Déplacement dentaire et réaction tissulaire
Introduction
Le déplacement d’une dent sur son arcade ou des arcades sur leurs bases osseuses est le but de toute thérapeutique orthodontique, ce qui implique de provoquer des réactions tissulaires en chaîne. Ces réactions se réalisent dans le cadre d’un véritable remaniement parodontal qui affecte le desmodonte, l’os alvéolaire et, parfois, le cément et la dentine radiculaire.
Réactions tissulaires fondamentales
Modifications histologiques au niveau d’une zone comprimée ou de pression
Toute force appliquée sur une dent produit un effet mécanique sur la dent, engendrant son déplacement, ainsi qu’une réponse biologique qui permet le maintien de ce déplacement par une réorganisation tissulaire.
Au niveau du ligament parodontal (desmodonte)
Le desmodonte est composé de deux éléments principaux : le système hydraulique périodontal (vaisseaux, éléments cellulaires et substance fondamentale) et les fibres desmodontales.
Effets mécaniques
Dès qu’une force est appliquée et que la pression dépasse la pression vasculaire, elle entraîne une compression vasculaire avec collapsus. L’épaisseur desmodontale diminue et la dent se déplace légèrement. Si la force reste appliquée, la pression reste augmentée, ce qui chasse les fluides interstitiels du desmodonte, entraînant une véritable déshydratation des ligaments. Si la force est lourde et prolongée, les cellules sont à leur tour éjectées de l’espace parodontal, réduisant fortement cet espace et permettant le déplacement. Une flexion de la lame criblée de l’os alvéolaire est également observée.
La réponse biologique
Du côté de la pression, les fibres desmodontales sont comprimées le long de la lame criblée, ce qui explique la sensation de douleur après activation. Ce raccourcissement ligamentaire vise à maintenir leur attachement normal à la dent et conduit, à long terme, à une réorganisation moléculaire.
Au niveau de l’os alvéolaire
Effet mécanique
L’effet mécanique observé est la flexion alvéolaire, une déformation secondaire de l’os alvéolaire consécutive à une compression desmodontale.
La réponse biologique
Les ostéoclastes, indispensables à la résorption osseuse, jouent un rôle clé.
Résorption directe :
Si une force légère et bien répartie est appliquée sur toute la surface radiculaire, le ligament subit une compression légère, la circulation sanguine n’est pas entravée, et des ostéoclastes apparaissent dans le ligament et dans les lacunes de l’os sous-jacent. La résorption se produit directement au niveau de la corticale interne de l’os alvéolaire, ou lamina dura, quelques heures après l’application de la force. Si les conditions mécaniques restent constantes, la résorption se poursuit régulièrement, et la dent se déplace de manière continue.
Résorption indirecte :
Lorsque la force augmente, le ligament parodontal est fortement comprimé, au point que la dent peut entrer en contact avec la corticale interne de l’os alvéolaire. Cela entraîne la formation d’une zone hyaline, où ne persistent que des fibres de collagène tassées d’aspect vitrifié ou hyalin, appelée phase d’hyalinisation. Dans cette zone, la vie cellulaire est provisoirement suspendue, et aucune formation d’ostéoclastes n’a lieu à la partie interne de l’alvéole, empêchant la résorption osseuse. Cette phase d’hyalinisation débute environ 36 heures après l’application de la force et peut durer de 10 jours à quelques semaines. La résorption indirecte se produit au sein de l’os spongieux, et le mouvement dentaire est arrêté jusqu’à ce que la résorption atteigne le ligament, en 2 à 3 semaines.
Modifications histologiques au niveau d’une zone de tension
Cette zone se situe du côté opposé aux points d’application de la force.
Au niveau du ligament
Effets mécaniques
L’effet mécanique se traduit immédiatement par un élargissement de l’espace desmodontal, quantitativement égal au rétrécissement observé du côté opposé. Les fibres desmodontales sont étirées, prenant une forme allongée et rectiligne.
La réponse biologique
Entre le 2e et le 3e jour après l’application des forces, une différenciation des cellules mésenchymateuses en fibroblastes se produit, à l’origine de la synthèse fibrillaire.
Au niveau de l’os alvéolaire
Sous l’effet de la traction, un os nouveau se dépose à la surface interne de l’alvéole le long des fibres parodontales étirées, ce qui tend à maintenir constamment l’espace desmodontal. L’apposition osseuse débute par la formation d’un tissu de transition, l’ostéoïde, qui se minéralise ultérieurement pour donner un os mature. L’ostéoïde, un os immature invisible à la radiographie et non résorbable, s’oppose à tout mouvement dentaire dans sa direction. Il commence à se calcifier après 10 à 15 jours et devient résorbable (os mature) après 3 à 4 semaines.
Tableau comparatif : Zone de pression vs Zone de tension
Caractéristique | Zone de pression | Zone de tension |
---|---|---|
Espace desmodontal | Diminue (↘) | Augmente (↗) |
Fibres desmodontales | Comprimées | Étirées |
Processus alvéolaire | Résorption alvéolaire | Apposition alvéolaire |
Nombre d’ostéoclastes | Augmente (↗) | Diminue (↘) |
Métabolisme | Diminue (↘) | Augmente (↗) |
Hyalinisation | Présente | Absente |
Réaction de la dent elle-même (cément et dentine)
Résorption radiculaire
D’après Dougherty, les résorptions radiculaires sont observées chaque fois qu’une force importante est appliquée, tentant de déplacer la dent vers le mur ostéoïde. Lorsque le cément entre en contact avec l’os, une hyalinisation intense se produit, entraînant un traumatisme par résorption radiculaire. Ces résorptions sont généralement observées dans des déplacements impliquant des pressions importantes, comme l’ingression ou la rotation. Pour éviter ou limiter ces résorptions, il est préférable de privilégier l’ingression plutôt que l’egression et d’appliquer des forces légères. Si une résorption est visible radiologiquement, il est recommandé de supprimer la force et d’arrêter le déplacement pendant au moins 4 semaines.
Hypercémentose
L’hypercémentose est généralement observée sur des dents sans antagoniste ou soumises à des tractions importantes, pouvant conduire à une ankylose dentaire.
Coudures radiculaires
Les coudures radiculaires sont observées lorsque des traitements orthodontiques sont appliqués sur des dents dont l’édification et la calcification radiculaire ne sont pas terminées. Cela entraîne un déplacement de la couronne et de la zone radiculaire calcifiée, tandis que la zone radiculaire non calcifiée subit une déflexion. Cette zone se calcifie ultérieurement, suivant la coudure.
Facteurs influençant le déplacement
Facteurs biologiques intrinsèques
Facteurs généraux
- Âge : La capacité d’adaptation est plus grande durant la période de croissance active, avec plus de fibroblastes et une paroi alvéolaire bordée d’ostéoblastes. Le turnover cellulaire est plus intense chez l’enfant, et l’os alvéolaire contient plus d’espaces médullaires. Chez les sujets âgés, la sénescence et les changements dégénératifs réduisent la résistance du parodonte au déplacement.
- Facteurs nutritionnels : Les traitements orthodontiques doivent être évités chez les sujets en mauvaise santé.
- Facteurs endocriniens : Certains facteurs, comme la grossesse, influencent également le déplacement.
Facteurs locaux
La dent
- Caractères morphologiques : Une dent pluri-radiculaire ou une canine avec une racine très longue est plusAldente difficile à déplacer, ce qui influence l’intensité de la force et la valeur de l’ancrage.
- Dépulpation : Une dent dépulpée se déplace aussi bien qu’une dent saine, à condition que le canal soit correctement traité et qu’il n’existe pas de lésions apicales. Le parodonte reste le principal concerné.
L’os alvéolaire
Sa densité varie selon les individus et les sites.
Le site du déplacement
En raison d’une densité osseuse différente et d’une meilleure vascularisation, il est plus facile de déplacer les dents au maxillaire qu’à la mandibule. Par exemple, vestibuler des incisives supérieures est plus facile que des incisives inférieures en raison de l’épaisseur de la corticale et de la proximité de la lame criblée. Les molaires inférieures, avec une table osseuse épaisse, sont plus difficiles à déplacer que les molaires supérieures.
Le tissu ostéoïde
Ce tissu, non résorbable dans un premier temps dans une zone comprimée, peut bloquer ou retarder le déplacement lorsqu’on inverse le sens de la force, pouvant entraîner une lésion cémentaire.
L’état gingival
Une gingivite préexistante doit être traitée avant le traitement orthodontique, car l’inflammation gingivale s’aggrave avec le déplacement.
Facteurs extrinsèques
- Intensité de la force appliquée : Des forces légères et continues, proches des forces physiologiques, sont optimales pour produire un déplacement maximal dans un minimum de temps, sans dommage pour la dent et ses tissus de soutien.
- Motivation et collaboration du patient : Ces éléments sont essentiels pour la réussite du traitement.
La récidive et la contention
Tous les déplacements dentaires orthodontiques nécessitent une période de contention pour permettre la minéralisation de l’os néoformé et la réorganisation des fibres desmodontales étirées. Si cette phase est négligée ou éliminée, la récidive est inévitable. La récidive correspond à la réaction tissulaire du parodonte observée juste après la suppression de la force, entraînant un mouvement rétrograde de la dent dû au retour des fibres précédemment étirées. La contention s’oppose à cette récidive.
Voici une sélection de livres:
- Guide pratique de chirurgie parodontale Broché – 19 octobre 2011
- Parodontologie Broché – 19 septembre 1996
- MEDECINE ORALE ET CHIRURGIE ORALE PARODONTOLOGIE
- Parodontologie: Le contrôle du facteur bactérien par le practicien et par le patient
- Parodontologie clinique: Dentisterie implantaire, traitements et santé
- Parodontologie & Dentisterie implantaire : Volume 1
- Endodontie, prothese et parodontologie
- La parodontologie tout simplement Broché – Grand livre, 1 juillet 2020
- Parodontologie Relié – 1 novembre 2005
Déplacement dentaire et réaction tissulaire

Dr J Dupont, chirurgien-dentiste spécialisé en implantologie, titulaire d’un DU de l’Université de Paris, offre des soins implantaires personnalisés avec expertise et technologies modernes.