques : synthétisées et sécrétées par les cémentoblastes.
  • Fibres extrinsèques : fabriquées par les fibroblastes du desmodonte. Elles traversent le cément perpendiculairement en grand axe de la racine sous forme de fibres de Sharpey.

La fraction non-collagénique comprend quatre groupes : glycoprotéines, protéoglycanes, protéines SIBLING et protéines Gla. On y trouve aussi des lipides et des facteurs de croissance (TGF-β, BMP-2, PDGF) — des molécules clés dans les perspectives de régénération parodontale.

Fraction Minérale

Les matières minérales sont essentiellement des phosphates calciques de type hydroxyapatite. Le taux de minéralisation du cément est comparable à celui de l’os.

Les Cellules du Cément

Cémentoblastes

Les cémentoblastes sont responsables de la synthèse et de la sécrétion des constituants intrinsèques de la matrice. Ils produisent le collagène de type I et toutes les autres molécules organiques. Ils ont une forme ovale et longent la surface cémentaire comme les ostéoblastes dans l’os. Leur cytoplasme est riche en réticulum endoplasmique, appareil de Golgi et vésicules sécrétoires, typiques de cellules à fort pouvoir de sécrétion.

Cémentocytes

Les cémentocytes proviennent de cémentoblastes emprisonnés dans la matrice calcifiée du cément, à l’intérieur des lacunes (cémentoplastes). Ils possèdent de nombreux prolongements cellulaires orientés vers le desmodonte.

Cémentoclastes

Les cémentoclastes sont des cellules géantes, multinuclées, pourvues d’une bordure cytoplasmique en brosse et de nombreux lysosomes à activité phosphatase acide élevée. Comme les ostéoclastes, ils possèdent la capacité de détruire et résorber les matrices minéralisées. Ils créent dans le cément des lacunes isolées ou confluentes.


Structure Histologique du Cément : Classification

Vue d’Ensemble

Classiquement, on distingue deux types de cément : le cément acellulaire primaire (qui fournit l’attache dentaire du ligament) et le cément cellulaire secondaire (sujet à des remodelages permanents, qui s’adapte aux mouvements dentaires physiologiques).

Une classification plus récente tient compte de l’origine des fibres de collagène de la matrice.

Cément Primaire Acellulaire

Cément Acellulaire à Fibres Intrinsèques (CAFI)

Ce cément initial est sécrété par les cémentoblastes qui synthétisent la substance fondamentale et les fibres collagènes. Il se dépose à partir du collet jusqu’au tiers supérieur de la racine avant que le ligament alvéolo-dentaire se différencie. C’est seulement après dépôt d’une couche de 15 à 20 µm de ce cément que s’établissent les connexions entre fibres du ligament alvéolo-dentaire et frange fibreuse du cément.

Schéma de la structure du cément acellulaire :

Dentine → Couche granuleuse de Tomes → Cément acellulaire → Cémentoblastes
         ↕ Fibres intrinsèques       ↕ Tissu cémentoïde   ↕ Fibres extrinsèques

Cément Acellulaire à Fibres Extrinsèques (CAFE)

Après formation des faisceaux du ligament et connexion avec la frange fibreuse du cément initial, se forme le cément à fibres extrinsèques. Il s’étend du collet jusqu’aux deux tiers coronaux de la racine. Il est souvent le seul cément au niveau des dents à racine unique et s’étend jusqu’au foramen apical. Son épaisseur s’accroît du collet (50 µm) à l’apex (200 µm).

En microscopie optique : Il apparaît amorphe avec deux types de striations peu marquées — l’une parallèle à la surface radiculaire (dépôts cémentaires successifs), l’autre perpendiculaire (trajet des fibres collagènes du ligament minéralisées — fibres de Sharpey). Ces fibres sont irrégulièrement minéralisées (minéralisation de la périphérie uniquement).

En microscopie électronique à transmission : La couche la plus interne du cément acellulaire est moins minéralisée que les couches externes, qui se caractérisent par l’alternance de bandes plus ou moins minéralisées parallèles à la surface de la dent.

Cément Secondaire Cellulaire

Cément Cellulaire à Fibres Intrinsèques (CCFI)

Il diffère du cément primaire par plusieurs caractères :

  • Sa sécrétion commence avant l’organisation du ligament alvéolo-dentaire, sous forme d’une matrice et de fibres collagènes.
  • Il existe une substance intermédiaire non minéralisée dite cémentoïde (équivalent de l’ostéoïde et de la prédentine).
  • Son épaisseur est importante (200 à 250 µm), augmentant en direction apicale.
  • Il est localisé au tiers apical de la racine et dans les régions inter-radiculaires.
  • Il est caractérisé par la présence de cémentoblastes incorporés dans la matrice, au phénotype proche des ostéoblastes.

Cément Cellulaire à Fibres Mixtes

Après organisation du ligament parodontal, ses fibres s’incorporent dans la sécrétion continue de cément. La matrice est produite par les cémentoblastes et fibroblastes — d’où leur dénomination de fibres mixtes intrinsèques/extrinsèques.

En microscopie électronique : Ce tissu est creusé de cavités englobant des cémentocytes à prolongements cytoplasmiques nombreux. On y voit alterner des couches de cément acellulaire à fibres extrinsèques et des couches de cément cellulaire à fibres intrinsèques.

Autres Variétés de Cément

Cément Intermédiaire

Bande de tissu minéralisé étroite, formée de larges espaces anastomosés irrégulièrement, s’observant entre la dentine et le cément. Elle résulterait de la désintégration trop précoce de la gaine d’Hertwig ou de l’emprisonnement d’odontoblastes abandonnés par la dentinogénèse. Elle se localise généralement au tiers apical des prémolaires et molaires.

Cément Acellulaire Afibrillaire (CAA)

Cément particulier qui se dépose sur l’émail sous forme d’éperons ou de plaques. On l’observe au niveau de la zone cervicale et dans les sillons de la face coronaire des dents incluses. Il est vraisemblablement produit par les cellules du conjonctif péri-dentaire après élimination de l’épithélium adamantin réduit, induisant la métamorphose des fibroblastes en cémentoblastes.

Cément Stratifié Mixte (CSM)

Conséquence d’une adaptation aux mouvements dentaires. On y observe l’alternance de couches de cément acellulaire à fibres extrinsèques et de couches de cément cellulaire à fibres intrinsèques.


Vascularisation et Innervation

Le cément n’est ni innervé ni vascularisé. Il n’existe pas de système lymphatique à ce niveau. Il est nourri par diffusion à partir du conjonctif desmodontal — ce qui explique sa dépendance vis-à-vis de l’intégrité du ligament parodontal.


Physiologie du Cément : Ses Cinq Fonctions Essentielles

1. Fonction de Fixation (Ancrage)

Le cément assure la fixation de la dent à l’os alvéolaire par l’intermédiaire des fibres desmodontales. Le dépôt de cément augmente durant toute la vie pour permettre la fixation des fibres de Sharpey. Le nombre, le diamètre et la répartition de ces fibres dans le cément sont toujours liés aux stimulations fonctionnelles de la dent.

2. Fonction d’Apposition

Le dépôt de cément se fait durant toute la vie et augmente avec l’âge. La quantité est plus importante au niveau apical et diminue vers la région cervicale. Cette hypercémentose est liée à l’âge mais aussi à un mécanisme compensatoire de l’éruption passive mésiale et de l’attrition dentaire. Elle permet :

  • le maintien de la largeur physiologique de l’espace desmodontal
  • la conservation de la longueur radiculaire suffisante
  • la préservation du rapport couronne/racine lors de l’éruption dentaire

3. Fonction de Résorption

Le cément se différencie de l’os par la rareté de sa résorption physiologique. Il ne subit pas de remodelage et s’accroît en épaisseur tout au long de la vie. La résorption physiologique intervient dans l’exfoliation des dents temporaires. Dans le parodonte des dents permanentes, les cémentoclastes peuvent résorber le cément dans des conditions pathologiques : surcharge occlusale, lésions apicales, parodontopathies, tumeurs osseuses de voisinage entraînant une rhizalyse.

4. Fonction de Réparation

C’est le cément cellulaire qui comble les résorptions et les pertes de substance dentinaire ou les fractures radiculaires. À la fin du comblement, on assiste à l’inclusion des fibres de Sharpey — un ancrage ligamentaire se forme alors à nouveau.

5. Fonction de Perméabilité et de Protection

Cette perméabilité est prouvée à l’aide de colorants passant de la surface du cément vers la dentine et de la pulpe vers le cément (dents jeunes). En microscopie à balayage, le cément présente des canaux accessoires s’ouvrant sur la racine (surtout sur son tiers apical). Cette perméabilité diminue avec l’âge.

Sur le plan de la protection, le cément assure la protection de la dentine. En cas d’absence de coalescence cément-émail (10 % des cas), la dentine est très vulnérable, ce qui explique la fréquence des hyperesthésies du collet dans ces configurations.

🦷 Pour protéger les dents sensibles au quotidien, l’utilisation d’un dentifrice adapté est recommandée, comme le Sensodyne Sensibilité & Gencives ou le dentifrice Elmex Sensitive, formulés pour réduire la sensibilité dentinaire.


Quelle Solution Choisir ? Tableau Comparatif des Types de Cément

Ce tableau synthétise les caractéristiques essentielles des principaux types de cément pour faciliter la révision et la mémorisation.

CritèreCAFICAFECCFICément Mixte
Présence cellulaireNonNonOuiOui
Type de fibresIntrinsèquesExtrinsèquesIntrinsèquesMixtes
LocalisationCollet → 1/3 supérieurCollet → 2/3 coronaux1/3 apical + furcationVariable
Lien avec le ligamentAvant formationAprès formationAvant formationAprès formation
ÉpaisseurFine (15-20 µm)50 → 200 µm200 à 250 µmVariable
Rôle principalInitiation ancragesAncrage principalRéparation et adaptationAdaptation aux mouvements
Substance cémentoïdeNonNonOuiOui

Erreurs Fréquentes à Éviter en Étude et en Clinique

Erreur 1 — Confondre cément et os alvéolaire

Pourquoi c’est problématique : Le cément et l’os alvéolaire ont une composition minérale similaire (même taux de minéralisation), ce qui peut induire en erreur lors de l’interprétation histologique. Cependant, leurs comportements biologiques diffèrent radicalement : l’os se remodèle en permanence, le cément non.

Bonne pratique : Retenir que le cément ne subit pas de remodelage physiologique et que sa croissance est unidirectionnelle par apposition. L’absence de vascularisation est également un critère discriminant majeur.

Erreur 2 — Négliger la JEC dans l’examen clinique

Pourquoi c’est problématique : Les 10 % de cas où il n’y a pas de recouvrement entre émail et cément constituent un facteur de risque majeur d’hyperesthésie cervicale. Ignorer cette variabilité peut conduire à sous-estimer la sensibilité dentinaire d’un patient.

Bonne pratique : Systématiser l’évaluation de la sensibilité au niveau cervical lors de l’examen parodontal initial, notamment dans les contextes de récession gingivale ou de surfaçage radiculaire.

Erreur 3 — Confondre cémentoblastes et cémentocytes

Pourquoi c’est problématique : En histologie, la distinction est fondamentale pour comprendre les mécanismes de formation et de réparation du cément. Un étudiant qui confond ces deux cellules commet une erreur de base lors des examens et dans l’interprétation des coupes histologiques.

Bonne pratique : Mémoriser que les cémentocytes sont des cémentoblastes piégés dans la matrice minéralisée — analogie directe avec l’ostéocyte/ostéoblaste de l’os.

Erreur 4 — Ignorer la vulnérabilité à l’abrasion du cément

Pourquoi c’est problématique : Le cément est 35 fois plus abradable que l’émail. Un surfaçage radiculaire trop agressif ou une hygiène avec une brosse dure peut entraîner une perte cémentaire irréversible, exposant la dentine et fragilisant l’ancrage desmodontal.

Bonne pratique : Conseiller systématiquement une brosse à dents à poils souples, comme la Oral-B Vitality Pro dont le mode de sensibilité est adapté, et expliquer au patient l’importance d’un brossage délicat en région cervicale.

Erreur 5 — Associer résorption du cément uniquement à l’orthodontie

Pourquoi c’est problématique : Si la rhizalyse orthodontique est bien connue, les causes de résorption cémentaire pathologique sont multiples : surcharges occlusales, parodontopathies avancées, lésions apicales chroniques, tumeurs de voisinage. Omettre d’autres causes conduit à des erreurs diagnostiques.

Bonne pratique : Face à une image de résorption radiculaire, éliminer méthodiquement chaque étiologie possible et ne pas s’arrêter à la seule cause mécanique.

Erreur 6 — Oublier le rôle du cément dans la régénération parodontale

Pourquoi c’est problématique : La régénération tissulaire guidée (RTG) repose sur la capacité des cémentoblastes à former un nouveau cément sur la surface radiculaire traitée. Ignorer ce mécanisme conduit à sous-estimer l’importance du surfaçage et de la préparation radiculaire dans les traitements parodontaux chirurgicaux.

Bonne pratique : Retenir que même recouvert de tartre, le cément conserve une capacité d’adhérence cellulaire — c’est la base biologique de la RTG.


Cas Cliniques Commentés

Cas Clinique 1 — Hyperesthésie Cervicale sur Absence de Coalescence Cément-Émail

Présentation du patient : Homme de 34 ans, non-fumeur, hygiène bucco-dentaire correcte, consultant pour des douleurs brèves et intenses au froid et à l’acide sur les dents 13 et 23.

Problématique identifiée : À l’examen clinique, on observe une récession gingivale légère de classe I (Miller). La dent ne présente aucune carie ni fracture. Le test au froid provoque une douleur vive et fugace. L’interrogatoire révèle qu’aucun surfaçage radiculaire récent n’a eu lieu. Sur le plan anatomique, le patient fait partie des 10 % de cas où il n’existe pas de recouvrement entre l’émail et le cément à la JEC — la dentine cervicale est donc directement exposée aux stimuli thermiques et chimiques.

Prise en charge : Application topique de fluorure de sodium, prescription d’un dentifrice désensibilisant de type Sensodyne Sensibilité & Gencives, et adaptation du brossage (brosse souple, pression légère). Un suivi à 6 semaines est prévu.

Résultat attendu : Diminution progressive de la sensibilité en 4 à 8 semaines grâce à l’occlusion tubulaire par les agents désensibilisants. Le patient est informé que la situation est liée à sa variante anatomique et non à un défaut d’hygiène.

Point clé illustré : La variabilité de la JEC a des conséquences cliniques directes sur la sensibilité cervicale.


Cas Clinique 2 — Rhizalyse sur Parodontite Avancée

Présentation du patient : Femme de 52 ans, diabétique de type 2, adressée pour prise en charge parodontale. Elle présente des saignements au sondage généralisés, une halitose et une mobilité dentaire de grade II sur 16 et 26.

Problématique identifiée : Le bilan radiographique révèle une lyse osseuse horizontale généralisée avec, sur 16, une résorption radiculaire visible en apical. Les poches parodontales mesurent entre 6 et 8 mm en postérieur. Les cémentoclastes, activés par le contexte inflammatoire chronique et la surcharge occlusale (parafonction rapportée), ont détruit partiellement le cément radiculaire — compromettant l’ancrage ligamentaire.

Prise en charge : Traitement étiologique (détartrage supra et sous-gingival, surfaçage radiculaire), rééquilibration glycémique en liaison avec le médecin traitant, accompagnement de l’hygiène (jet dentaire type Waterpik WF-660EU recommandé pour l’entretien des zones profondes), et réévaluation à 3 mois. Une chirurgie de régénération est envisagée sur 16 selon la réponse initiale.

Résultat attendu : Réduction des profondeurs de poche, stabilisation de la mobilité, et possibilité de nouveau cément sur la surface radiculaire en cas de RTG efficace.

Point clé illustré : Les conditions pathologiques systémiques (diabète) amplifient la résorption cémentaire et la destruction parodontale. Le cément, bien que résistant physiologiquement à la résorption, devient vulnérable dans un contexte inflammatoire chronique.


Cas Clinique 3 — Réparation Cémentaire Après Fracture Radiculaire

Présentation du patient : Adolescent de 16 ans victime d’un traumatisme dentaire lors d’un accident de sport. La radio révèle une fracture horizontale au tiers moyen de la racine de 21.

Problématique identifiée : La fracture intéresse uniquement la racine, sans déplacement coronal significatif. L’apex est vitale (test positif). La question est de savoir si une réparation cémentaire naturelle est possible et comment la favoriser.

Prise en charge : Contention flexible pour 4 semaines, contrôle de vitalité à intervalles réguliers. Aucune endodontie n’est entreprise dans un premier temps — on mise sur la capacité réparatrice du cément cellulaire à combler la fracture et à permettre la réinsertion des fibres ligamentaires.

Résultat attendu : Dans les cas favorables (fracture au tiers moyen, vitalité conservée, absence de déplacement), le cément cellulaire secondaire peut combler le trait de fracture, incluant de nouvelles fibres de Sharpey et restaurant un ancrage fonctionnel. La cicatrisation est visible radiographiquement en 3 à 6 mois.

Point clé illustré : La fonction de réparation du cément cellulaire est capitale dans la prise en charge des traumatismes dentaires et des pertes de substance radiculaire.


Foire Aux Questions (FAQ)

Quelle est la différence entre le cément acellulaire et le cément cellulaire ?

Le cément acellulaire (primaire) se dépose avant l’organisation du ligament parodontal et ne contient pas de cellules emprisonnées. Il est surtout présent dans la moitié coronale de la racine et assure principalement l’ancrage des fibres de Sharpey. Le cément cellulaire (secondaire) se forme plus tardivement, contient des cémentocytes dans ses lacunes, et se trouve principalement au tiers apical. C’est lui qui assure les fonctions de réparation et d’adaptation aux contraintes fonctionnelles.

Pourquoi dit-on que le cément ne se remodèle pas comme l’os ?

L’os alvéolaire est soumis à un remodelage continu (couplage résorption/formation) sous l’effet des contraintes mécaniques et des signaux cellulaires. Le cément, lui, n’est normalement pas résorbé dans des conditions physiologiques — il ne fait que s’épaissir par apposition tout au long de la vie. Cette propriété est cruciale en parodontologie et en orthodontie, car elle constitue à la fois un avantage (ancrage stable) et une limite (pas d’adaptation rapide).

Qu’est-ce que les fibres de Sharpey et quel est leur rôle dans le cément ?

Les fibres de Sharpey sont des fibres de collagène d’origine desmodontale (fabriquées par les fibroblastes du ligament parodontal) qui s’insèrent perpendiculairement dans la matrice cémentaire. Elles constituent le moyen d’ancrage principal de la dent à l’os alvéolaire. Leur minéralisation est partielle (péri-fibrillaire), ce qui maintient une certaine flexibilité au niveau de l’insertion.

La résorption du cément est-elle toujours pathologique ?

Non. Une résorption cémentaire physiologique se produit naturellement lors de l’exfoliation des dents temporaires, parallèlement à la résorption de la dentine radiculaire. En revanche, dans le parodonte des dents permanentes, toute résorption cémentaire est considérée comme pathologique et doit être recherchée (surcharge occlusale, orthodontie excessive, parodontopathies, lésions apicales, tumeurs de voisinage).

Quel est le lien entre le cément et la régénération parodontale guidée (RTG) ?

La RTG repose sur le principe que seules les cellules cémentoblastiques sont capables de reformer un véritable attachement conjonctif sur la surface radiculaire. La membrane de RTG a pour rôle d’exclure l’épithélium et le tissu conjonctif gingival (qui coloniseraient plus rapidement la zone) pour laisser le temps aux cellules desmodontales de repeupler la surface et de déposer un nouveau cément. Il a été prouvé que le cément, même recouvert de tartre après surfaçage, conserve une capacité d’adhérence cellulaire qui est la base biologique de cette régénération.

Comment le cément protège-t-il la dentine ?

Dans les zones où il y a coalescence cément-émail normale (90 % des cas), le cément recouvre et protège la dentine radiculaire des agressions externes (bactériennes, chimiques, thermiques). Lorsqu’il est absent ou érodé — que ce soit par un défaut anatomique de la JEC, une récession gingivale, ou une abrasion cervicale — la dentine se retrouve exposée, entraînant une hyperesthésie dentinaire souvent invalidante pour le patient.

Peut-on observer le cément sur une radiographie standard ?

Non, le cément n’est pas directement visible sur une radiographie périapicale standard en raison de sa faible densité radiographique et de son épaisseur réduite. Ce que l’on observe sur la radiographie est la jonction os/ligament (lamina dura) et l’espace desmodontal, mais le cément se confond avec la surface radiculaire. Seule l’histologie ou la microscopie permettent d’étudier le cément directement.


Conclusion : Le Cément, un Tissu Stratégique en Constante Évolution

Le cément est un tissu minéralisé unique en son genre : ni vascularisé, ni innervé, il ne subit aucun remodelage ni résorption physiologique. En revanche, il est caractérisé par une croissance continue en épaisseur, par dépôt de couches successives tout au long de la vie de la dent, qu’elle soit pulpée ou non.

Au même titre que l’os alvéolaire, le cément présente un intérêt majeur sur le plan thérapeutique. La fixation de nouvelles fibres de collagène n’est possible que par la formation d’une nouvelle couche cémentaire, qui assure une cicatrisation desmodontale complète. Il a été démontré que le cément, même recouvert de tartre, conserve une capacité d’adhérence — c’est la base de la régénération tissulaire guidée (RTG) du parodonte.

Pour les étudiants en odontologie, maîtriser l’anatomie, l’histologie et la physiologie du cément, c’est poser les fondements d’une pratique parodontale raisonnée, d’une orthodontie respectueuse des structures d’ancrage, et d’une approche régénératrice éclairée.

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Bibliographie

  • Bercy P., Tenenbaum H. Parodontologie du diagnostic à la pratique. DeBoeck Université, 1996.
  • Bouchard P. Parodontologie et dentisterie implantaire Volume 1 Médecine parodontale. Lavoisier Médecine Sciences, 2015.
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  • Charon J., Mouton C. Parodontie médicale. Éditions CdP, 2003.
  • Glickman I. Parodontologie clinique. Éditions CdP, 1983.
  • Lindhe J. Manuel de Parodontologie Clinique. Éditions CdP, 1986.
  • Schroeder H.E. The periodontium. Handbook of Microscopic Anatomy, Springer, 1986.
  • Triller M. Histologie dentaire. Masson, 1987.
  • Woelfel J. B., Scheid R. C. Anatomie dentaire. Maloine, 2007.
  • Wolf H. F., Edith M., Rateitschak K. H. Atlas de parodontologie. Masson, 2004.
  • Wolf H. F., Rateitschak E., Rateitschak K. Parodontologie. Masson, 2005.

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