Les articulateurs Dentaire

Les Articulateurs Dentaires : Guide Complet pour Étudiants en Odontologie

Mots-clés : articulateur dentaire, cinématique mandibulaire, occlusion prothétique, arc facial, relation centrée, articulateur semi-adaptable, prothèse dentaire


Introduction : Pourquoi Maîtriser les Articulateurs Est Indispensable ?

Depuis longtemps, de nombreux chercheurs ont cherché à comprendre et à reproduire la cinématique mandibulaire. Au fil des années, ils ont mis au point différents types de simulateurs de mouvements mandibulaires, plus ou moins paramétrables, offrant des capacités variées de reproduction des mouvements de la mâchoire.

Longtemps considéré comme un instrument complexe et réservé aux experts, l’articulateur est aujourd’hui d’une utilisation beaucoup plus courante, aussi bien en clinique qu’en laboratoire. Pour tout étudiant en odontologie, en maîtriser les fondements est une étape clé dans la construction d’une pratique prothétique rigoureuse.

Ce guide complet vous accompagne depuis les définitions de base jusqu’à la programmation avancée, avec des cas cliniques commentés et les erreurs fréquentes à éviter.


1. Définitions de l’Articulateur Dentaire

Plusieurs auteurs de référence ont proposé des définitions précises de cet instrument :

Selon LEJOYEUX : « Un articulateur est un instrument de diagnostic et de traitement destiné à transférer et à analyser au laboratoire les relations statiques et dynamiques entre la mandibule et le maxillaire. »

Selon Orthlieb JD : « Dispositif mécanique mettant en relation les modèles maxillaire et mandibulaire d’un sujet et simulant les relations occlusales dans différentes positions mandibulaires. »

En résumé : un articulateur est un appareillage mécanique permettant de simuler la cinématique mandibulaire du patient, en dehors de sa présence physique.

Pour aller plus loin dans votre pratique clinique et prothétique, le Guide clinique d’odontologie est une référence complète et actualisée.

Les étudiants préparant l’internat trouveront également les Annales corrigées de l’internat en odontologie 2022-2024 particulièrement utiles pour consolider leurs connaissances en occlusodontologie et en prothèse.

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2. Rôles et Intérêts des Articulateurs

Selon Schittly J. : « Il a pour rôle principal de permettre la conception et la réalisation, soit au cabinet dentaire soit au laboratoire de prothèse, de tout ou partie des actes dans tout domaine de l’occlusion, sans imposer la présence permanente du patient. »

Même s’il ne constitue pas une réplique exacte de l’être humain, l’articulateur présente de nombreux avantages concrets :

  • Vision postérieure des arcades : en l’absence d’organes périphériques (joues, langue, lèvres), contrairement à la situation en bouche.
  • Manipulation illimitée : ouverture, fermeture et latéralité mandibulaire peuvent être reproduites à souhait, sans fatigue musculaire du patient.
  • Différer l’analyse : il permet d’étudier et de comprendre les cas cliniques complexes à tête reposée, loin du fauteuil.
  • Indispensable pour les travaux prothétiques : la majorité des travaux de prothèse (fixée ou amovible) sont irréalisables directement en bouche. L’articulateur constitue une courroie de transmission incontournable entre le cabinet et le laboratoire.

2.1 Dans le Cadre Diagnostique

La première phase d’une démarche prothétique est la phase diagnostique. Elle consiste à :

  • Examiner cliniquement l’occlusion.
  • Observer les moulages du patient montés sur articulateur.
  • Réaliser l’analyse occlusale.

L’analyse occlusale permet d’évaluer les fonctions de calage, de centrage et d’identifier un éventuel décalage transversal ou une anomalie de la dimension verticale d’occlusion (DVO). Les guidages sont vérifiés en simulant les mouvements de propulsion et de diduction. La hauteur prothétique disponible, les courbes occlusales et les classes dentaires sont également contrôlées, fournissant une aide précieuse à l’établissement du plan de traitement.

2.2 Dans le Cadre Thérapeutique

L’usage de l’articulateur est rendu indispensable en phase thérapeutique car il :

  • Facilite l’accès aux travaux par élimination du masque tégumentaire, de la salive et de l’action du système neuromusculaire.
  • Permet l’utilisation de matériaux incompatibles avec le milieu buccal.
  • Autorise la réalisation des pièces prothétiques fixées et amovibles dans des conditions proches de la denture naturelle.
  • Met en évidence les dysharmonies occlusales entre arcades dentaires naturelles pour les corriger par équilibration.
  • Facilite la réalisation d’un traitement orthodontique en simulant les résultats attendus.

3. Notions Fondamentales de Mécanique Occlusale

3.1 L’Axe Charnière

L’axe charnière représente une ligne imaginaire unissant le centre de rotation de chaque condyle dans sa position la plus médiane, la plus haute et la plus centrée dans la cavité glénoïde. C’est le point de départ de toute analyse occlusale rigoureuse.

3.2 Le Plan Axio-Orbitaire (PAO)

Le plan axio-orbitaire est le plan horizontal de référence en occlusodontologie pour les valeurs angulaires dentaires et condyliennes. Il peut être mis en évidence lors de l’examen clinique. Il passe par :

  • Les points condyliens (axe de rotation bicondylien ou axe charnière), identifiables par leurs émergences cutanées.
  • Le point infra-orbitaire gauche (par convention).

3.3 Les Déterminants de l’Occlusion

Déterminants antérieurs

L’angle de la pente incisive (Pi) est l’angle formé, dans le plan sagittal, par le plan de référence axio-orbitaire avec la sécante joignant le point de contact en intercuspidation maximale de l’incisive maxillaire avec son antagoniste et leur point de contact en bout à bout.

Déterminants postérieurs

  • L’angle de pente condylienne : la pente condylienne correspond au trajet parcouru par le condyle mandibulaire le long du condyle temporal lors d’un mouvement de propulsion. Selon le Collège National d’Occlusodontologie (2001) : « La pente condylienne correspond à l’angle formé par le plan horizontal de référence axio-orbitaire avec la projection, dans un plan sagittal, du trajet condylien lors de la propulsion ou de la diduction. »
  • L’angle de Bennett : c’est l’angle formé pendant la diduction par la sécante au trajet du condyle non travaillant par rapport au plan sagittal médian.

4. Classification des Articulateurs selon LEJOYEUX

Il existe plusieurs façons de classer les articulateurs. La classification proposée par LEJOYEUX reste la référence pédagogique :

4.1 Les Occluseurs

Ce sont des appareils qui ne permettent que des mouvements d’ouverture et de fermeture, à la manière d’une simple charnière. Leur usage est limité aux situations les plus simples.

4.2 Les Articulateurs Non Adaptables (ANA)

Également dénommés « ajustés », « préprogrammés » ou « préréglés ». Ils permettent des mouvements horizontaux (latéralité, propulsion) et verticaux (ouverture, fermeture) mais ne permettent pas d’orienter les trajectoires condyliennes.

4.3 Les Articulateurs Semi-Adaptables (ASA)

En plus des mouvements verticaux et horizontaux, ils permettent :

  • L’orientation correcte des modèles par rapport à l’axe charnière grâce aux arcs faciaux.
  • La reproduction moyenne des trajectoires condyliennes.

Les ASA se divisent selon deux critères :

Selon leur conception :

  • Type Arcon : boule condylienne supportée par la branche inférieure.
  • Type Non Arcon : boule condylienne supportée par la branche supérieure.

Selon leur potentiel de précision :

  • ASA de 1ère génération : réglage possible de la pente condylienne et de l’angle de Bennett ; trajets condyliens rectilignes ; reproduction des positions de départ et d’arrivée uniquement. Exemples : Dentatus, Hanau, Quick Perfect.
  • ASA de 2ème génération : réglage possible de la pente condylienne et de l’angle de Bennett ; trajets condyliens curvilignes. Exemples : Quick Master, SAM II,

  • Panadent.

4.4 Les Articulateurs Entièrement Adaptables (AEA)

Ce sont les instruments les plus précis et les plus complets :

  • Réglage de la distance inter-condylienne possible.
  • Reproduction de la courbure réelle des trajectoires condyliennes.
  • Larges possibilités de réglage des déplacements orbitant et pivotant.

Exemples : DENAR, ARTEX TR.


Quel Type d’Articulateur Choisir Selon Votre Situation Clinique ?

Le tableau ci-dessous vous aidera à choisir l’articulateur le plus adapté selon les critères cliniques essentiels.

CritèreOccluseurANAASA 1ère gén.ASA 2ème gén.AEA
Mouvements d’ouverture/fermeture
Mouvements latéraux et propulsion
Orientation axe charnière (arc facial)
Trajectoires condyliennes rectilignes
Trajectoires condyliennes curvilignes
Réglage distance inter-condyliennePartiel
Reproduction exacte de la cinématique
Complexité d’utilisationFaibleFaibleMoyenneMoyenneÉlevée
Coût approximatifBasBas-MoyenMoyenMoyen-ÉlevéTrès élevé

5. L’Arc Facial

5.1 Définition

L’arc facial est un artifice démontable faisant partie intégrante de l’articulateur. En forme d’arc, il sert à enregistrer la position du maxillaire supérieur par rapport aux articulations temporo-mandibulaires (ATM), ou plus précisément à l’axe charnière du patient, puis à la transférer sur l’articulateur.

Un montage réalisé sans cet instrument rend aléatoire la situation du modèle maxillaire et peut entraîner des erreurs dans la reproduction de la cinématique mandibulaire, avec des conséquences directes sur l’occlusion prothétique.

5.2 Éléments Constitutifs Communs

Quel que soit le type d’arc facial, on retrouve toujours :

  • L’arc facial proprement dit.
  • Une fourchette occlusale.
  • Un repère (sous-orbitaire ou nasiaque).
  • Des repères postérieurs de l’axe charnière, adaptés à l’articulateur.

5.3 Classification des Arcs Faciaux

Arc facial arbitraire

Permet la localisation arbitraire du plan de référence grâce aux embouts auriculaires et au point d’appui nasal. Il en existe deux types :

  • De type à réglettes : utilise des repères cutanés arbitraires au niveau de la région temporo-mandibulaire, localisés par des mesures à partir de repères anatomiques. Exemple : arc facial HANAU (repère : point sous-orbitaire).
  • De type à ogive auriculaire : utilise le conduit auditif externe comme point de référence postérieur, supposé à distance fixe de l’axe charnière. Exemple : arc facial QUICK-MASTER (repère : appui nasal).

Arc facial cinématique

Utilisé pour localiser et transférer l’axe charnière réel. Instrument complexe utilisant des stylets fixés sur la mandibule, uniquement compatible avec des articulateurs autorisant le transfert de l’axe charnière cinématique (ex. : HANAU H2X).


6. Description de l’Articulateur Semi-Adaptable Quick Master

Le Quick Master (firme Fag) est un articulateur semi-adaptable de type Arcon. Il se compose de deux branches — supérieure et inférieure — supportant des galettes de montage, reliées par une tige incisive qui détermine la hauteur de leur rapport en entrant en contact avec la table correspondante.

Ces deux branches sont mobiles l’une contre l’autre et permettent des mouvements de propulsion et de latéralité se rapprochant de la cinématique mandibulaire réelle.

Ses boîtiers condyliens comportent des ailes de Bennett interchangeables (et non réglables) :

  • Ailes rectilignes → utilisation comme ASA de 1ère génération.
  • Ailes curvilignes → utilisation comme ASA de 2ème génération.

7. Utilisation Pratique des Articulateurs Semi-Adaptables

7.1 Montage du Modèle Maxillaire

Quel que soit l’articulateur choisi, il convient de commencer par transférer le modèle supérieur sur la branche supérieure. Le modèle maxillaire doit être situé par rapport au plan de référence axio-orbitaire. Deux solutions sont possibles :

Option A : Table de montage (valeurs moyennes)

La plupart des ASA sont livrés avec une table de montage, orientée parallèlement au plan de Camper et inclinée de 10° par rapport au plan de référence axio-orbitaire. Sa surface comporte des repères permettant le centrage transversal du modèle et sa mise en place antéropostérieure.

Préparation de l’articulateur :

  1. Verrouiller les boîtiers condyliens pour n’obtenir qu’un mouvement d’ouverture-fermeture.
  2. Fixer la galette de montage à la branche supérieure.
  3. Visser la table de transfert à la branche inférieure.
  4. Régler la tige incisive à 0°, assurant le parallélisme des deux branches lorsqu’elle est en contact avec le plateau incisif.

Transfert du modèle :

  • Centrer correctement la maquette d’occlusion sur la table, le repère cruciforme médian coïncidant avec le centre incisif du bourrelet.
  • Vérifier la symétrie latérale grâce aux lignes antéro-postérieures.
  • En refermant l’articulateur, contrôler l’espace disponible entre la branche supérieure et le socle du modèle, puis combler cet espace avec du plâtre à prise rapide et de consistance fluide.
  • Fermer prudemment jusqu’au contact de la tige incisive avec le plateau. Éliminer les excès.

Remarque importante : Chez le sujet denté, la table de montage est déconseillée car elle n’assure pas la stabilité nécessaire au modèle en plâtre. L’arc facial est donc l’instrument de choix.

Option B : Utilisation d’un arc facial

L’arc facial utilise des repères anatomiques antérieurs et postérieurs pour l’enregistrement de la position du maxillaire par rapport à l’axe charnière :

  • En avant : appui réglable fixé sur le nasion.
  • En arrière : conduit auditif externe via des embouts intra-auriculaires.

Procédure de mise en place de l’arc facial :

  1. Ramollir une plaque de cire dans l’eau chaude et l’adapter uniformément sur la fourchette d’occlusion.
  2. Placer la fourchette contre les dents maxillaires en faisant coïncider la tige avec le plan sagittal médian de la tête du patient.
  3. Maintenir la fourchette et faire mordre doucement le patient.
  4. Refroidir la cire et éliminer les excès.
  5. Après contrôle de la qualité des indentations, demander au patient de remplacer lui-même la fourchette en bouche et de la maintenir avec les pouces.
  6. Ouvrir les bras latéraux de l’arc facial et les basculer en regard des oreilles.
  7. Le patient introduit les ogives auriculaires dans ses conduits auditifs.
  8. Serrer les vis latérales.
  9. Mettre en place et bloquer la butée nasiaque.
  10. L’arc est ainsi maintenu dans un plan parallèle au plan axio-orbitaire.
  11. Réintroduire la fourchette en bouche, engager le système d’assemblage dans son manche.
  12. Activer les boutons de blocage pour solidariser la fourchette à l’arc.
  13. Desserrer les vis des bras latéraux pour faciliter le démontage et le transfert sur l’articulateur.
  14. Transférer l’arc sur l’articulateur en faisant correspondre la partie femelle des embouts auriculaires avec l’axe de l’articulateur.
  15. Bloquer l’arc et positionner le modèle maxillaire dans les indentations.
  16. Rabattre la branche supérieure jusqu’au contact sur la barre transversale de l’arc facial.
  17. Déposer le plâtre (Snow-White de la firme Kerr) sur la plaque de montage et sur le modèle.
  18. Une fois le plâtre dur, démonter l’arc facial. Le modèle maxillaire est désormais monté sur la branche supérieure.

7.2 Montage du Modèle Mandibulaire

Le rapport entre arcades peut être réalisé selon deux positions de référence :

En Occlusion d’Intercuspidie Maximale (OIM)

Ce choix n’est possible que si le patient présente une OIM stable assurant centrage, calage et guidage de la mandibule.

En Relation Centrée (RC)

Réalisée en l’absence de tout contact entre dents antagonistes, notamment dans les cas d’édentement total ou de déséquilibre occlusal.

Enregistrement de la relation centrée :

  • Chez le patient denté : enregistrement sur cire ramollie à l’eau chaude, placée entre les arcades.
  • Chez le patient édenté partiellement : idem si la configuration le permet, sinon solidarisation des bases d’occlusion.

Procédure de montage en RC :

  1. Régler en bouche les maquettes d’occlusion à la bonne DVO.
  2. Guider la mandibule en RC et faire mordre légèrement.
  3. Retirer délicatement et refroidir pour éviter toute déformation.
  4. Déposer la feuille de cire indentée sur le modèle maxillaire monté sur la branche supérieure.
  5. Positionner le modèle mandibulaire dans les indentations.
  6. Rabattre la branche inférieure jusqu’au contact sur la table incisive.
  7. Préparer un plâtre de consistance crémeuse, le déposer sur le dos du modèle inférieur et sur la plaque de montage.
  8. Fermer l’articulateur, éliminer les excès, attendre le durcissement.
  9. Retirer la cire d’enregistrement : les modèles supérieur et inférieur doivent alors être en contact parfait.

8. Programmation de l’Articulateur

La programmation vise à caractériser les mouvements de la mandibule pour pouvoir les simuler fidèlement sur l’articulateur.

8.1 Programmation en Valeurs Arbitraires

Les valeurs arbitraires des déterminants postérieurs sont fonction de l’âge du patient :

Âge du patientPente condylienneAngle de Bennett
– 25 ans40° à 50°10°
25 à 60 ans30° à 40°15°
+ 60 ans20° à 30°20°

8.2 Programmation en Valeurs Radiographiques

Selon P. Dupas, à partir de la radio panoramique du patient :

  1. Marquer les sommets de la fosse mandibulaire.
  2. Relier ces deux points.
  3. Marquer le point le plus postérieur de chaque tubercule articulaire.
  4. Relier chaque point avec les sommets de chaque fosse mandibulaire.
  5. Lire les valeurs des angles à droite et à gauche → valeur de la pente condylienne.

Calcul de l’angle de Bennett :

Formule de Hanau : Angle de Bennett = (pente condylienne / 8) + 12°

Modification de Lundeen : Angle de Bennett = (pente condylienne / 10) + µ

  • µ = 5° si patient jeune
  • µ = 10° si patient adulte
  • µ = 15° si patient senior

À retenir : Lorsque le guidage incisif doit être reconstruit, il est habituel de majorer la valeur de l’angle de la pente condylienne de 10° pour obtenir la pente de la table incisive : Pente incisive (Pi) = Pente condylienne (PC) + 10°


Erreurs Fréquentes à Éviter lors de l’Utilisation d’un Articulateur

Erreur 1 – Omettre l’arc facial chez le patient denté

Problème : Monter le modèle maxillaire à l’aide de la seule table de montage chez un patient denté introduit des erreurs d’orientation du plan occlusal, pouvant conduire à des contacts prématurés ou des interférences dans la prothèse finale.

Bonne pratique : Toujours utiliser un arc facial chez le patient denté pour transférer fidèlement la position du maxillaire par rapport à l’axe charnière.

Erreur 2 – Confondre OIM et Relation Centrée

Problème : Utiliser l’OIM systématiquement sans vérifier sa stabilité peut masquer un décalage entre RC et OIM. Ce glissement, parfois supérieur à 1 mm, peut fausser l’ensemble de l’analyse et du traitement.

Bonne pratique : Distinguer les cas cliniques nécessitant un montage en RC (dysfonctions, édentements étendus, reconstructions complètes) de ceux où l’OIM stable suffit.

Erreur 3 – Négliger la qualité de l’enregistrement occlusal

Problème : Une cire d’enregistrement trop épaisse, déformée par la chaleur corporelle ou présentant des bulles peut fausser le rapport inter-arcade. Toute erreur à ce stade se répercutera sur l’occlusion de la prothèse finale.

Bonne pratique : Utiliser une cire de bonne qualité, la refroidir immédiatement après l’enregistrement, la contrôler visuellement avant le montage et éviter toute flexion lors du transport.

Erreur 4 – Programmer l’articulateur avec des valeurs arbitraires inadaptées

Problème : Utiliser systématiquement les mêmes valeurs de pente condylienne et d’angle de Bennett sans tenir compte de l’âge du patient conduit à des écarts parfois significatifs entre la simulation et la réalité clinique, notamment chez les patients âgés présentant une articulé très dévié.

Bonne pratique : Adapter les valeurs à l’âge du patient (tableau de programmation en valeurs arbitraires) ou, mieux, les lire sur la radio panoramique selon la méthode de P. Dupas.

Erreur 5 – Plâtrer sans contrôle de la tige incisive

Problème : Si la tige incisive n’est pas au contact de son plateau lors du scellement du modèle mandibulaire, la DVO sera modifiée. La prothèse sera trop haute ou trop basse en bouche.

Bonne pratique : Vérifier systématiquement que la tige incisive est au contact du plateau incisif avant tout scellement, et maintenir cette position tout au long de la prise du plâtre.

Erreur 6 – Négliger la décontamination entre le cabinet et le laboratoire

Problème : Les empreintes, moulages et enregistrements transmis au laboratoire peuvent être vecteurs de contaminations croisées si aucune procédure n’est respectée.

Bonne pratique : Rincer, désinfecter et emballer correctement tous les éléments avant transfert au laboratoire, conformément aux recommandations d’hygiène en vigueur.


Cas Cliniques Commentés

Cas Clinique 1 – Reconstruction prothétique complète chez un patient édenté

Présentation : M. A., 67 ans, édenté total bimaxillaire depuis 3 ans, porteur d’anciennes prothèses amovibles complètes très usées. Il se plaint d’une instabilité prothétique et de difficultés à mastiquer, ainsi que d’une diminution notable de la hauteur du visage (affaissement des traits).

Problématique : Perte de la dimension verticale d’occlusion (DVO), nécessité de reconstruire une référence de RC fiable en l’absence totale de dents.

Prise en charge :

  • Réalisation de maquettes d’occlusion en résine sur bases stabilisées.
  • Enregistrement de la RC et de la DVO en bouche par guidage mandibulaire doux.
  • Montage en RC sur articulateur semi-adaptable (Quick Master) avec arc facial.
  • Programmation par valeurs arbitraires adaptées à l’âge : pente condylienne 20-30°, angle de Bennett 20°.
  • Réalisation des prothèses complètes avec validation de l’occlusion sur articulateur avant essayage en bouche.

Résultat attendu : Restauration d’une DVO correcte, meilleure stabilité prothétique et satisfaction esthétique et fonctionnelle du patient. La valeur pédagogique de ce cas : le montage en RC est non négociable chez l’édenté total.


Cas Clinique 2 – Analyse occlusale avant réhabilitation fixée étendue

Présentation : Mme B., 44 ans, consultante pour réhabilitation complète du secteur postérieur inférieur gauche (dents 34, 35, 36 absentes) et usure importante des incisives supérieures. Elle signale des douleurs musculaires à la mastication et des maux de tête récurrents.

Problématique : Suspicion de décalage entre OIM et RC, avec possible perte de DVO partielle. Analyse occlusale complète nécessaire avant toute réhabilitation prothétique.

Prise en charge :

  • Prise d’empreintes et réalisation des moulages.
  • Transfert sur articulateur semi-adaptable via arc facial arbitraire.
  • Enregistrement de l’OIM et de la RC : identification d’un glissement de 1,5 mm en transversal.
  • Simulation sur articulateur des guidages incisif et canin, mise en évidence d’interférences en propulsion.
  • Décision de traitement : équilibration occlusale préalable, puis réhabilitation par bridge implanto-porté.

Résultat attendu : Disparition des symptômes algiques après équilibration, puis réhabilitation prothétique stable et fonctionnelle. Ce cas illustre l’importance de ne jamais commencer une réhabilitation étendue sans analyse sur articulateur.


Cas Clinique 3 – Étudiante en odontologie : erreur de montage corrigée

Présentation : Au laboratoire de TP, une étudiante de 3ème année monte les modèles d’un patient denté à l’aide de la table de montage standard, sans arc facial, en OIM uniquement.

Problématique : Lors de la simulation des mouvements de propulsion sur l’articulateur, des contacts molaires apparaissent en propulsion (absence de désocclusion postérieure). L’analyse en bouche confirme un guidage incisif insuffisant.

Prise en charge corrective :

  • Démontage du modèle mandibulaire.
  • Réalisation d’un nouvel enregistrement de RC en bouche.
  • Remontage avec arc facial et cire de RC.
  • Reprogrammation de la pente condylienne et de l’angle de Bennett selon les valeurs radiographiques.

Résultat attendu : Simulation correcte des mouvements mandibulaires, contacts uniquement sur les dents antérieures en propulsion (guidage incisif fonctionnel). Ce cas illustre l’erreur classique de l’étudiant débutant : négliger l’arc facial et le montage en RC.


Foire Aux Questions (FAQ)

Quelle est la différence entre un articulateur semi-adaptable et un articulateur entièrement adaptable ?

Un articulateur semi-adaptable (ASA) permet de reproduire les trajectoires condyliennes de manière approximative, avec des valeurs moyennes ou arbitraires, et d’orienter les modèles grâce à l’arc facial. Un articulateur entièrement adaptable (AEA) permet en plus de régler la distance inter-condylienne et de reproduire la courbure réelle des trajets condyliens, pour une simulation beaucoup plus précise mais aussi plus complexe et coûteuse. Pour la grande majorité des cas cliniques courants, un ASA de 2ème génération est suffisant.

Quand faut-il obligatoirement utiliser un arc facial ?

L’arc facial est indispensable dès que l’on traite un patient denté ou partiellement édenté nécessitant une réhabilitation prothétique fixée ou amovible. Il l’est également pour toute analyse occlusale rigoureuse. La table de montage seule ne convient qu’aux cas très simples ou aux prothèses complètes chez l’édenté total, où la référence anatomique est reconstruite de toutes pièces.

Comment enregistrer la relation centrée de façon fiable ?

La RC s’enregistre en guidant doucement la mandibule du patient dans sa position condylienne la plus haute, la plus médiane et la plus centrée, sans aucun contact dentaire antagoniste. On utilise pour cela de la cire ramollie, du silicone ou une résine d’enregistrement. Le praticien doit éviter toute pression musculaire parasite et guider la mandibule d’un mouvement pur de rotation. Chez les patients très contractés, une thérapeutique de décontraction préalable peut être nécessaire.

Quelle est la formule pour calculer l’angle de Bennett à partir de la pente condylienne ?

Deux formules sont utilisées : la formule de Hanau (Angle de Bennett = pente condylienne / 8 + 12°) et la modification de Lundeen (Angle de Bennett = pente condylienne / 10 + µ, avec µ variant de 5° pour un patient jeune à 15° pour un patient senior). Ces formules s’appliquent lorsqu’on programme l’articulateur à partir des valeurs lues sur la radio panoramique.

Quand doit-on monter les modèles en OIM plutôt qu’en RC ?

Le montage en OIM est possible uniquement lorsque l’OIM du patient est stable, reproductible et qu’elle assure un calage, un centrage et un guidage corrects. Si l’OIM est instable, si elle est le résultat d’une compensation musculaire ou si le patient présente un dysfonctionnement temporo-mandibulaire, le montage en RC est impératif pour obtenir une référence fiable.

Quelle est la différence entre un arc facial arbitraire et un arc facial cinématique ?

L’arc facial arbitraire localise l’axe charnière de façon approximative, à partir de repères anatomiques externes (conduit auditif externe, nasion). Il est suffisant pour la grande majorité des traitements courants. L’arc facial cinématique localise l’axe charnière réel avec précision grâce à des stylets fixés sur la mandibule, mais il est d’une utilisation complexe et réservé aux cas nécessitant une simulation parfaite (reconstruction complète de l’occlusion, patients avec DTM complexes).

Peut-on se passer d’un articulateur pour réaliser une simple couronne unitaire ?

Techniquement, une couronne unitaire sur une dent non stratégique peut parfois être réalisée sans articulateur en bouche, par ajustage direct. Cependant, l’utilisation d’un articulateur reste toujours préférable pour vérifier les contacts occlusaux et les guidages, surtout si la dent est impliquée dans un guidage (canine, incisive) ou si le patient présente une sensibilité occlusale. Pour tout travail pluriel ou impliquant l’occlusion de façon significative, l’articulateur est indispensable.


Conclusion

« L’articulateur représente pour le praticien une véritable mécanique analogique du patient qu’il faut savoir manipuler convenablement pour en tirer tout le profit. » — Pierre-Hubert Dupas

Maîtriser l’articulateur dentaire, c’est maîtriser la cinématique mandibulaire. C’est l’outil qui fait le lien entre ce que vous observez en bouche et ce que vous réalisez au laboratoire. Pour tout étudiant en odontologie, son apprentissage rigoureux est une priorité absolue.

Pour aller plus loin dans votre pratique clinique et prothétique, le Guide clinique d’odontologie est une référence complète et actualisée.

Les étudiants préparant l’internat trouveront également les Annales corrigées de l’internat en odontologie 2022-2024 particulièrement utiles pour consolider leurs connaissances en occlusodontologie et en prothèse.

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Bibliographie

  • PIERRE-HUBERT DUPAS. Les articulateurs semi-adaptables. Comment ? Pourquoi ? Quand ? Paris : Édition CDP, 1995.
  • PIERRE-HUBERT DUPAS, BRUNO PICART. Comprendre l’articulateur au cabinet dentaire et au laboratoire de prothèse. Paris : Édition CDP, 2001.
  • PIERRE-HUBERT DUPAS. L’articulateur au quotidien ; son utilisation simplifiée. Édition CDP, 2012.
  • Jean Daniel Orthlieb, Daniel Brocard, Jean Schittly, Armelle Manière-Ezvan. L’occlusodontie pratique. Édition CDP, 2000.
  • Collège National d’Occlusodontologie. Terminologie de l’occlusodontologie. 2001.

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