Endodontie : Généralités, Buts, Principes et Cavités d’Accès — Guide Complet
L’endodontie est l’une des disciplines les plus redoutées des patients… et pourtant l’une des plus essentielles pour sauver une dent condamnée. Que vous soyez étudiant en odontologie, assistant(e) dentaire ou simplement curieux de comprendre ce qui se passe lors d’un “traitement de canal”, cet article vous guide pas à pas à travers les fondements, les objectifs, les principes et la technique de la cavité d’accès en endodontie.
Qu’est-ce que l’Endodontie ? Définitions et Champ d’Application
Définition selon le dictionnaire francophone d’Odontologie
Selon le Dictionnaire francophone des termes d’Odontologie Conservatrice, Endodontie et Odontologie restauratrice, l’endodontie est la discipline de l’odontologie qui concerne l’étiologie, le diagnostic, la prévention et le traitement des maladies de la pulpe et des manifestations périradiculaires associées.
On distingue deux grandes voies d’abord thérapeutique :
- L’endodontie orthograde : approche conventionnelle non chirurgicale du traitement canalaire par voie coronaire. C’est la voie de première intention dans la grande majorité des cas cliniques.
- L’endodontie rétrograde : approche chirurgicale par voie apicale, indiquée lorsque le traitement orthograde a échoué ou est techniquement impossible (calcifications, instruments fracturés non récupérables, anatomies complexes).
Définition de l’Association Américaine des Endodontistes (AAE)
L’AAE définit l’endodontie comme la discipline de l’odontologie concernant la morphologie, la physiologie et la pathologie de la pulpe dentaire humaine et des tissus péri-radiculaires. Son champ d’application intègre les sciences fondamentales et cliniques, incluant la biologie de la pulpe saine, l’étiologie, le diagnostic, la prévention et le traitement des maladies et des blessures de la pulpe ainsi que leurs complications péri-radiculaires.
Le traitement endodontique a pour objectif de transformer une dent pathologique en une entité saine, asymptomatique et fonctionnelle sur l’arcade.

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Pour approfondir ces bases théoriques, le Guide clinique d’odontologie constitue une référence incontournable, couvrant l’ensemble des disciplines cliniques odontologiques.
Les Objectifs du Traitement Endodontique
Objectif principal : éliminer les résidus et les bactéries
L’objectif central du traitement endodontique est l’élimination complète des résidus pulpaires et des bactéries présentes dans les canaux infectés. Des études ont démontré que l’essentiel des échecs endodontiques est attribuable à la persistance de bactéries au niveau apical (Ricucci, 2010).
Finalités cliniques attendues
Un traitement canalaire réussi doit permettre :
- L’élimination des signes et/ou symptômes cliniques sans en créer de nouveaux
- Une obturation tridimensionnelle complète du système canalaire
- La restauration saine et fonctionnelle de la dent et des tissus péri-radiculaires
- Le maintien de l’intégrité des tissus péri-radiculaires et de la racine
Les Trois Principes Fondamentaux : La Triade Endodontique
Le traitement endodontique repose sur une triade indissociable : mise en forme — désinfection — obturation. Ces trois étapes s’enchaînent logiquement, chacune conditionnant la suivante.
1. La Mise en Forme (Shaping)
La mise en forme est définie comme l’aménagement de l’espace canalaire principal selon une forme conique, régulière et homothétique du canal radiculaire, pour faciliter son nettoyage et permettre le remplissage par un matériau d’obturation (CNEOC, 2010).
Les principes de Schilder (Cleaning and Shaping) restent la référence incontournable :
- Obtenir un canal conique de l’entrée jusqu’à l’apex en maintenant la forme originelle du canal
- Maintenir le foramen dans sa position spatiale d’origine et le plus petit possible
Ces objectifs impliquent de :
- Choisir une limite apicale de préparation précise
- Éviter tout déplacement du foramen
- Élargir le canal de façon centrée dans les 3 dimensions de l’espace
- Progresser de façon coronoapicale en supprimant les interférences des 2/3 coronaires avant d’aborder le 1/3 apical
Mise en forme coronaire
L’objectif est de permettre le passage des instruments directement au 1/3 apical sans interférence ni blocage dans la partie supérieure du canal. Les parois coronaires doivent être dans le prolongement du tiers apical, tout en respectant le trajet canalaire initial.
Mise en forme apicale
C’est la zone la plus délicate et la plus débattue. Elle concentre tous les facteurs susceptibles de compromettre le succès thérapeutique : persistance d’une zone infectée, défaut d’étanchéité de l’obturation, déplacement du foramen. L’objectif est de supprimer au maximum la dentine infectée tout en préservant les structures anatomiques.
2. Le Nettoyage (Cleaning)
L’objectif principal est d’éliminer les irritants biologiques : tissu pulpaire enflammé ou nécrosé, bactéries et leurs produits de dégradation. Quel que soit l’état physiopathologique du tissu pulpaire, le nettoyage doit favoriser la pénétration des solutions d’irrigation dans la zone apicale.
L’hypochlorite de sodium reste la solution d’irrigation de référence en endodontie, en raison de ses propriétés solvantes et antibactériennes. Il est utilisé en combinaison avec l’EDTA pour éliminer la smear layer.
3. L’Obturation
L’obturation tridimensionnelle du système canalaire a pour but d’assurer une étanchéité complète, empêchant toute recolonisation bactérienne. La gutta-percha associée à un ciment de scellement reste le matériau de référence.
Choix de la Limite Apicale de Préparation
Deux approches s’affrontent dans la littérature scientifique.
L’Approche Scandinave (standardisée)
Elle distingue deux situations cliniques :
- Pulpe vivante : la limite conseillée se situe entre 1 et 2 mm de l’apex radiographique, afin de maintenir un moignon pulpaire apical vital.
- Pulpe nécrosée et infectée : la limite se rapproche le plus possible de l’apex radiographique (dans le dernier millimètre apical), pour tenter d’éliminer la totalité des tissus nécrosés et des bactéries (Sjögren et al., 1990 ; Spangberg, 1998).
L’Approche Nord-Américaine (fondée sur la conicité)
Dans l’approche schildérienne, la limite de la mise en forme doit se rapprocher le plus possible de la constriction apicale, voire se confondre avec elle, quelle que soit la situation clinique préopératoire. La perméabilité du foramen est même recherchée avec une lime fine (lime K 10 à LT + 0,5 mm).
Détermination de la Longueur de Travail
La longueur de travail est mesurée à l’aide d’un localisateur d’apex électronique et confirmée radiographiquement. La détection tactile de la constriction apicale, bien que complémentaire, n’est détectée que dans 64 % des cas par des opérateurs expérimentés (Seidberg et al., 1975).
Le Champ Opératoire : La Digue Dentaire
La pose de la digue est une étape non négociable du traitement endodontique. Elle est reconnue comme le standard de soin par toutes les sociétés savantes internationales.
Ses avantages sont nombreux :
- Sécurité du patient : protection contre l’ingestion ou l’inhalation d’instruments, de débris ou de solutions d’irrigation
- Asepsie du site opératoire : indispensable pour éviter la recontamination bactérienne du canal
- Confort opératoire : visibilité améliorée, gestes plus précis, meilleure concentration du praticien
- Protection des tissus mous : lèvres, langue, joues et plancher buccal sont écartés lors de l’utilisation d’instruments rotatifs
- Limitations des interruptions verbales du patient
La digue permet également d’éviter la formation de buée, élément déterminant lorsque des aides optiques (loupe, microscope) sont utilisées.
La Reconstitution Pré-Endodontique
Pourquoi reconstruire avant de soigner ?
Le traitement endodontique s’adresse le plus souvent à des dents fortement délabrées. La perte de substance compromise la stabilité du crampon et remet en cause la pose correcte du champ opératoire. La reconstitution pré-endodontique est donc la première étape clinique systématique.
Objectifs de la reconstitution pré-endodontique
- Créer un véritable réservoir pour les solutions d’irrigation
- Faciliter la pose de la digue
- Éviter les percolations salivaires et gingivales dans la cavité d’accès
- Limiter les risques de fracture par renforcement des parois résiduelles
- Obtenir des repères occlusaux fiables
Techniques et matériaux
Indications de dépose des restaurations existantes :
- Perte d’étanchéité ou mauvaise adaptation marginale
- Lésion carieuse présente
- Ancrages corono-radiculaires (tenons, inlay-core)
- Difficulté à visualiser l’anatomie canalaire
Techniques de reconstitution selon le contexte clinique :
- Matriçage : pour les pertes de substance légères à modérées
- Bague de cuivre : anneau métallique scellé au CVI, indiqué pour les pertes cervicales ou juxta-gingivales importantes
- Bague orthodontique : pour les pertes coronaires volumineuses
- Couronne provisoire ou préformée : idéale lorsque la dent présente des fêlures coronaires
Le matériau de choix reste le ciment verre ionomère (CVI), qui présente un temps de prise rapide, une bonne résistance et une facilité d’éviction en fin de traitement. Des composites peuvent être utilisés pour les pertes volumineuses nécessitant une meilleure résistance mécanique.
La Cavité d’Accès : Clé de Voûte du Traitement Canalaire
La cavité d’accès est la première étape clinique de la thérapeutique endodontique. De sa bonne réalisation dépendent étroitement la mise en forme, le nettoyage et l’obturation du système endodontique.
Objectifs de la cavité d’accès
- Éliminer l’intégralité des tissus entre le plafond de la chambre pulpaire et la face d’accès de la dent
- Supprimer toutes les cornes pulpaires (refuges potentiels de bactéries et débris)
- Constituer un réservoir d’irrigation à quatre parois permettant un renouvellement permanent de la solution de décontamination
- Assurer un accès rectiligne aux instruments endodontiques jusqu’à la zone apicale
- Permettre la mise en place d’une obturation provisoire étanche d’au minimum 4 mm
Facteurs de complication
Minéralisations intra-pulpaires
- Calcifications diffuses : fines et irrégulières, présentes au sein de la pulpe radiculaire
- Pulpolithes : de plus grande taille, rencontrés dans la chambre pulpaire ; leur élimination est délicate mais nécessaire car ils obstruent les entrées canalaires
Position et orientation de la dent
Une méconnaissance ou une analyse erronée des axes coronaire et radiculaire peut conduire à une perforation lors de la réalisation de la cavité d’accès. Une analyse radiographique préopératoire rigoureuse est indispensable.
Les 5 Étapes Cliniques de la Cavité d’Accès
Étape 1 — Matérialisation du toit pulpaire Identification et projection du plafond de la chambre pulpaire sur la face d’accès (face occlusale pour les dents cuspidées, face palatine ou linguale pour les dents antérieures).
Étape 2 — Création de la cavité initiale Dessin de la cavité idéale à la fraise boule diamantée (Ø 012 ou 014) en englobant les projections des cornes pulpaires.
Étape 3 — Approfondissement en direction de la chambre La cavité est approfondie “en masse” jusqu’à effraction de la pulpe. La sensation de “chute” dans la chambre n’est pas recherchée ; l’approfondissement s’arrête dès qu’une corne pulpaire est repérée à la sonde DG16.
Étape 4 — Suppression du plafond pulpaire Élimination du reste du plafond (généralement moins de 1 mm) à la fraise boule long col, à vitesse lente et sans spray.
Étape 5 — Finitions Mise de dépouille des parois (occluso-divergence de 2 à 3°) avec la fraise Endo Z, pour permettre la visualisation simultanée de tous les orifices canalaires. Élimination de toutes les interférences pouvant gêner l’accès des instruments au système canalaire.
La Cavité d’Accès “Dynamique”
Au cours du traitement, le contour de la cavité peut être modifié en fonction des éléments anatomiques canalaires découverts. La persistance de contraintes sur les instruments peut induire des erreurs graves :
- Formation d’une butée apicale
- Création d’un faux canal
- Déplacement ou déchirement du foramen
- Perforation apicale
- Nettoyage incomplet de l’espace endodontique
Quelle Solution Choisir ? Comparatif des Approches Endodontiques
Pour faciliter la prise de décision clinique, ce tableau synthétise les principales caractéristiques des deux grandes approches de mise en forme apicale.
| Critère | Approche Scandinave | Approche Nord-Américaine (Schilder) |
|---|---|---|
| Philosophie | Standardisée | Basée sur la conicité |
| Limite apicale (dent vivante) | 1–2 mm de l’apex radio | Constriction apicale |
| Limite apicale (nécrose) | Au plus près de l’apex | Constriction apicale |
| Perméabilité foramen | Non recherchée | Recherchée (lime K10 +0,5 mm) |
| Stop apical | Réalisé systématiquement | Non systématique |
| Étanchéité apicale | Visée par le stop | Visée par la conicité |
| Indications préférentielles | Pulpe vivante, dents young | Nécrose, anatomies complexes |
| Risque de sur-obturation | Faible | Modéré si non maîtrisé |
Erreurs Fréquentes à Éviter en Endodontie
1. Réaliser le traitement sans digue dentaire
Pourquoi c’est problématique : L’absence de digue expose le patient au risque d’ingestion ou d’inhalation d’instruments, compromet l’asepsie du site et augmente significativement le risque d’échec par recontamination bactérienne.
Bonne pratique : La pose de la digue est un impératif absolu, reconnu comme standard de soin international. Elle est non négociable, y compris pour les séances courtes.
2. Omettre la reconstitution pré-endodontique
Pourquoi c’est problématique : Sans reconstruction préalable, la cavité d’accès ne peut pas constituer un réservoir d’irrigation étanche. Les solutions antiseptiques s’échappent, la contamination salivaire est inévitable et le praticien perd ses repères occlusaux.
Bonne pratique : Toujours reconstruire les parois manquantes avant d’entamer le traitement canalaire, même provisoirement au CVI.
3. Ne pas entièrement supprimer le plafond pulpaire
Pourquoi c’est problématique : Des fragments résiduels de tissu pulpaire ou de débris nécrotiques dans les cornes pulpaires sont responsables de colorations grises de la couronne et d’un risque élevé de recontamination bactérienne.
Bonne pratique : Vérifier systématiquement que toutes les cornes pulpaires sont incluses dans la cavité d’accès, à l’aide de la sonde DG16 et d’un grossissement optique adapté.
4. Négliger l’analyse radiographique préopératoire
Pourquoi c’est problématique : Une mauvaise appréciation des axes coronaire et radiculaire, du nombre de canaux, ou de la position de la chambre pulpaire peut conduire à des perforations, des accidents instrumentaux ou un traitement incomplet.
Bonne pratique : Analyser systématiquement au minimum deux clichés rétroalvéolaires pré-opératoires avec des angulations différentes. L’utilisation du CBCT est recommandée en cas d’anatomie complexe.
5. Dépasser la constriction apicale lors de la mise en forme
Pourquoi c’est problématique : Tout dépassement instrumental ou de matériau au-delà de la constriction apicale crée un traumatisme des tissus péri-apicaux, favorise les douleurs post-opératoires et compromet l’étanchéité de l’obturation.
Bonne pratique : Utiliser systématiquement un localisateur d’apex électronique, confirmé radiographiquement, pour déterminer la longueur de travail avec précision.
6. Utiliser une obturation provisoire insuffisante entre les séances
Pourquoi c’est problématique : Un pansement de moins de 4 mm d’épaisseur ou mal adapté entraîne une percolation bactérienne et une recontamination du système canalaire entre deux séances, réduisant à néant les efforts de désinfection.
Bonne pratique : Placer systématiquement au minimum 4 mm de matériau provisoire étanche (Cavit, CVI, IRM) et vérifier son intégrité en début de chaque séance.

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Cas Cliniques Commentés
Cas clinique 1 — Pulpite irréversible sur molaire inférieure
Présentation du patient : Femme de 34 ans, sans antécédents médicaux significatifs. Consulte pour une douleur spontanée, lancinante, irradiante vers l’oreille, aggravée la nuit et par le froid sur la première molaire inférieure gauche (36). La douleur persiste plusieurs minutes après l’application du stimulus thermique.
Problématique identifiée : Pulpite irréversible symptomatique sur 36, avec volumineuse carie secondaire sous une obturation composite de plusieurs années. La radiographie préopératoire révèle une chambre pulpaire de volume réduit et deux canaux mésio-vestibulaire et disto-vestibulaire clairement visibles.
Prise en charge :
- Dépose de l’ancienne restauration et reconstitution pré-endodontique au CVI sous digue
- Anesthésie tronculaire, pose de la digue dentaire
- Réalisation de la cavité d’accès avec vérification de la suppression complète du plafond pulpaire
- Localisation de 3 canaux (mésio-vestibulaire, mésio-lingual, distal) à la sonde DG16
- Mise en forme coronoapicale et désinfection à l’hypochlorite de sodium 3 %
- Détermination de la longueur de travail par localisateur d’apex et confirmation radiographique
- Obturation à la gutta-percha par condensation verticale chaude + ciment de scellement
Évolution attendue : Disparition complète des douleurs sous 48 à 72h. Cicatrisation périapicale confirmée radiographiquement à 6 et 12 mois. Restauration corono-radiculaire définitive planifiée sous couvert d’une couronne.
Cas clinique 2 — Nécrose pulpaire avec lésion apicale sur incisive centrale
Présentation du patient : Homme de 22 ans, traumatisme dentaire ancien suite à un accident de sport (choc frontal) il y a 3 ans. Pas de symptôme algique, mais découverte fortuite d’une image radioclaire périapicale sur l’incisive centrale supérieure droite (11) lors d’un bilan panoramique. Test de vitalité pulpaire négatif.
Problématique identifiée : Nécrose pulpaire aseptique évoluant vers une parodontite apicale chronique. Lésion péri-apicale de 4 mm de diamètre. La dent est asymptomatique mais radiologiquement compromise.
Prise en charge :
- Pose de la digue dentaire, cavité d’accès sur la face palatine (incisive)
- Mise en forme du canal unique avec instruments NiTi à rotation continue
- Irrigation abondante à l’hypochlorite de sodium (NaOCl 3 %) et EDTA en fin de préparation
- Médicamentation intracanalaire à l’hydroxyde de calcium (Ca(OH)₂) pendant 3 semaines
- Deuxième séance : vérification du canal, nouvelle irrigation, obturation définitive
- Suivi radiographique trimestriel
Évolution attendue : Régression progressive de la lésion périapicale, visible à 6 mois. Guérison complète attendue à 12–18 mois. Dans 85 à 90 % des cas de parodontites apicales chroniques, la guérison est obtenue avec un traitement orthograde bien conduit.
Cas clinique 3 — Calcifications importantes sur canine inférieure
Présentation du patient : Homme de 68 ans, en bonne santé générale. Consulte pour une douleur à la pression sur la canine inférieure gauche (33). Antécédent de traumatisme dentaire il y a 20 ans. Radiographie préopératoire : canal extrêmement calcifié, chambre pulpaire quasi invisible, image périapicale discrète.
Problématique identifiée : Calcification canalaire partielle post-traumatique avec parodontite apicale. La difficulté majeure réside dans la localisation de l’entrée canalaire et le risque de perforation lors de la cavité d’accès.
Prise en charge :
- CBCT préopératoire indispensable pour guider la cavité d’accès et évaluer la faisabilité
- Utilisation du microscope opératoire et d’ultrasons pour les finitions de la cavité
- Localisation progressive de l’entrée canalaire par grattage doux avec sonde DG16
- Mise en forme avec limes manuelles de petit diamètre (K08, K10) en premier recours
- Si l’endodontie orthograde est impossible malgré les tentatives : orientation vers une chirurgie apicale rétrograde
- Avertissement du patient du pronostic réservé (succès à 60–70 % en cas de calcification sévère)
Évolution attendue : En cas de succès du traitement orthograde : disparition des symptômes et stabilisation de la lésion apicale. La chirurgie apicale reste une option de recours avec d’excellents taux de succès (>85 %) si le traitement orthograde échoue.
Foire Aux Questions (FAQ)
Qu’est-ce qu’un traitement endodontique et est-ce vraiment “un traitement de canal” ?
Oui, le terme populaire “traitement de canal” désigne bien le traitement endodontique orthograde. Il s’agit de la dépose de la pulpe dentaire (vivante ou nécrosée), du nettoyage et de la désinfection des canaux radiculaires, puis de leur obturation hermétique. L’objectif est de conserver la dent naturelle sur l’arcade en lui permettant de rester fonctionnelle sans douleur.
Combien de séances sont nécessaires pour un traitement endodontique ?
Cela dépend principalement de l’état de la pulpe et de la complexité anatomique. Une dent vitale peut souvent être traitée en une seule séance. En cas de nécrose et d’infection apicale, deux à trois séances sont généralement nécessaires, notamment pour permettre une médicamentation intracanalaire entre les séances (hydroxyde de calcium). Une dent pluriradiculée (molaire) prendra systématiquement plus de temps qu’une monoradiculée.
Est-il possible d’échouer un traitement endodontique ? Quelles en sont les causes ?
Oui, les échecs endodontiques existent. Selon la littérature, les principales causes sont : la persistance de bactéries dans les canaux (souvent due à une mise en forme ou une désinfection insuffisante), une obturation non étanche, des canaux oubliés ou non traités, ou une fracture radiculaire verticale. En cas d’échec, un retraitement orthograde ou une chirurgie apicale peut être envisagé.
La digue dentaire est-elle obligatoire ? Peut-on refuser son utilisation ?
Médicalement, la pose de la digue est recommandée comme standard de soin par toutes les sociétés savantes (AAE, SFE). Elle ne peut être omise qu’en cas d’absolue impossibilité technique (anatomie buccale particulière, allergie au latex — dans ce cas, des digues en polyuréthane existent). Un patient peut techniquement “refuser” son utilisation, mais le praticien est en droit de refuser de pratiquer le traitement sans elle, pour des raisons de sécurité.
Quelle est la différence entre un localisateur d’apex et la radiographie pour déterminer la longueur de travail ?
Le localisateur d’apex électronique mesure l’impédance électrique du canal pour détecter la constriction apicale en temps réel. Il présente une précision de l’ordre de 90 à 95 % dans les conditions normales. La radiographie confirme et valide la longueur de travail obtenue. L’utilisation combinée des deux méthodes est recommandée pour une précision maximale.
Pourquoi la cavité d’accès est-elle aussi importante que le traitement canalaire lui-même ?
La cavité d’accès conditionne directement la réussite de toutes les étapes suivantes. Une cavité mal réalisée (incomplète, mal orientée, trop étroite) empêche l’accès rectiligne des instruments, limite l’efficacité de l’irrigation, favorise les erreurs de mise en forme (faux canaux, perforations, fractures instrumentales) et compromet l’étanchéité de l’obturation provisoire entre les séances.
Le traitement endodontique fait-il mal ?
Grâce à une anesthésie locale bien conduite, la grande majorité des traitements endodontiques se déroulent sans douleur. Des douleurs post-opératoires modérées sont normales les 24 à 72 heures suivant la séance, notamment sur des dents nécrosées avec lésion apicale. Un antalgique de palier 1 (paracétamol) suffit généralement. En cas de douleurs importantes ou prolongées, une consultation de contrôle est indispensable.
Faut-il systématiquement couronner une dent après un traitement endodontique ?
La recommandation actuelle est de restaurer les dents postérieures traitées endodontiquement (prémolaires, molaires) sous couvert d’une couronne ou d’un overlay, car elles sont plus fragiles (perte de substance coronaire, risque de fracture cuspidienne). Pour les dents antérieures avec une bonne structure coronaire résiduelle, une restauration directe composite peut être suffisante. La décision doit être individualisée selon le cas.
Conclusion : Le Succès Endodontique, une Chaîne sans Maillon Faible
Le succès d’un traitement de canal repose sur une approche rigoureuse et méthodique, du diagnostic jusqu’à la restauration coronaire définitive. Chaque étape — diagnostic, reconstitution pré-endodontique, cavité d’accès, mise en forme, désinfection, obturation — est indissociable des autres.
La maîtrise de la cavité d’accès est particulièrement déterminante : c’est elle qui conditionne la qualité de toutes les étapes ultérieures. Une bonne formation théorique et clinique, appuyée sur des ouvrages de référence à jour, reste le meilleur atout pour progresser dans cette discipline exigeante.
Pour les étudiants en odontologie qui préparent l’internat, les Annales corrigées de l’internat en odontologie 2022-2024 constituent une ressource précieuse pour travailler les cas cliniques endodontiques sous forme de QCM commentés. Le Référentiel internat en parodontologie est également utile pour comprendre les interactions entre parodontie et endodontie.
Pour les praticiens souhaitant consolider leur culture clinique globale, la dernière édition du Guide clinique d’odontologie offre une synthèse actualisée couvrant l’ensemble des disciplines.

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