Stabilisation des Prothèses Amovibles Complètes par l’Empreinte Tertiaire : Guide Clinique
La stabilisation prothétique est l’un des défis majeurs de l’édentation totale.
Introduction : Pourquoi la Stabilité d’une Prothèse Complète est-elle si Cruciale ?
En France, plus de 3 millions de personnes portent une prothèse amovible complète (PAC). Pourtant, l’instabilité prothétique reste la première cause d’insatisfaction chez les patients édentés totaux, bien avant l’esthétique ou l’inconfort.
Une prothèse qui bouge, c’est une mastication compromise, une phonation altérée, et souvent un patient qui finit par abandonner sa prothèse dans un tiroir.
Le concept biomécanique fondamental est le suivant : toute PAC doit s’inscrire dans un espace tridimensionnel délimité par trois éléments interdépendants — les surfaces d’appui osseux et muqueux, les surfaces occlusales, et la musculature périphérique (lèvres, joues, langue). Si l’un de ces éléments est négligé lors de la construction prothétique, la stabilité s’effondre.
C’est précisément pour répondre à ce défi que l’empreinte tertiaire a été développée. Cette technique complémentaire permet d’enregistrer et d’exploiter l’action des muscles para-prothétiques sur les extrados prothétiques. Elle représente un outil thérapeutique souvent sous-estimé, mais décisif dans les cas cliniques difficiles.
Ce guide complet vous explique les fondements théoriques, le protocole clinique pas à pas, les erreurs à éviter et les cas où cette technique change tout.

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Le Couloir Prothétique : Comprendre l’Espace Disponible
Définition et Limites Biomécaniques
Le couloir prothétique est bien plus qu’une simple zone anatomique. Selon Klein (1988), il s’agit de l’espace édenté où la résultante des forces horizontales développées par la langue et la sangle buccinato-labiale ne doit pas dépasser la rétention globale des prothèses.
En termes pratiques, c’est la zone de “neutralité dynamique” où une PAC peut exister sans être constamment déplacée par les muscles environnants.
Deux axes définissent cet espace :
- L’axe vestibulo-lingual : équilibre entre la pression des lèvres/joues et celle de la langue
- L’axe antéro-postérieur : équilibre entre les forces de la sangle labiojugale antérieure et les muscles postérieurs
Quand cet équilibre est rompu — par une crête très résorbée, une musculature hypertonique ou une mauvaise conception prothétique — la prothèse devient instable, quelle que soit la qualité de l’empreinte d’appui.
Les Surfaces Polies Stabilisatrices : Le Rôle de l’Extrados
Les surfaces polies stabilisatrices (SPS) constituent les zones ménagées au niveau de l’extrados prothétique (face externe de la prothèse). Leur rôle est double :
- Permettre à la musculature para-prothétique de plaquer activement la prothèse sur ses surfaces d’appui
- Faciliter l’évacuation du bol alimentaire en guidant les aliments vers l’oropharynx
Leur morphologie n’est donc pas anodine. Un extrados mal orienté peut transformer chaque contraction musculaire en une force déstabilisatrice, au lieu d’en faire un allié de la rétention.
Les Facteurs Influençant la Stabilité Prothétique
Facteurs Anatomiques
La qualité et la quantité de l’os alvéolaire résiduel restent le facteur pronostic principal. Une crête bien formée, haute et large, offre naturellement une résistance aux forces de déplacement. À l’inverse, une crête très résorbée (classe IV ou V de Lekholm & Zarb) rend la stabilité quasi impossible sans optimiser les extrados.
Les facteurs anatomiques défavorables incluent :
- Crêtes plates ou en lame de couteau
- Tubérosités absentes ou estompées
- Voûte palatine en ogive avec tissu dépressible
- Brides cicatricielles déstabilisatrices
- Pertes de substance maxillaire (résections tumorales, fentes palatines)
Facteurs Musculaires
Les muscles péri-prothétiques se divisent en deux groupes fonctionnels opposés :
Le groupe stabilisateur : muscles dont la traction est parallèle au plan d’occlusion. Ils s’appuient contre les surfaces d’appui secondaires et, lorsque l’extrados est correctement orienté, plaquent activement la prothèse.
Le groupe déstabilisateur : muscles dont la tension s’exerce perpendiculairement aux limites du couloir prothétique. Ce sont les muscles en contact avec le joint périphérique. S’ils ne sont pas pris en compte lors de la conception de l’extrados, chaque contraction devient une force d’éjection.
La langue mérite une mention particulière. En situation de repos, elle occupe l’espace prothétique mandibulaire et exerce une pression linguale constante. Chez les patients édentés depuis longtemps, la langue a tendance à s’étaler et à envahir l’espace des arcades : c’est un facteur déstabilisant majeur que l’empreinte tertiaire permet précisément de gérer.
Facteur Occlusal
Un schéma occlusal équilibré — avec des contacts bilatéraux simultanés en OIM et des équilibres en latéralité — redistribue les forces verticales de façon symétrique et réduit le risque de bascule prothétique. Un défaut occlusal, même minime, génère des couples de force déstabilisants à chaque cycle masticatoire.

L’Empreinte Tertiaire : Définition, Objectifs et Indications
Qu’est-ce que l’Empreinte Tertiaire ?
L’empreinte tertiaire (ou complémentaire) est définie comme l’enregistrement de tous les éléments anatomiques et physiologiques en relation avec l’extrados et l’intrados d’une prothèse complète, en situation fonctionnelle dynamique.
Contrairement à l’empreinte secondaire qui enregistre la surface d’appui muqueuse au repos, l’empreinte tertiaire capture la musculature périphérique en action, pendant les mouvements de la vie courante : déglutition, phonation, mastication.
Elle peut être réalisée :
- Sur un porte-empreinte individuel en complément d’une empreinte secondaire
- Sur un duplicata de prothèse
- Directement sur la prothèse définitive (cas le plus fréquent)
Objectifs Cliniques
L’empreinte tertiaire poursuit plusieurs objectifs :
- Améliorer une prothèse existante dont la stabilisation est insuffisante
- Compléter une empreinte secondaire dans les cas complexes
- Augmenter les surfaces prothétiques en contact avec les tissus
- Favoriser l’intégration organique et psychique de la prothèse
- Éviter les stases alimentaires dans les cavités jugales ou linguales
- Améliorer l’esthétique, la phonation et les fonctions de mastication et de déglutition
Indications Cliniques Précises
L’empreinte tertiaire est particulièrement indiquée dans les situations suivantes :
- Crêtes résiduelles sans reliefs (résorbées, plates)
- Brides cicatricielles déstabilisatrices (post-chirurgicales ou post-radiques)
- Tubérosités ou trigone estompés ou absents
- Voûtes ogivales profondes recouvertes de tissus dépressibles
- Perte de substance maxillaire
- Patients ayant des exigences phonétiques particulières (instrumentistes à vent, chanteurs professionnels)
- Patients présentant une hyperactivité linguale ou jugale
- Prothèses anciennes nécessitant un rebasage fonctionnel
Pour approfondir les bases théoriques de la prothèse complète, le manuel Prothèse complète : Clinique et laboratoire de Pompignoli, Doukhan et Raux reste la référence francophone incontournable en la matière.
Protocole Clinique : Les Étapes de Réalisation
La résine à prise retardée est le matériau de choix pour l’empreinte tertiaire.
Impératifs à Respecter Avant de Commencer
Trois conditions sont non-négociables avant d’entreprendre une empreinte tertiaire :
1. La DVO (Dimension Verticale d’Occlusion) doit être parfaitement rétablie. L’empreinte doit être prise avec des prothèses en occlusion correcte. Toute erreur de DVO vicie irrémédiablement l’enregistrement des extrados.
2. Un rempart de soutien est indispensable. Il faut constituer un support minimal pour le matériau à empreinte — soit les dents montées, soit un bourrelet d’occlusion correctement constitué.
3. La mise en condition préalable est obligatoire. Qu’elle soit pré ou post-prothétique (traitement des zones inflammatoires, des hyperplasies muqueuses, des brides), elle doit maximiser le volume de l’espace prothétique utile avant toute prise d’empreinte tertiaire.
Les Différents Stades de Réalisation
L’empreinte tertiaire peut s’intégrer à plusieurs moments du workflow prothétique :
- Au stade de l’empreinte secondaire : immédiatement après la réalisation de cette dernière, pour les cas très défavorables
- Au stade de l’enregistrement de la relation inter-maxillaire centrée
- Au stade de l’essai fonctionnel : permet d’affiner avant polymérisation définitive
- Au stade post-prothétique : le cas le plus courant et souvent le plus efficace
Pourquoi Privilégier le Stade Post-Prothétique ?
L’utilisation des bases prothétiques définitives polymérisées présente des avantages décisifs :
- Elles constituent des supports stables et précis pour l’enregistrement des extrados
- Elles permettent à la langue et aux orbiculaires de se mouvoir librement sans interférence avec les dents
- Un contact généralisé et harmonieux de la prothèse avec la surface d’appui assure une meilleure rétention par adhésion
- La restauration de l’esthétique et de la phonation par un montage correct des dents antérieures assure le repositionnement optimal de la sangle orbiculaire
L’empreinte tertiaire peut être réalisée quelques jours après la mise en bouche de la prothèse définitive, mais aussi dès l’examen pré-prothétique sur une prothèse transitoire ou d’usage (ancienne prothèse défectueuse, fracturée).
Choix des Matériaux
| Matériau | Avantages | Inconvénients | Indication principale |
|---|---|---|---|
| Résine à prise retardée (Hydrocast, Fitt de Kerr, Coe-Comfort) | Temps de plasticité idéal, repositionnable | Coût | Empreinte tertiaire standard |
| Oxyde de zinc eugenol (pâte de Kerr) | Précis, stable | Rigide, pas repositionnable | Cas simples, bonne rétention |
| Cire plastique (Korecta Wax, Adheseal) | Facile à manipuler | Moins précise | Corrections légères d’extrados |
| Élastomère fluide | Haute précision | Temps de travail court | Zones spécifiques |
La résine à prise retardée reste le matériau de référence pour l’empreinte tertiaire : son temps de plasticité suffisant permet au patient de réaliser l’ensemble des mouvements fonctionnels nécessaires à l’enregistrement complet des extrados.
Technique Pas à Pas
Première empreinte ambulatoire :
La prothèse est garnie de résine à prise retardée puis positionnée en bouche. Le praticien guide le patient pour mobiliser activement les organes péri-prothétiques : mouvements labiaux, jugaux, linguaux, puis déglutitions répétées. Le praticien guide ensuite le patient en relation centrée afin d’obtenir une empreinte sous pression occlusale. Cette première empreinte révèle toutes les zones de contraintes (surpressions et surextensions).
Contrôle et corrections :
Après la prise, la prothèse est retirée et analysée. Les zones en surpression ou surextension sont déchargées (meulage sélectif), puis réenregistrées avec un nouveau chargement en résine à prise retardée.
Deuxième empreinte :
Même protocole. La prothèse est ensuite retirée, analysée et modifiée si besoin. Le patient est libéré et revu deux à trois heures après pour vérifier la qualité de l’empreinte en conditions réelles d’utilisation.
Troisième empreinte (si nécessaire) :
Elle suit le même protocole, mais seules les surfaces de la prothèse en contact avec les organes périphériques sont concernées : l’extrados uniquement.
Traitement au laboratoire :
Dans tous les cas, les empreintes sont soigneusement coffrées en trois parties puis coulées en plâtre. Deux clés — vestibulaire et linguale — sont réalisées en silicone lourd afin de reproduire exactement les surfaces d’extrados enregistrées lors de l’empreinte tertiaire.

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Quelle Solution Vous Convient le Mieux ? Tableau Comparatif des Techniques de Stabilisation
La gestion de la stabilisation prothétique peut emprunter plusieurs voies cliniques. Voici un récapitulatif comparatif pour orienter le choix thérapeutique :
| Critère | Sculpture des SPS | Empreinte tertiaire | Piézographie | Rebasage classique |
|---|---|---|---|---|
| Indication principale | Cas favorables | Cas complexes | Hyperactivité musculaire | Défaut d’appui muqueux |
| Enregistrement musculaire | Normatif (empirique) | Dynamique personnalisé | Dynamique personnalisé | Non (surface d’appui seulement) |
| Difficulté technique | Faible à modérée | Modérée | Élevée | Faible |
| Temps clinique | Court | Moyen (2–3 séances) | Long (protocole dédié) | Court |
| Coût laboratoire | Standard | Modéré (clés silicone) | Élevé | Faible |
| Résultat en cas défavorable | Limité | Excellent | Excellent | Insuffisant seul |
| Reproductibilité | Bonne | Très bonne | Très bonne | Bonne |

Erreurs Fréquentes à Éviter en Empreinte Tertiaire
Erreur 1 : Réaliser l’Empreinte avec une DVO Incorrecte
Pourquoi c’est problématique : Une DVO inexacte fausse l’ensemble de l’enregistrement. La sangle musculaire s’adapte à la dimension verticale, et un extrados enregistré avec une DVO trop fermée ou trop ouverte ne correspondra jamais à la réalité fonctionnelle.
La bonne pratique : Vérifier et valider systématiquement la DVO avant toute prise d’empreinte tertiaire, en utilisant les repères cliniques habituels (test phonétique, espace libre d’inocclusion, mesures au compas de Willis).
Erreur 2 : Omettre la Mise en Condition Tissulaire Préalable
Pourquoi c’est problématique : Des muqueuses enflammées, hyperplasiques ou traumatisées enregistrent un faux positif. L’empreinte tertiaire réalisée sur des tissus en mauvais état ne reflète pas la situation de santé réelle et conduit à une prothèse inadaptée à moyen terme.
La bonne pratique : Traiter systématiquement tout état inflammatoire, supprimer les hyperplasies muqueuses et libérer les brides cicatricielles avant d’entreprendre l’empreinte tertiaire.
Erreur 3 : Utiliser un Matériau Inadapté
Pourquoi c’est problématique : Un matériau à prise trop rapide (élastomère standard, par exemple) ne laisse pas le temps au patient de réaliser l’ensemble des mouvements fonctionnels nécessaires. L’enregistrement musculaire reste partiel et la stabilisation obtenue est sous-optimale.
La bonne pratique : Privilégier une résine à prise retardée (Hydrocast, Coe-Comfort) pour les empreintes tertiaires complètes, car son temps de plasticité prolongé permet un enregistrement fonctionnel réel et complet.
Erreur 4 : Négliger le Contrôle Post-Empreinte en Bouche
Pourquoi c’est problématique : Une empreinte tertiaire qui semble correcte en dehors de la bouche peut présenter des surpressions occlusales ou des surextensions périphériques invisibles à l’œil nu. Ces défauts, non corrigés, génèrent des douleurs muqueuses et des points d’appui traumatiques.
La bonne pratique : Reposer systématiquement la prothèse en bouche après la prise, vérifier l’occlusion au papier articulé et contrôler les limites périphériques par palpation. Corriger avant de libérer le patient.
Erreur 5 : Oublier le Suivi 2–3 Heures Après la Séance
Pourquoi c’est problématique : La résine à prise retardée continue de se modifier légèrement dans les heures suivant la mise en bouche. Un contrôle différé est indispensable pour s’assurer que l’empreinte finale est satisfaisante avant envoi au laboratoire.
La bonne pratique : Planifier systématiquement un rendez-vous de contrôle 2 à 3 heures après chaque empreinte tertiaire pour valider ou corriger l’enregistrement.
Erreur 6 : Ne Pas Réaliser les Clés Silicone au Laboratoire
Pourquoi c’est problématique : Sans les clés vestibulaire et linguale en silicone lourd, le laboratoire ne peut pas reproduire fidèlement les extrados enregistrés lors de l’empreinte tertiaire. Le rebasage ou la réfection risquent d’effacer le travail clinique réalisé.
La bonne pratique : Exiger systématiquement du laboratoire la réalisation de deux clés (vestibulaire et linguale) en silicone lourd, issues directement du coffrage en trois parties de l’empreinte tertiaire.
Cas Cliniques Commentés
Cas 1 : Crêtes Très Résorbées chez une Patiente de 72 Ans
Présentation du patient : Mme B., 72 ans, édentée totale depuis 18 ans. Elle consulte pour une prothèse mandibulaire instable, lui rendant la mastication quasi impossible. La crête alvéolaire mandibulaire est quasiment inexistante (classe VI de Cawood & Howell). La musculature jugale et linguale est hypertonique.
Problématique identifiée : La surface d’appui est si réduite que l’empreinte secondaire classique ne peut pas offrir une rétention suffisante. La langue occupe en permanence l’espace prothétique mandibulaire. Les extrados sculptés selon les normes standards sont inadaptés à cette musculature hyperactive.
Prise en charge : Après mise en condition tissulaire (10 jours d’utilisation d’une résine de rebasage provisoire), une empreinte tertiaire est réalisée sur les bases prothétiques définitives. Trois séances d’empreinte ambulatoire sont nécessaires pour enregistrer correctement l’ensemble des mouvements fonctionnels. Les clés silicone permettent la réfection complète des extrados au laboratoire.
Résultat : La prothèse mandibulaire est désormais portée en permanence. La patiente rapporte une amélioration notable de la mastication et de la phonation. Elle peut mâcher des aliments solides pour la première fois depuis plusieurs années.
Point clé illustré : L’empreinte tertiaire est indispensable dès lors que la surface d’appui ne peut pas, à elle seule, assurer la stabilité prothétique.
Cas 2 : Patient Chanteur Professionnel, 55 Ans
Présentation du patient : M. D., 55 ans, ténor professionnel, vient d’être édenté total maxillaire suite à une pathologie parodontale sévère. Il exprime des exigences phonétiques très précises : la prothèse ne doit pas modifier le timbre de sa voix ni gêner la projection des consonnes sifflantes.
Problématique identifiée : Les extrados prothétiques standards modifient le volume de la cavité de résonance palatine. Le patient signale un changement de timbre vocal et des difficultés sur les consonnes /s/ et /ch/ avec la prothèse d’essai.
Prise en charge : Une empreinte tertiaire phonétique est réalisée : le patient prononce des phrases-tests spécifiques (/sisi/, /chachat/, /zazac/) pendant la prise d’empreinte. Les extrados sont ainsi modelés par la langue et les lèvres dans leur configuration phonatoire optimale. Plusieurs itérations sont nécessaires avec enregistrements audio comparatifs.
Résultat : La prothèse définitive n’entraîne aucune modification perceptible du timbre vocal. Le patient reprend son activité professionnelle dans les délais prévus.
Point clé illustré : L’empreinte tertiaire est l’unique technique permettant d’adapter les extrados aux contraintes phonétiques individuelles précises.
Cas 3 : Instabilité Secondaire Après Port Prolongé d’une Prothèse Ancienne
Présentation du patient : M. K., 68 ans, porte la même PAC bimaxillaire depuis 12 ans. Il consulte pour des douleurs muqueuses croissantes et une instabilité progressive lors de la mastication. La prothèse présente une usure occlusale sévère et un rebasage autodidacte avec de la poudre colle dentaire.
Problématique identifiée : La résorption osseuse post-prothétique a modifié le couloir prothétique. Les extrados, qui correspondaient à la musculature de 2012, ne correspondent plus à la situation actuelle. L’ajustement avec la colle dentaire compense artificiellement le manque d’appui mais crée des pressions anormales et une inflammation chronique.
Prise en charge : Après sevrage progressif de la colle dentaire (3 semaines), mise en condition muqueuse, puis réalisation d’empreintes tertiaires sur les bases de la prothèse existante. Le repositionnement des extrados est suffisant pour retrouver une stabilisation satisfaisante, évitant ainsi la réfection complète des prothèses.
Résultat : La douleur disparaît en moins de deux semaines. La stabilité est retrouvée. Le patient, qui envisageait d’abandonner le port de ses prothèses, retrouve une alimentation diversifiée.
Point clé illustré : L’empreinte tertiaire post-prothétique peut réhabiliter une prothèse ancienne sans en refaire une nouvelle, dans certains cas bien sélectionnés.
Foire Aux Questions (FAQ)
Est-ce que toutes les prothèses amovibles complètes nécessitent une empreinte tertiaire ?
Non. Dans les cas favorables — crêtes bien formées, musculature équilibrée, surfaces d’appui de qualité — une sculpture soigneuse des surfaces polies stabilisatrices selon les règles cliniques classiques est généralement suffisante. L’empreinte tertiaire est réservée aux situations complexes où la stabilisation ne peut pas être obtenue par les moyens conventionnels seuls.
Quelle est la différence entre une empreinte tertiaire et un rebasage classique ?
Le rebasage classique enregistre uniquement la surface d’appui muqueuse (intrados prothétique) pour corriger le défaut d’adaptation lié à la résorption osseuse. L’empreinte tertiaire, elle, enregistre les extrados prothétiques (surface externe) en situation fonctionnelle dynamique, pour optimiser l’action stabilisatrice de la musculature périphérique. Ce sont deux interventions complémentaires qui agissent sur des faces opposées de la prothèse.
Combien de séances sont nécessaires pour réaliser une empreinte tertiaire ?
En général, deux à trois séances cliniques sont nécessaires. La première séance réalise et contrôle l’empreinte ambulatoire initiale. Un contrôle différé de 2 à 3 heures permet de valider l’empreinte avant envoi au laboratoire. Si des corrections importantes sont nécessaires, une ou deux séances supplémentaires sont planifiées.
L’empreinte tertiaire est-elle douloureuse ?
Non. La résine à prise retardée est un matériau souple et thermoplastique, confortable en bouche. Le protocole peut néanmoins être long (le patient doit réaliser de nombreux mouvements fonctionnels répétitifs), ce qui peut être fatigant. Il est recommandé de prévoir des pauses régulières et de ne pas dépasser 20 à 30 minutes de prise d’empreinte active par séance.
Peut-on réaliser une empreinte tertiaire sur une prothèse immédiate ?
Oui, c’est même conseillé dans certains cas. Une prothèse immédiate transitoire peut servir de porte-empreinte tertiaire quelques semaines après les extractions, une fois la cicatrisation muqueuse initiale obtenue. Cela permet d’enregistrer les extrados dès la phase de cicatrisation et d’optimiser la future prothèse définitive.
Quels matériaux le laboratoire utilise-t-il pour reproduire les extrados enregistrés ?
Après coffrage en trois parties de l’empreinte tertiaire et coulée en plâtre, le laboratoire réalise deux clés en silicone lourd — une vestibulaire, une linguale — qui reproduisent exactement les surfaces d’extrados enregistrées. Ces clés servent de guide lors de la réfection ou du rebasage pour reconstruire les surfaces polies stabilisatrices dans la résine définitive.
La piézographie est-elle supérieure à l’empreinte tertiaire ?
Les deux techniques visent le même objectif (enregistrer le couloir prothétique dynamiquement) mais par des approches différentes. La piézographie utilise un matériau spécifique pour enregistrer directement l’espace prothétique sans prothèse existante — utile pour les cas d’emblée très difficiles. L’empreinte tertiaire, elle, s’appuie sur les bases prothétiques comme support. Aucune technique n’est systématiquement supérieure : le choix dépend du cas clinique, des moyens disponibles et de l’expérience du praticien.
Où peut-on se former à la technique de l’empreinte tertiaire ?
Des formations spécialisées en prothèse amovible complète sont proposées par les Diplômes Universitaires (DU) de prothèse, les congrès de la SFPIO ou la SOP, ainsi que par des centres de formation privés.
La plateforme ResiDentaire™ propose également des contenus pédagogiques en ligne spécialisés en odontologie pour les étudiants et les praticiens.

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Conclusion : L’Empreinte Tertiaire, un Outil Thérapeutique Incontournable
En prothèse amovible complète, le praticien assume l’entière responsabilité de la forme des extrados prothétiques. Dans les cas favorables, une sculpture soignée selon les règles cliniques classiques est suffisante. Mais dans les situations difficiles — crêtes très résorbées, musculature hyperactive, contexte chirurgical complexe, exigences phonétiques particulières — l’empreinte tertiaire est la seule technique permettant d’exploiter pleinement l’action stabilisatrice des muscles para-prothétiques.
Bien maîtrisée, elle transforme la prothèse d’un simple objet passif posé sur des tissus en une interface dynamique qui s’intègre réellement dans l’écosystème neuromusculaire du patient.
Les praticiens souhaitant approfondir ces concepts trouveront une synthèse clinique rigoureuse dans le Guide clinique d’odontologie, qui couvre l’ensemble des disciplines, dont la prothèse amovible, avec des arbres décisionnels adaptés à la pratique quotidienne.
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