Classification des Maladies Parodontales : Guide Complet pour Étudiants en Chirurgie Dentaire
Résumé rapide : Cet article présente l’ensemble des classifications des maladies parodontales, des plus anciennes aux plus récentes (AAP/EFP 2017), avec les formes cliniques, les critères diagnostiques et les stades/grades de la parodontite. Indispensable pour préparer vos examens et votre pratique clinique.
Introduction : Pourquoi la Classification des Maladies Parodontales est Fondamentale
Le parodonte — ensemble des tissus de soutien de la dent (gencive, ligament alvéolo-dentaire, cément et os alvéolaire) — est le siège de pathologies variées et complexes.
En fonction des différents processus étiopathogéniques qui l’affectent, la maladie parodontale peut revêtir des aspects et des formes très variées. C’est ce qui fait de la parodontologie une science en perpétuel remaniement, nécessitant à chaque fois une classification actualisée, en harmonie avec les nouvelles connaissances acquises.
Pour l’étudiant en chirurgie dentaire, maîtriser ces classifications n’est pas un exercice académique : c’est la base du raisonnement clinique. Sans une classification rigoureuse, il est impossible de poser un diagnostic fiable, de choisir un plan de traitement adapté ou d’établir un pronostic éclairé.
Selon les données de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), les maladies parodontales sévères touchent environ 19 % de la population mondiale adulte, soit plus d’un milliard de personnes. En France, plus de 50 % des adultes présentent une forme de gingivite, et près d’un tiers sont atteints d’une parodontite. Ces chiffres soulignent l’importance cruciale d’un diagnostic précis et standardisé.
Pour approfondir vos connaissances au-delà de cet article, le Référentiel internat en parodontologie constitue une référence incontournable pour tout étudiant préparant l’internat ou souhaitant consolider ses bases cliniques.
Objectifs des Classifications Parodontales
L’objectif principal d’une classification est la caractérisation des maladies, et leur différenciation selon :
- l’étiologie
- leur histoire naturelle
- leur progression
- leur réponse aux traitements
Ainsi, après un examen clinique rigoureux, le clinicien peut poser un diagnostic correct et proposer un traitement adapté, assorti d’un pronostic.
Par ailleurs, les classifications fournissent aux chercheurs des critères standardisés qui rendent comparables les études réalisées par les différents centres de recherche à travers le monde. C’est ce qui explique le grand nombre d’investigateurs et d’auteurs ayant donné leur nom aux nombreuses classifications qui existent jusqu’à aujourd’hui.
Critères des Classifications Parodontales
Toute classification repose sur plusieurs critères fondamentaux qu’il est essentiel de comprendre avant d’aborder les classifications elles-mêmes.
1. Le Processus Pathologique
On distingue trois modes principaux :
Processus inflammatoire — Le plus fréquent en parodontologie. Il regroupe les gingivites (inflammation limitée à la gencive, sans perte d’attache) et les parodontites (inflammation étendue aux tissus parodontaux profonds, avec perte d’attache).
Processus dégénératif — Exemple classique : la parodontose. Il s’agit d’une dégénérescence progressive des tissus parodontaux, sans signe inflammatoire prédominant.
Processus tumoral — Moins fréquent, il inclut des lésions comme le fibrome gingival ou, plus rarement, le sarcome. Son diagnostic différentiel avec les accroissements gingivaux inflammatoires est essentiel.
2. La Lésion Élémentaire
Reconnaître la lésion élémentaire est une compétence clinique de base. Voici les principales lésions que vous rencontrerez :
L’érythème est un changement de couleur dû aux modifications vasculaires accompagnant le processus inflammatoire. La gencive saine est rose pâle et ferme ; une gencive érythémateuse est rouge vif, signe d’une inflammation active.
L’œdème correspond à l’augmentation du volume gingival faisant suite à la vasodilatation et à l’extravasation plasmatique. Il s’accompagne souvent d’une texture molle et brillante de la gencive.
La nécrose est une mortification tissulaire atteignant une partie de la gencive. Elle se présente sous la forme d’une plaque grisâtre recouvrant la papille interdentaire, caractéristique de la gingivite ulcéro-nécrotique (GUN).
La gangrène est une mortification tissulaire plus étendue, atteignant même l’os sous-jacent. C’est le stade le plus sévère, observé dans la parodontite ulcéro-nécrotique (PUN).
L’érosion est une perte de substance partielle se limitant à l’épithélium gingival, sans atteinte du tissu conjonctif sous-jacent.
L’ulcération représente une perte de substance totale intéressant tout l’épithélium. Contrairement à l’érosion, le tissu conjonctif est mis à nu.
La vésicule est un soulèvement hémisphérique de petit diamètre (< 5 mm) rempli de liquide clair. On la rencontre notamment dans les infections herpétiques.
La bulle est également un soulèvement rempli de liquide, mais dont le diamètre est supérieur à 5 mm. Elle est observée dans certaines dermatoses bulleuses à expression buccale (pemphigoïde cicatricielle, pemphigus).
L’hypertrophie est une augmentation excessive du volume gingival par augmentation de la taille des cellules existantes.
L’hyperplasie est une augmentation excessive du volume gingival par augmentation du nombre de cellules. Ces deux termes sont aujourd’hui regroupés sous le concept d’accroissement gingival.
3. Le Mode Évolutif
Quatre modes évolutifs caractérisent les maladies parodontales :
- Aigu : apparition soudaine, douloureux, de courte durée
- Chronique : installation lente, non douloureux, évoluant à bas bruit
- Sub-aigu : correspond au réchauffement du mode chronique
- Récidivant : réapparition de la maladie après traitement
4. Le Critère Anatomique
Selon le siège :
La gingivite peut être papillaire, papillaire et marginale, ou diffuse (papillaire-marginale-attachée).
La parodontite (alvéolyse) peut être superficielle, profonde ou terminale selon la quantité d’os alvéolaire perdue.
Selon l’étendue :
- Localisée : atteinte d’une dent ou d’un secteur
- Généralisée : atteinte diffuse de l’ensemble des dents
5. Le Critère Étiologique
Ce critère définit les étiologies incriminées dans le déclenchement et la progression de la maladie. La plaque bactérienne (biofilm) reste le facteur étiologique principal, mais les facteurs modificateurs (tabac, diabète, médicaments, stress) jouent un rôle déterminant dans la sévérité de la réponse tissulaire.
Historique : Les Anciennes Classifications
Avant d’aborder les classifications actuelles, il est important de connaître les grandes étapes historiques qui ont façonné notre compréhension des maladies parodontales.
Les Premières Classifications
Les plus anciennes comprennent les classifications de l’Association de Recherche sur les Parodontopathies (ARP), de Chaput et de Teccucianu. Ces classifications, bien que pionnières, manquaient de précision étiologique.
La Classification de Page et Schroeder (1982-1989)
Cette classification a introduit des entités distinctes selon l’âge d’apparition et la vitesse de progression :
- Parodontite prépubertaire
- Parodontite juvénile
- Parodontite à progression rapide
- Parodontite de l’adulte
- Gingivite/parodontite ulcéro-nécrotique
La Classification de l’AAP (American Academy of Periodontology, 1986)
L’Académie américaine de parodontologie a proposé une classification distinguant :
Parodontites juvéniles :
- Prépubertaire
- Juvénile localisée
- Juvénile généralisée
Autres formes :
- Parodontite de l’adulte
- Gingivite/parodontite ulcéro-nécrotique
- Parodontite réfractaire
La Classification du World Workshop in Clinical Periodontics (1989)
Cette classification a précisé les parodontites précoces en sous-groupes et introduit la notion de parodontite associée à des maladies systémiques :
- Parodontite de l’adulte
- Parodontites précoces (prépubertaire, juvénile localisée/généralisée, à progression rapide)
- Parodontite associée à des maladies systémiques
- Parodontite ulcéro-nécrotique
- Parodontite réfractaire
La Classification de Ranney (1992)
Ranney a proposé une vision simplifiée en trois grandes catégories :
- Parodontites de l’adulte (avec ou sans participation systémique)
- Parodontites précoces (localisée = juvénile ; généralisée = à progression rapide ; associées à des maladies systémiques)
- Parodontites ulcéro-nécrotiques (liées au VIH, à des troubles nutritionnels, ou d’origine non précisée)
Classifications Actuelles
La Classification de l’AAP selon Armitage (1999)
En 1999, Armitage a établi une nouvelle classification des maladies parodontales, issue d’un consensus mondial dégagé lors de l’atelier international de parodontologie de cette même année. Cette classification a constitué la référence pendant près de 20 ans.
Maladies Gingivales
A – Maladies gingivales liées à la plaque :
Gingivites associées à la plaque uniquement :
- Sans facteurs locaux favorisants
- Avec facteurs locaux favorisants
Maladies gingivales modifiées par les facteurs systémiques :
Associées au système endocrinien :
- Associée à la puberté
- Associée au cycle menstruel
- Associée au diabète
Associées aux dyscrasies du sang :
- Leucémie
- Maladies gingivales modifiées par les médicaments
- Maladies gingivales modifiées par la malnutrition (exemple : gingivite liée à la déficience en acide ascorbique)
B – Lésions gingivales non induites par la plaque :
- Maladies gingivales d’origine bactérienne spécifique (exemple : lésions associées au Tréponème pallidum)
- Maladies gingivales d’origine virale (exemple : infections herpétiques)
- Maladies gingivales d’origine fongique (exemple : infections à Candida albicans)
- Lésions gingivales d’origine génétique (exemple : fibromatose gingivale génétique)
- Manifestations gingivales des conditions systémiques :
- Désordres muco-cutanés (exemple : lichen plan)
- Réactions allergiques : aux matériaux de restauration dentaire (mercure, nickel, acrylique), aux dentifrices, bains de bouche, chewing-gums, aliments et additifs
- Lésions traumatiques : physique, chimique, thermique
- Réactions aux corps étrangers
- Non spécifiques
Parodontites
- Chronique : Localisée ou généralisée
- Agressive : Localisée ou généralisée
- Parodontites manifestations de maladies systémiques :
- Associées à des désordres hématologiques (neutropénie acquise, leucémie, autres)
- Associées à des désordres génétiques (neutropénie familiale et cyclique, syndrome de Down, syndrome d’adhésion leucocytaire, syndrome de Papillon-Lefèvre, syndrome de Chédiak-Higashi, histiocytose, maladie de stockage de glycogène, agranulocytose infantile génétique, syndrome de Cohen, syndrome d’Ehlers-Danlos, hypophosphatasie, autres)
Maladies Parodontales Nécrosantes
- Gingivite ulcéro-nécrotique (GUN)
- Parodontite ulcéro-nécrotique (PUN)
Abcès du Parodonte
- Abcès gingival
- Abcès parodontal
- Abcès péricoronnaire
Parodontites Associées aux Lésions Endodontiques
Les lésions endo-parodontales combinées constituent une entité à part, dont la prise en charge implique une coordination entre le traitement endodontique et le traitement parodontal.
Anomalies de Développement ou Acquises
- Facteurs dentaires localisés prédisposant à la gingivite ou à la parodontite (exemple : facteurs anatomiques dentaires)
- Anomalies muco-gingivales autour des dents : récessions gingivales, manque de gencive attachée, profondeur insuffisante du vestibule, position anormale du frein ou du muscle, excès gingival, couleur anormale
- Anomalies muco-gingivales des crêtes édentées : défaut horizontal et/ou vertical des crêtes, manque de tissu kératinisé, élargissement du tissu (crêtes flottantes)
- Trauma occlusal : primaire ou secondaire
La Nouvelle Classification AAP–EFP (Chicago, 2017) — La Référence Actuelle
Du 9 au 11 novembre 2017, s’est tenu un workshop parrainé conjointement par l’AAP et l’EFP (European Federation of Periodontology), permettant la mise en place d’une nouvelle classification qui fait aujourd’hui autorité dans le monde entier.
Cette classification introduit plusieurs concepts fondamentaux nouveaux, notamment la notion de santé parodontale comme entité clinique à part entière, et le système de stades et grades pour les parodontites.
Tableau Récapitulatif de la Classification 2017
| Conditions Parodontales | Catégories |
|---|---|
| Santé parodontale et maladies gingivales | Santé parodontale et santé gingivale / Gingivites induites par le biofilm dentaire / Maladies gingivales non induites par le biofilm |
| Parodontites | Maladies parodontales nécrosantes / Parodontites (stades I à IV, grades A à C) / Parodontites manifestation d’une maladie systémique |
| Autres pathologies affectant le parodonte | Maladies systémiques affectant les tissus parodontaux / Abcès parodontal et lésions endo-parodontales / Altérations muco-gingivales / Traumatisme occlusal / Facteurs liés à la dent et à la prothèse |
| Conditions Péri-implantaires | Catégories |
|---|---|
| Pathologies péri-implantaires | Santé péri-implantaire / Mucosite péri-implantaire / Péri-implantite / Déficiences des tissus (durs et mous) péri-implantaires |
Principales Formes Cliniques (Classification 2017)
Santé Parodontale
L’une des grandes innovations de la classification 2017 est la définition précise de la santé parodontale comme entité clinique à part entière.
Un parodonte intact est un parodonte sans perte d’attache clinique ni perte osseuse. Un parodonte réduit peut être observé dans deux situations différentes : chez un patient sans antécédents de parodontite (exemple : après élongation coronaire) et chez un patient avec antécédents de parodontite (après traitement et stabilisation).
La santé gingivale clinique est définie par moins de 10 % de sites présentant un saignement au sondage (BOP — Bleeding On Probing), sur des profondeurs de sondage ≤ 3 mm, que ce soit sur parodonte intact ou réduit.
En cas de parodonte réduit avec antécédent de maladie parodontale traitée avec succès, la définition de la santé autorise des profondeurs de sondage allant jusqu’à 4 mm (sans saignement au sondage).
La santé parodontale est également définie comme tout état exempt de maladie parodontale qui permet à un individu de fonctionner normalement et de ne subir aucune conséquence — mentale ou physique — résultant d’une maladie antérieure.
Chez les patients ayant présenté des parodontites, on distingue trois situations :
- Contrôlé : sain/stable
- En rémission : inflammation gingivale résiduelle
- Incontrôlable : parodontite récurrente/instable
Affections Gingivales (Classification 2017)
| Gingivite induite par le biofilm dentaire | Maladies gingivales non induites par le biofilm |
|---|---|
| Seulement associée au biofilm | Troubles génétiques/développementaux |
| Modifiée par des facteurs de risque locaux ou systémiques | Infections spécifiques |
| Accroissement gingival médicamenteux | Maladies inflammatoires et immunitaires |
| Processus réactionnels | |
| Néoplasmes | |
| Maladies endocriniennes, nutritionnelles et métaboliques | |
| Lésions traumatiques | |
| Pigmentations gingivales |
Facteurs prédisposants (facteurs de risque locaux) :
- Facteurs de rétention du biofilm dentaire (couronnes, appareils orthodontiques, etc.)
- Sécheresse buccale
Facteurs modifiants (facteurs de risque systémiques) :
- Tabagisme
- Hyperglycémie
- Faible teneur en micro-nutriments antioxydants (vitamine C)
- Prise de médicaments (immuno-modulateurs)
- Niveaux élevés d’hormones stéroïdiennes
- Troubles hématologiques (exemple : neutropénie)
La prévention des gingivites passe en grande partie par un brossage efficace et régulier. L’utilisation d’un bain de bouche adapté peut constituer un complément utile au brossage quotidien, comme le Listerine Total Care 0% alcool, une solution sans alcool offrant une protection élargie des gencives.
Diagnostic et Critères des Parodontites
Selon la nouvelle classification 2017, la parodontite est diagnostiquée lorsque l’on observe :
- Une perte d’attache interdentaire (de cause parodontale) sur au minimum 2 dents non adjacentes, ou
- Une perte d’attache vestibulaire/linguale ≥ 3 mm avec présence de poches > 3 mm, observée sur au minimum 2 dents
Une fois la parodontite diagnostiquée, il convient de déterminer les stades et les grades au niveau de la dent la plus touchée.
Classification des Parodontites par Stades
| Paramètre | Stade I | Stade II | Stade III | Stade IV |
|---|---|---|---|---|
| Perte d’attache interdentaire | 1 à 2 mm | 3 à 4 mm | ≥ 5 mm | ≥ 5 mm |
| Perte osseuse | Tiers coronaire (< 15 %) | Tiers coronaire (15 à 33 %) | S’étendant au-delà du tiers moyen de la racine | S’étendant au-delà du tiers moyen de la racine |
| Perte dentaire | Aucune due à la parodontite | ≤ 4 dents perdues | ≤ 4 dents perdues | ≥ 5 dents perdues |
| Profondeur de sondage max. | ≤ 4 mm | ≤ 5 mm | ≥ 6 mm | Variable |
| Perte osseuse verticale | Non | Non | ≥ 3 mm | ≥ 3 mm |
| Atteinte de furcation | Non | Non | Classe II ou III | Classe II ou III |
| Complexité | Faible | Modérée | Élevée | Très élevée |
Pour chaque stade, il faut préciser l’étendue :
- Localisée : < 30 % des dents atteintes
- Généralisée : ≥ 30 % des dents atteintes
Le stade IV se distingue du stade III par la nécessité d’une réhabilitation complexe incluant : dysfonction masticatoire, perte de la dimension verticale d’occlusion, trauma occlusal secondaire (hypermobilités, malpositions secondaires), défaut de crête sévère, ou moins de 20 dents restantes (10 paires en occlusion).
Classification des Parodontites par Grades
| Paramètre | Grade A (lent) | Grade B (modéré) | Grade C (rapide) |
|---|---|---|---|
| Evidence directe de progression (5 ans) | Absence de perte | < 2 mm | ≥ 2 mm |
| % perte osseuse / Âge | < 0,25 | 0,25 à 1 | > 1 |
| Phénotype | Dépôts épais, faible destruction | Destruction en rapport avec les dépôts | Destruction disproportionnée aux dépôts |
| Tabac | Non-fumeur | < 10 cigarettes/jour | ≥ 10 cigarettes/jour |
| Diabète | Normoglycémique | HbA1c < 7 % | HbA1c ≥ 7 % |
Parodontites Manifestations d’une Maladie Systémique
Maladies ayant un Impact Majeur sur le Parodonte
Troubles génétiques — Maladies associées à des troubles immunologiques :
- Syndrome de Down
- Syndrome de déficit d’adhésion leucocytaire
- Syndrome de Papillon-Lefèvre
- Syndrome de Haim-Munk
- Syndrome de Chédiak-Higashi
- Neutropénie sévère congénitale (syndrome de Kostmann) et cyclique
- Immunodéficience primaire
- Syndrome de Cohen
Maladies affectant la muqueuse orale et les tissus gingivaux :
- Épidermolyse bulleuse
- Déficit en plasminogène
Maladies du tissu conjonctif :
- Syndrome d’Ehlers-Danlos (types IV et VIII)
- Angiœdème avec déficit en C1 inhibiteur
- Lupus érythémateux
Maladies métaboliques et endocriniennes :
- Glycogénoses
- Maladie de Gaucher
- Hypophosphatasie
- Rachitisme hypophosphatémique
- Syndrome de Hadju-Cheney
Immunodéficience acquise :
- Neutropénie acquise
- Infection VIH
Maladies inflammatoires :
- Épidermolyse bulleuse acquise
- Maladies inflammatoires chroniques de l’intestin
Maladies et Consommations ayant un Impact Variable sur le Parodonte
- Obésité
- Ostéoporose
- Arthropathies (polyarthrite rhumatoïde)
- Stress émotionnel et dépression
- Médicaments
Maladies Systémiques Affectant les Tissus Parodontaux
Tumeurs néoplasiques :
- Tumeurs primaires des tissus parodontaux (exemple : carcinome épidermoïde oral)
- Métastases secondaires des tissus parodontaux
Autres maladies affectant les tissus parodontaux :
- Histiocytose à cellules de Langerhans
- Hyperparathyroïdie
- Sclérodermie systémique
Tableau Comparatif : Quelle Classification Choisir selon le Contexte ?
Pour aider à naviguer entre les différentes classifications, voici un tableau comparatif synthétique des trois grandes classifications qui ont marqué la parodontologie moderne.
| Critère | Classification AAP 1986 | Classification Armitage 1999 | Classification AAP/EFP 2017 |
|---|---|---|---|
| Entité « santé » | Non définie | Non définie | Définie précisément |
| Parodontite agressive | Parodontite juvénile | Parodontite agressive | Intégrée dans parodontite (grade C) |
| Système stades/grades | Absent | Absent | Présent (I à IV, A à C) |
| Péri-implantologie | Absente | Absente | Intégrée |
| Facteurs modificateurs | Partiellement intégrés | Intégrés | Pleinement intégrés |
| Utilisation actuelle | Historique | Référence 1999-2017 | Standard mondial actuel |
| Reproductibilité | Faible | Modérée | Élevée |
Erreurs Fréquentes à Éviter en Parodontologie Clinique et Diagnostique
1. Confondre Gingivite et Parodontite
L’erreur : Traiter toute inflammation gingivale comme une gingivite simple, sans réaliser un sondage parodontal complet.
Pourquoi c’est problématique : La parodontite se développe souvent silencieusement. Sans sondage systématique, une perte d’attache significative peut passer inaperçue pendant des années, rendant le pronostic plus sombre.
La bonne pratique : Réaliser systématiquement un sondage parodontal à 6 points par dent lors de chaque bilan parodontal, même en cas de gingivite apparemment simple.
2. Omettre la Recherche des Facteurs Modificateurs
L’erreur : Se concentrer uniquement sur le biofilm sans interroger le patient sur son statut tabagique, son équilibre glycémique ou ses médicaments en cours.
Pourquoi c’est problématique : Un diabète mal équilibré (HbA1c ≥ 7 %) ou un tabagisme actif (≥ 10 cigarettes/jour) modifie le grade de la parodontite et conditionne directement le pronostic. Négliger ces facteurs conduit à un traitement inadapté.
La bonne pratique : Inclure systématiquement dans l’anamnèse un questionnaire sur les facteurs de risque systémiques, et adapter le plan de traitement en conséquence.
3. Appliquer les Anciennes Classifications en Pratique Courante
L’erreur : Continuer à utiliser les termes « parodontite agressive » ou « parodontite chronique » (classification 1999) dans les comptes rendus cliniques ou lors des discussions de cas.
Pourquoi c’est problématique : Depuis 2017, ces entités ont été supprimées et remplacées par le système stades/grades. Leur usage crée des incompréhensions dans les échanges professionnels et peut nuire à la coordination des soins.
La bonne pratique : Adopter la terminologie de la classification 2017 : « Parodontite stade III, grade B, généralisée ». Cette formulation est précise, universellement compréhensible et pronostique.
4. Ne Pas Définir la Santé Parodontale sur Parodonte Réduit
L’erreur : Considérer qu’un patient traité pour parodontite ne peut jamais être en « santé parodontale » puisqu’il présente une perte d’attache permanente.
Pourquoi c’est problématique : La classification 2017 reconnaît explicitement la santé sur parodonte réduit. Ne pas l’identifier empêche de conclure à la stabilisation du patient et de lui communiquer une information positive sur son état.
La bonne pratique : Évaluer la santé parodontale avec les critères adaptés au parodonte réduit (BOP < 10 %, profondeurs de sondage ≤ 4 mm sans saignement, stabilité radiographique), et documenter la stabilisation dans le dossier.
5. Confondre Érosion et Ulcération
L’erreur : Documenter une ulcération gingivale sans distinguer si la perte de substance est partielle (érosion = atteinte de l’épithélium uniquement) ou totale (ulcération = atteinte de tout l’épithélium).
Pourquoi c’est problématique : Cette distinction a des implications diagnostiques et thérapeutiques majeures. Une ulcération persistante peut être le signe d’une pathologie sérieuse (carcinome, maladie de Crohn) nécessitant une biopsie.
La bonne pratique : Décrire précisément la lésion élémentaire — profondeur, bords, fond, douleur, évolution — et ne pas hésiter à adresser pour biopsie toute ulcération persistant au-delà de 3 semaines sans cause évidente.
6. Négliger le Bilan Radiographique dans la Détermination du Stade
L’erreur : Évaluer le stade de la parodontite uniquement sur les données cliniques (sondage, BOP) sans bilan radiographique adapté.
Pourquoi c’est problématique : La perte osseuse, l’atteinte de furcation ou la perte osseuse verticale — paramètres déterminants pour les stades III et IV — ne peuvent être correctement évaluées sans radiographies rétroalvéolaires ou panoramique de qualité.
La bonne pratique : Toujours coupler l’examen clinique parodontal à un bilan radiographique adapté (rétroalvéolaires de préférence pour l’analyse de la perte osseuse interdentaire).
Cas Cliniques Commentés
Cas Clinique 1 : Gingivite Modifiée par le Diabète
Présentation du patient : M. H., 52 ans, diabétique de type 2 depuis 8 ans (HbA1c = 8,2 %), fumeur modéré (5 cigarettes/jour). Il consulte pour saignements gingivaux répétés malgré un brossage biquotidien. Il signale également une sécheresse buccale.
Problématique identifiée : L’examen clinique révèle une gingivite diffuse avec BOP à 68 %, une texture gingivale œdématiée et une couleur rouge vif. Le sondage ne montre pas de perte d’attache. Le bilan radiographique ne révèle pas de perte osseuse. Diagnostic : gingivite induite par le biofilm, modifiée par le diabète (HbA1c élevé).
Prise en charge : Détartrage-surfaçage radiculaire complet sous anesthésie locale, motivation à l’hygiène renforcée avec instructions personnalisées, coordination avec le médecin traitant pour optimiser l’équilibre glycémique. L’objectif d’HbA1c < 7 % est fixé conjointement. Un dentifrice adapté aux gencives sensibles comme le Sensodyne Sensibilité & Gencives est conseillé pour le quotidien.
Évolution attendue : Réduction significative du BOP à < 20 % en 6 à 8 semaines si l’équilibre glycémique s’améliore. Le patient est revu tous les 3 mois en maintenance parodontale tant que le diabète reste mal équilibré.
Point clé pédagogique : La gingivite ne génère pas de perte d’attache, mais sa sévérité est directement amplifiée par l’hyperglycémie chronique. La prise en charge est multidisciplinaire.
Cas Clinique 2 : Parodontite Stade III, Grade C, Généralisée
Présentation du patient : Mme S., 38 ans, non diabétique, fumeuse (15 cigarettes/jour). Elle consulte pour une mobilité dentaire d’apparition récente et une «gencive qui descend» sur plusieurs dents. Elle n’a jamais bénéficié de soins parodontaux.
Problématique identifiée : Le sondage révèle des poches parodontales de 6 à 9 mm en plusieurs sites, avec des pertes d’attache interdentaires ≥ 5 mm sur plus de 30 % des dents. Le bilan radiographique montre une perte osseuse atteignant le tiers médian de plusieurs racines, avec des lésions verticales ≥ 3 mm. Deux dents présentent une atteinte de furcation de classe III. Diagnostic : Parodontite stade III, grade C (tabagisme ≥ 10 cigarettes/jour, destruction disproportionnée aux dépôts), généralisée.
Prise en charge : Phase hygiénique intensive avec détartrage-surfaçage radiculaire, motivation et accompagnement à l’arrêt du tabac. Réévaluation à 8 semaines. En l’absence de réponse suffisante sur certains sites, une approche chirurgicale (lambeau de Widman modifié) sera discutée. Un hydropulseur comme le Waterpik Ultra WF-660EU est recommandé pour compléter l’hygiène interdentaire, particulièrement utile sur les poches résiduelles.
Évolution attendue : Réduction des profondeurs de sondage de 1 à 2 mm après traitement non chirurgical. La stabilisation à long terme est conditionnée par l’arrêt du tabac.
Point clé pédagogique : Chez un sujet jeune avec une destruction sévère, le grade C doit alerter sur l’importance des facteurs modificateurs (ici le tabac). La prise en charge du tabagisme est un acte thérapeutique à part entière.
Cas Clinique 3 : Gingivite Ulcéro-Nécrotique (GUN)
Présentation du patient : M. T., 24 ans, étudiant en période d’examens, fumeur occasionnel, dormant peu. Il consulte en urgence pour des douleurs gingivales intenses apparues brutalement 48 heures auparavant, accompagnées d’une haleine fétide et de fièvre légère (38 °C).
Problématique identifiée : L’examen clinique révèle des papilles interdentaires nécrosées et décapitées, recouvertes d’un enduit grisâtre pseudo-membraneux. Saignement spontané au moindre contact. Absence de perte d’attache. Diagnostic : Gingivite ulcéro-nécrotique (GUN) — forme aiguë, douloureuse, à ne pas confondre avec une parodontite.
Prise en charge : Détartrage doux sur les sites accessibles sous couverture d’antiseptiques locaux (bain de bouche à la chlorhexidine). Prescription d’antalgiques et, si signes systémiques marqués, d’amoxicilline 2 g/jour pendant 5 jours. Repos, hydratation, alimentation molle. Conseils hygiène adaptés à la douleur (brosse à poils souples). Réévaluation à 48-72 heures.
Évolution attendue : Régression rapide en 5 à 7 jours si traitement bien conduit. Un traitement parodontal complet sera réalisé à distance de l’épisode aigu pour éviter la récidive.
Point clé pédagogique : La GUN est une urgence parodontale. Elle est favorisée par le stress, le manque de sommeil et le tabac. Chez un patient immunodéprimé, une GUN peut évoluer en PUN (parodontite ulcéro-nécrotique) avec destruction osseuse — il faut toujours rechercher une immunodépression sous-jacente.
Foire Aux Questions (FAQ)
Quelle est la différence entre une gingivite et une parodontite ?
La gingivite est une inflammation réversible limitée à la gencive, sans perte d’attache ni perte osseuse. Si elle est correctement traitée (hygiène, détartrage), le parodonte retrouve sa santé. La parodontite, en revanche, implique une perte d’attache clinique et une perte osseuse alvéolaire irréversibles. Le diagnostic différentiel repose sur le sondage parodontal : une poche vraie (avec perte d’attache) signe la parodontite.
Qu’est-ce que le BOP (Bleeding On Probing) et pourquoi est-il important ?
Le BOP (saignement au sondage) est un indicateur de l’inflammation gingivale active. Un BOP ≥ 10 % traduit une gingivite cliniquement significative. Dans la classification 2017, le BOP < 10 % est l’un des critères de la santé gingivale clinique. C’est un paramètre simple, reproductible, et indispensable dans tout bilan parodontal.
Comment déterminer le stade et le grade d’une parodontite ?
Le stade est déterminé par la sévérité de la destruction tissulaire : perte d’attache interdentaire, profondeur de sondage maximale, perte osseuse radiographique, atteinte de furcation et perte dentaire. Le grade évalue la vitesse de progression et les facteurs modificateurs (tabac, diabète). On commence toujours par déterminer le stade sur la dent la plus touchée, puis on ajuste le grade selon les données longitudinales et les facteurs de risque.
La parodontite peut-elle guérir complètement ?
Non, la perte d’attache et la perte osseuse sont irréversibles. En revanche, la parodontite peut être stabilisée : on parle alors de santé parodontale sur parodonte réduit. Cette stabilisation est atteignable chez la grande majorité des patients avec un traitement bien conduit et une maintenance rigoureuse. L’objectif est d’arrêter la progression et de préserver le capital dentaire restant.
Quelles sont les maladies systémiques les plus associées aux parodontites ?
Le diabète de type 2 est la comorbidité la mieux documentée : la relation est bidirectionnelle (le diabète aggrave la parodontite et la parodontite non traitée aggrave l’équilibre glycémique). D’autres associations ont été décrites avec les maladies cardiovasculaires, l’accouchement prématuré, la polyarthrite rhumatoïde et les maladies respiratoires chroniques. Ces liens justifient une approche médicale globale du patient parodontal.
Qu’est-ce que la parodontite ulcéro-nécrotique (PUN) ?
La PUN est une forme sévère et rare de maladie parodontale nécrosante, se distinguant de la GUN par l’atteinte des structures parodontales profondes (ligament, os). Elle est souvent associée à une immunodépression sévère (VIH, malnutrition sévère, chimiothérapie). Son pronostic est réservé et nécessite une prise en charge urgente et multidisciplinaire.
Comment se déroule le sondage parodontal en pratique ?
Le sondage parodontal consiste à introduire une sonde parodontale calibrée dans le sulcus gingival ou la poche parodontale selon 6 points par dent (vestibulaire : mésiojugal, milieu, distojugal ; palatin/lingual : même ordre). On mesure la profondeur de sondage (distance bord libre de la gencive — fond de la poche) et le niveau d’attache clinique (distance jonction émail-cément — fond de la poche). La présence ou l’absence de saignement après sondage est notée.
Existe-t-il une différence entre la classification 1999 et celle de 2017 pour la pratique quotidienne ?
Oui, la différence est majeure. La classification 2017 supprime les entités « parodontite chronique » et « parodontite agressive » et les remplace par un système de stades (I à IV) et de grades (A à C) plus précis, pronostique et reproductible. Elle intègre également les maladies péri-implantaires et définit formellement la santé parodontale. Pour tout étudiant ou praticien, la maîtrise de la classification 2017 est désormais indispensable.
Conclusion et Points Clés à Retenir
La classification des maladies parodontales est une discipline vivante, en constante évolution au gré des avancées scientifiques. Pour l’étudiant en chirurgie dentaire, quelques points essentiels doivent être fermement ancrés :
La classification AAP/EFP 2017 est le standard mondial actuel. Elle repose sur une évaluation rigoureuse des stades (sévérité) et des grades (vitesse de progression), et intègre pleinement les facteurs modificateurs systémiques.
La gingivite et la parodontite sont deux entités fondamentalement distinctes : l’une réversible, l’autre irréversible. Leur diagnostic différentiel repose sur le sondage parodontal.
La santé parodontale est désormais une entité clinique à part entière, qui peut exister sur un parodonte réduit — notion clé pour le suivi des patients traités.
Les facteurs modificateurs (tabac, diabète, médicaments, stress) ne sont pas des épiphénomènes : ils conditionnent le grade de la parodontite et le pronostic à long terme.
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