Les Fonctions Oro-Faciales : Odontologie
Introduction : Comprendre l’Importance des Fonctions Oro-Faciales
La sphère oro-faciale représente bien plus qu’un simple ensemble de structures anatomiques. Elle constitue un système complexe et finement orchestré qui gouverne plusieurs fonctions vitales et sociales essentielles à notre existence.
Ces fonctions – déglutition, ventilation, mastication, phonation et mimique – débutent dès la vie intra-utérine et persistent tout au long de notre vie. Leur coordination harmonieuse influence non seulement la santé buccale, mais également l’esthétique faciale, le bien-être général et même notre intégration sociale.
Pour les étudiants en odontologie, maîtriser ces concepts est fondamental. Toute anomalie fonctionnelle peut entraîner des dysmorphoses osseuses et alvéolo-dentaires, affectant profondément le développement du massif facial. Comprendre ces mécanismes permet d’anticiper, diagnostiquer et traiter efficacement les dysfonctions avant qu’elles n’engendrent des conséquences irréversibles.
Cet article explore en profondeur ces cinq fonctions oro-faciales essentielles, en détaillant leur physiologie, leurs mécanismes précis, et leur importance capitale en orthopédie dento-faciale (ODF).

1. La Déglutition : Bien Plus qu’un Simple Réflexe
Définition et Importance Clinique
La déglutition constitue l’acte physiologique permettant de propulser le contenu buccal de la bouche vers l’estomac, généralement à la suite de la mastication. Cette fonction, apparemment simple, se révèle d’une complexité remarquable.
Voici quelques données fascinantes sur la déglutition :
- Fréquence quotidienne : 500 à 1200 déglutitions par jour chez l’adulte
- Durée d’un cycle : Environ 1 seconde
- Volume dégluti : 1 à 2 litres de salive par jour
Cette fonction essentielle joue un rôle déterminant non seulement dans l’alimentation et la digestion, mais aussi dans le développement harmonieux des structures oro-faciales. Une déglutition dysfonctionnelle peut entraîner des malpositions dentaires significatives ou des déformations squelettiques, particulièrement chez les jeunes patients en pleine croissance.
Le Mécanisme Complexe de la Déglutition
La déglutition nécessite une coordination précise entre plusieurs structures anatomiques. Ce processus sophistiqué implique cinq actions simultanées :
Les cinq composantes essentielles :
- Arrêt temporaire de la respiration : Protection contre l’aspiration du bol alimentaire
- Rapprochement des lèvres : Contraction de l’orbiculaire des lèvres assurant l’étanchéité buccale
- Élévation du voile du palais : Fermeture du passage vers le rhinopharynx
- Abaissement de l’épiglotte : Protection des voies respiratoires
- Ouverture du sphincter œsophagien : Passage du bol alimentaire vers l’œsophage
Les Trois Phases de la Déglutition
La déglutition se décompose en trois temps distincts, chacun ayant ses propres caractéristiques :
Phase 1 – Temps Buccal (Volontaire)
Cette phase initiale peut être interrompue à tout moment selon notre volonté. Le bol alimentaire se positionne stratégiquement entre la langue et la partie antérieure du palais.
L’orbiculaire des lèvres se contracte pour créer une fermeture hermétique de la bouche. Simultanément, le muscle temporal postérieur stabilise la mandibule, immobilisant tout mouvement parasite.
Phase 2 – Temps Pharyngien (Involontaire)
Cette phase échappe totalement à notre contrôle conscient. L’épiglotte s’abaisse tandis que la glotte trachéale se ferme hermétiquement.
Une onde péristaltique pharyngée se déclenche alors, propulsant le bol alimentaire vers l’œsophage avec une efficacité remarquable. Cette phase dure environ 0,5 à 1 seconde.
Phase 3 – Temps Œsophagien (Involontaire)
Dernière étape du processus, elle implique une onde péristaltique œsophagienne qui conduit le bol alimentaire jusqu’à l’estomac. Le sphincter œsophagien se referme ensuite, empêchant tout reflux gastrique.
Les Trois Types de Déglutition selon l’Âge
L’évolution de la déglutition accompagne notre développement physiologique :
Déglutition Fœtale
Observée in utero dès la 12ème semaine de gestation, elle joue un rôle crucial dans le développement des réflexes oro-faciaux. Le fœtus déglutit quotidiennement plusieurs centaines de millilitres de liquide amniotique.
Succion-Déglutition du Nourrisson
Caractérisée par une coordination parfaite entre succion et déglutition, elle est typique des nouveau-nés. La langue adopte une position basse et antérieure, permettant une tétée efficace.
Déglutition “Arcades en Contact”
Elle devient la norme après la maturation des dents temporaires, généralement vers 2-3 ans. Cette déglutition mature implique un contact des arcades dentaires et une position linguale plus postérieure.
Implications Cruciales en Orthopédie Dento-Faciale
En ODF, l’analyse de la déglutition constitue un pilier diagnostique fondamental. Les anomalies telles que la déglutition atypique – notamment l’interposition linguale entre les arcades – peuvent engendrer :
- Béances antérieures ou latérales
- Malocclusions de classe II ou III
- Déformations du palais (palais ogival)
- Proalvéolie supérieure ou inférieure
Une analyse fonctionnelle précoce permet d’intervenir rapidement pour corriger ces dysfonctions, favorisant ainsi un développement harmonieux du massif facial. L’approche thérapeutique peut inclure une rééducation orthophonique, l’utilisation d’appareils fonctionnels, ou une combinaison des deux.

2. La Ventilation : Respirer pour Grandir Harmonieusement
Anatomie et Rôle Physiologique de la Ventilation
La ventilation désigne l’ensemble des mécanismes assurant les échanges gazeux entre le milieu extérieur et le milieu intérieur. Cette fonction vitale garantit l’oxygénation optimale des tissus et l’élimination efficace du dioxyde de carbone.
Données physiologiques clés :
- Fréquence respiratoire au repos : 12-20 cycles/minute chez l’adulte
- Volume courant : 500 ml d’air par inspiration normale
- Capacité pulmonaire totale : 5-6 litres chez l’adulte
L’appareil respiratoire se divise en deux régions anatomiques distinctes, chacune jouant un rôle spécifique.
Voies Aériennes Supérieures (Extra-thoraciques)
Le Nez et les Fosses Nasales
Ces structures constituent la porte d’entrée physiologique de l’air inspiré. Elles assurent trois fonctions essentielles :
- Filtration : Les vibrisses et le mucus capturent les particules et agents pathogènes
- Réchauffement : L’air est porté à 37°C avant d’atteindre les poumons
- Humidification : La muqueuse nasale enrichit l’air en vapeur d’eau
La Bouche : Voie de Secours
En cas d’obstruction nasale, la bouche prend le relais. Cependant, cette respiration buccale chronique s’avère pathologique et peut entraîner des conséquences délétères sur la croissance faciale.
Le Pharynx
Ce carrefour aéro-digestif stratégique relie les fosses nasales et la bouche au larynx. Il mesure environ 14 cm de long et se divise en trois parties : nasopharynx, oropharynx et laryngopharynx.
Le Larynx
Situé à hauteur des vertèbres C3-C6, il régule le passage de l’air et protège les voies respiratoires lors de la déglutition. Il abrite également les cordes vocales, essentielles à la phonation.
Voies Aériennes Inférieures (Intra-thoraciques)
La Trachée
Ce conduit cartilagineux de 10-12 cm conduit l’air vers les poumons. Sa structure en anneaux cartilagineux maintient sa perméabilité permanente.
Bronches et Bronchioles
Elles forment un arbre bronchique qui distribue l’air dans les différents lobes pulmonaires. On dénombre 23 générations de ramifications avant d’atteindre les alvéoles.
Alvéoles Pulmonaires
Ces petits sacs aériens (300 millions par poumon) constituent le site des échanges gazeux. Leur surface totale atteint 70 m², soit la superficie d’un court de tennis !
Physiologie de la Respiration Nasale
La respiration nasale représente la voie physiologique normale et optimale. Lors de l’inspiration, l’air pénètre par les narines où il subit un conditionnement minutieux.
Le parcours de l’air inspiré :
- Passage narinaire : Filtration par les vibrisses
- Traversée du vestibule nasal : Freinage du flux aérien
- Contact avec les cornets : Réchauffement et humidification
- Passage par les choanes : Entrée dans le rhinopharynx
- Descente laryngo-trachéale : Acheminement vers les poumons
Pendant la phase pharyngienne, le voile du palais entre en contact avec la base de la langue, formant un verrouillage postérieur qui empêche l’air de pénétrer dans la cavité buccale. Ce mécanisme garantit une respiration exclusivement nasale.
Mécanisme Détaillé de la Ventilation Nasale
Les Structures Régulatrices
Narines et Valvules Narinaires
Ces structures mobiles contrôlent finement le débit d’air inspiré. Elles peuvent se dilater ou se contracter selon les besoins respiratoires.
Vestibule Nasal
Zone de transition entre l’extérieur et les fosses nasales proprement dites, il freine le flux aérien pour permettre son conditionnement optimal.
Fente Vestibulo-Nasale
Cette région stratégique régule précisément la quantité d’air inspiré, agissant comme un véritable régulateur de débit.
Cornets Nasaux
Ces structures osseuses recouvertes d’une muqueuse richement vascularisée génèrent des tourbillons aériens. Ces turbulences favorisent les échanges thermiques et hygrométriques, tout en stimulant le développement des sinus maxillaires.
Choanes et Rhinopharynx
Ces structures postérieures conduisent l’air conditionné vers la trachée. Une petite fraction de l’air atteint la lame criblée de l’ethmoïde, permettant l’olfaction.
La Respiration Buccale : Un Syndrome Pathologique
Dans des conditions normales, les muscles oro-faciaux restent au repos pendant la respiration, minimisant leur impact sur les structures faciales. Cependant, une respiration buccale chronique engendre des conséquences majeures.
Causes de la respiration buccale :
- Hypertrophie des végétations adénoïdes (40% des cas)
- Hypertrophie amygdalienne
- Rhinite allergique chronique
- Déviation septale
- Obstruction nasale anatomique
Conséquences morphologiques :
- Palais ogival (voûte palatine étroite et haute)
- Face longue et étroite (syndrome de la face longue)
- Incompétence labiale
- Malocclusion de classe II
- Rétrognathie mandibulaire
- Hypotonie musculaire oro-faciale
Importance Capitale en ODF
En orthopédie dento-faciale, la ventilation buccale constitue une préoccupation majeure. Elle peut modifier profondément la position de la langue et des lèvres, influençant directement la croissance des arcades dentaires et du massif facial.
Une évaluation systématique de la fonction ventilatoire s’impose donc dans tout bilan orthodontique. Cette évaluation peut inclure :
- Examen clinique de la perméabilité nasale
- Analyse de la posture labiale au repos
- Étude céphalométrique des voies aériennes supérieures
- Collaboration avec un ORL si nécessaire
L’identification précoce d’une respiration buccale permet une prise en charge multidisciplinaire (orthodontiste, ORL, kinésithérapeute, orthophoniste) pour rétablir une ventilation nasale physiologique et prévenir les dysmorphoses faciales.
Pour approfondir vos connaissances sur l’orthopédie dento-faciale et ses applications cliniques, le Guide clinique d’odontologie constitue une référence incontournable pour les étudiants en dentaire.

3. La Mastication : L’Art de Broyer pour Mieux Digérer
Définition et Rôle Physiologique
La mastication représente la première étape cruciale de la digestion. Elle consiste à fragmenter et broyer méthodiquement les aliments entre les arcades dentaires grâce à des mouvements mandibulaires rythmiques et coordonnés.
Ce processus biomécanique complexe s’effectue dans les trois plans de l’espace et nécessite une coordination parfaite entre plusieurs structures :
- Mouvements mandibulaires (élévation, abaissement, propulsion, rétropulsion, latéralité)
- Mouvements linguaux (formation et contrôle du bol alimentaire)
- Action des joues (maintien latéral des aliments)
- Contrôle labial (étanchéité antérieure)
Données quantitatives importantes :
- Nombre de cycles masticatoires : 20-40 cycles pour un aliment standard
- Force masticatoire moyenne : 200-300 N chez l’adulte
- Force masticatoire maximale : Jusqu’à 700 N au niveau des molaires
Maturation Progressive de la Mastication
La mastication mature ne s’installe pas instantanément. Son développement suit un processus graduel étroitement lié à la maturation du système stomatognathique.
Chronologie du développement masticatoire :
Phase 1 – Nourrisson (0-6 mois)
Succion exclusive. Aucune mastication véritable n’est possible en l’absence de dents.
Phase 2 – Début de Dentition (6-12 mois)
Apparition des premières incisives temporaires. Début des mouvements de mastication primitifs, encore maladroits et peu efficaces.
Phase 3 – Établissement des Clés Occlusales (2-3 ans)
Éruption complète des dents temporaires. Mise en place des premières clés occlusales permettant une mastication fonctionnelle.
Les afférences proprioceptives desmodontales jouent un rôle déterminant dans l’apprentissage de la mastication. Ces récepteurs sensoriels informent le système nerveux central sur :
- La position des dents
- Les forces appliquées
- La texture des aliments
- Les interférences occlusales
Phase 4 – Stabilisation (4-5 ans)
Vers 4 à 5 ans, ou lors de la mise en occlusion des premières molaires permanentes, le type masticateur devient stable et parfaitement coordonné. Cette phase marque l’acquisition d’une mastication mature.
Les Trois Types de Mastication
Selon la position de l’aliment et les habitudes individuelles, on distingue trois modes masticatoires principaux :
1. Mastication Unilatérale Alternée (Type I)
Fréquence : 80% des individus selon les études de Posselt
Ce type représente la norme physiologique. L’aliment est broyé alternativement du côté gauche puis du côté droit, assurant :
- Une sollicitation équilibrée de l’appareil manducateur
- Une usure dentaire symétrique
- Un développement harmonieux des ATM
- Une stimulation équilibrée des muscles masticateurs
2. Mastication Unilatérale Stricte (Type II)
Fréquence : 12% des cas
Le même côté est utilisé de manière dominante et quasi-exclusive. Cette préférence latérale peut résulter de :
- Douleurs articulaires ou musculaires controlatérales
- Anomalies occlusales
- Habitudes acquises
- Présence de caries ou prothèses inconfortables du côté opposé
Ce type masticatoire peut entraîner des asymétries faciales à long terme.
3. Mastication Bilatérale Simultanée (Type III)
Fréquence : 8% des cas
Les deux côtés travaillent simultanément. Ce mode est moins efficace mécaniquement et se rencontre souvent chez les patients présentant des troubles de la coordination neuromusculaire.
Physiologie Biomécanique de la Mastication
Le cycle masticatoire se définit par le déplacement tridimensionnel du point incisif inférieur (PII) dans l’espace. Chaque cycle débute lorsque le PII revient à sa position de référence et se répète jusqu’à obtention d’un bol alimentaire homogène, prêt à être dégluti.
Décomposition d’un cycle masticatoire :
Phase d’Ouverture (Opening Phase)
Le PII s’éloigne du point incisif supérieur par abaissement mandibulaire. Cette phase dure environ 0,3-0,4 secondes.
Phase de Fermeture (Closing Phase)
Subdivisée en deux sous-phases :
- Fermeture rapide : Rapprochement des arcades sans contact dentaire
- Fermeture lente : Contact initial puis intercuspidation maximale avec broyage de l’aliment
Phase d’Occlusion (Occlusal Phase)
Les dents sont en contact intime. C’est pendant cette phase que s’exerce la force masticatoire maximale, permettant le broyage effectif de l’aliment.
Variabilité du Cycle Masticatoire
La variabilité des cycles dépend de multiples facteurs :
Facteurs Individuels
- Âge du patient
- Tonicité musculaire
- Coordination neuromusculaire
- État dentaire et parodontal
- Santé des ATM
Facteurs Alimentaires
- Dureté de l’aliment (un steak nécessite plus de cycles qu’une banane)
- Texture (fibreuse, croquante, molle)
- Température
- Taille des morceaux
Facteurs Occlusaux
- Qualité des contacts dentaires
- Présence d’interférences
- État des restaurations prothétiques
Impact Majeur en ODF
Une mastication dysfonctionnelle peut avoir des répercussions significatives sur le développement cranio-facial.
Conséquences d’une mastication unilatérale persistante :
- Asymétrie de développement mandibulaire
- Déviation de la ligne médiane dentaire
- Asymétrie musculaire (hypertrophie du côté actif)
- Asymétrie des condyles mandibulaires
- Usure dentaire asymétrique
- Troubles articulaires (ATM)
En ODF, l’analyse minutieuse des mouvements masticatoires permet :
- D’identifier les anomalies occlusales responsables
- De détecter les habitudes masticatoires pathologiques
- De planifier des traitements rééquilibrant la fonction
- D’évaluer l’efficacité des corrections thérapeutiques
Des outils comme l’électromyographie (EMG) des muscles masticateurs ou l’enregistrement cinématographique des mouvements mandibulaires peuvent compléter l’examen clinique classique.

4. La Phonation : Communiquer par les Sons
Définition et Importance Sociale
La phonation constitue une fonction de communication sophistiquée permettant la production de sons audibles et compréhensibles. Elle représente l’une des capacités les plus remarquables de l’espèce humaine, nous distinguant fondamentalement des autres primates.
Cette fonction repose sur une coordination extrêmement précise de multiples structures anatomiques :
- Poumons : Source de l’air expiré (carburant)
- Larynx : Générateur du son primaire (moteur)
- Cavités résonnantes : Modificateurs acoustiques (caisse de résonance)
- Muscles oro-faciaux : Articulateurs (modeleurs du son)
Données acoustiques fascinantes :
- Fréquence fondamentale de la voix : 80-180 Hz chez l’homme, 150-250 Hz chez la femme
- Nombre de phonèmes en français : 36 (16 voyelles et 20 consonnes)
- Vitesse d’élocution moyenne : 150-180 mots par minute
Mécanisme Physiologique de la Phonation
La phonation résulte d’une cascade d’événements physiologiques parfaitement orchestrés.
Étape 1 – Production du Souffle
Les poumons expulsent l’air sous pression contrôlée. Le diaphragme et les muscles intercostaux régulent finement le débit et la pression de l’air expiré.
Étape 2 – Génération du Son Primaire
L’air traverse la fente laryngée (glotte) où les cordes vocales vibrent à une fréquence déterminée. Cette vibration génère un son glottique primaire, encore brut et non articulé.
La fréquence vibratoire des cordes vocales détermine la hauteur du son :
- Cordes tendues et étirées → sons aigus
- Cordes relâchées et courtes → sons graves
Étape 3 – Modification Acoustique
Le son primaire traverse ensuite les cavités résonnantes (pharynx, bouche, fosses nasales) qui agissent comme des filtres acoustiques. Ces cavités amplifient certaines fréquences et en atténuent d’autres, créant le timbre unique de chaque voix.
Étape 4 – Articulation Finale
Les muscles oro-faciaux (langue, lèvres, voile du palais, mandibule) modèlent l’air expiré pour produire des phonèmes distincts et reconnaissables.
Production des Voyelles
Les voyelles sont des phonèmes vocaliques caractérisés par une libre circulation de l’air expiré, sans obstruction majeure.
Caractéristiques articulatoires des voyelles :
- Position labiale : Ouverture variable de la fente labiale
- Position dentaire : Arcades séparées de 2-5 mm selon la voyelle
- Position linguale : Langue au repos sur le plancher buccal
- Contact incisif : Pointe de la langue touchant légèrement les incisives inférieures, sans pression excessive
Classification des voyelles françaises :
Selon l’aperture (degré d’ouverture buccale) :
- Fermées : /i/, /y/, /u/
- Mi-fermées : /e/, /ø/, /o/
- Mi-ouvertes : /ɛ/, /œ/, /ɔ/
- Ouvertes : /a/, /ɑ/
Selon la position linguale :
- Antérieures : /i/, /e/, /ɛ/, /a/
- Centrales : /y/, /ø/, /œ/
- Postérieures : /u/, /o/, /ɔ/, /ɑ/
Production des Consonnes : Une Symphonie Articulatoire
Les consonnes résultent de l’activité musculaire coordonnée de la langue, des lèvres, du voile du palais et des muscles mandibulaires. Elles se caractérisent par une obstruction ou un rétrécissement du conduit vocal.
Classification des consonnes selon le mode articulatoire :
Consonnes Explosives (Occlusives)
Elles résultent d’une ouverture brusque du conduit pharyngo-buccal après une occlusion complète.
Mécanisme de production :
- Occlusion complète du conduit vocal
- Accumulation de pression d’air en arrière de l’occlusion
- Relâchement soudain créant une “explosion” sonore
Exemples français :
- /p/ : Bilabiale sourde (papa)
- /b/ : Bilabiale sonore (bébé)
- /t/ : Alvéolaire sourde (tarte)
- /d/ : Alvéolaire sonore (dodo)
- /k/ : Vélaire sourde (cacao)
- /g/ : Vélaire sonore (gaga)
Consonnes Continues (Fricatives)
Elles impliquent un écoulement d’air freiné mais continu à travers un rétrécissement du conduit vocal.
Exemples français :
- /f/ : Labio-dentale sourde (fée)
- /v/ : Labio-dentale sonore (vélo)
- /s/ : Alvéolaire sourde (serpent)
- /z/ : Alvéolaire sonore (zèbre)
- /ʃ/ : Post-alvéolaire sourde (chat)
- /ʒ/ : Post-alvéolaire sonore (jardin)
Consonnes Sonores vs Sourdes
Cette distinction repose sur l’activité laryngée :
Sonores : Vibration des cordes vocales (/b/, /d/, /g/, /v/, /z/, /ʒ/)
Sourdes : Absence de vibration laryngée (/p/, /t/, /k/, /f/, /s/, /ʃ/)
Astuce clinique : Placer les doigts sur le larynx permet de sentir les vibrations des consonnes sonores.
Consonnes Nasales
Elles résultent de la communication entre le rhinopharynx et l’oropharynx, permettant un écoulement de l’air par les fosses nasales.
Les trois nasales françaises :
- /m/ : Bilabiale (maman)
- /n/ : Alvéolaire (nana)
- /ɲ/ : Palatale (agneau)
Détail Articulatoire des Consonnes Principales
Linguo-Palatales Antérieures : /t/, /d/, /n/
Mécanisme :
La pointe de la langue entre en contact avec la papille rétro-incisive (située juste derrière les incisives supérieures).
- /t/ : Contact + explosion + absence de vibration laryngée
- /d/ : Contact + explosion + vibration laryngée
- /n/ : Contact + écoulement nasal + vibration laryngée
Point clinique : Une interposition linguale antérieure (langue entre les dents) lors de la déglutition peut perturber l’articulation correcte de ces phonèmes, créant un zézaiement antérieur.
Linguo-Palatales Latérales : /ʃ/ (CH), /ʒ/ (J)
Mécanisme :
L’air s’écoule latéralement entre la voûte palatine et les bords latéraux de la langue.
- /ʃ/ : Écoulement latéral sans vibration laryngée (cheval)
- /ʒ/ : Écoulement latéral avec vibration laryngée (joue)
Linguo-Dentales : /s/, /z/
Mécanisme :
Formation d’un canal médian étroit entre la langue et la voûte palatine, juste derrière les incisives supérieures.
- /s/ : Canal médian + flux d’air + absence vibration (serpent)
- /z/ : Canal médian + flux d’air + vibration laryngée (zéro)
Point clinique : Ces phonèmes sont particulièrement sensibles aux malpositions dentaires. Une béance antérieure ou un diastème important peuvent provoquer un zézaiement (sigmatisme interdental).
Labio-Dentales : /f/, /v/
Mécanisme :
La lèvre inférieure touche le bord libre des incisives supérieures, créant un rétrécissement du conduit aérien.
- /f/ : Contact labio-dentaire sans vibration (feu)
- /v/ : Contact labio-dentaire avec vibration (vous)
Point clinique : Une classe III squelettique avec prognathisme mandibulaire peut rendre difficile l’articulation de ces phonèmes.
Bilabiales : /p/, /b/, /m/
Mécanisme :
Occlusion ou quasi-occlusion de l’orifice labial.
- /p/ : Occlusion labiale + explosion sans vibration (papa)
- /b/ : Occlusion labiale + explosion avec vibration (bébé)
- /m/ : Occlusion labiale + passage nasal + vibration (maman)
Point clinique : Une incompétence labiale (impossibilité de fermer les lèvres au repos) peut altérer la production de ces phonèmes et contribuer à une respiration buccale.
Importance de la Phonation en ODF
Les anomalies morphologiques oro-faciales peuvent perturber significativement la phonation. Inversement, certaines habitudes phonatoires pathologiques peuvent aggraver des malpositions dentaires.
Corrélations cliniques importantes :
Sigmatisme Interdental (Zézaiement)
- Cause morphologique : Béance antérieure, diastème interincisif
- Cause fonctionnelle : Interposition linguale lors de /s/ et /z/
- Traitement : Orthodontie + rééducation orthophonique
Difficulté d’Articulation des Labio-Dentales
- Cause : Classe III squelettique, prognathisme mandibulaire
- Manifestation : Substitution de /f/ et /v/ par d’autres phonèmes
- Traitement : Chirurgie orthognathique si sévère
Rhinolalie Ouverte (Voix Nasonnée)
- Cause : Incompétence vélo-pharyngée, fente palatine
- Manifestation : Hypernasalité, fuite d’air nasale lors des phonèmes oraux
- Traitement : Chirurgie + orthophonie
Une analyse phonatoire systématique devrait être intégrée dans tout bilan orthodontique complet. Cette évaluation permet :
- D’identifier les dysfonctions articulatoires
- De corréler les anomalies phonétiques aux dysmorphoses
- De planifier une prise en charge multidisciplinaire (orthodontiste + orthophoniste)
- D’évaluer les résultats thérapeutiques

5. La Mimique : L’Expression Silencieuse
Définition et Rôle Psychosocial
La mimique regroupe l’ensemble des mouvements des muscles peauciers et linguaux permettant d’exprimer des émotions, des pensées ou des intentions par le biais de gestes et d’expressions faciales.
Cette fonction, bien que non vitale au sens physiologique, revêt une importance capitale dans :
- Communication non verbale : 70% de notre communication passe par le langage corporel
- Expression émotionnelle : Joie, tristesse, colère, surprise, dégoût, peur
- Interaction sociale : Reconnaissance et empathie
- Identité personnelle : L’expression faciale contribue à notre identité unique
Données neurophysiologiques :
- Nombre de muscles faciaux : 43 muscles permettent plus de 10 000 expressions différentes
- Vitesse de reconnaissance : Le cerveau identifie une émotion faciale en 170 millisecondes
- Universalité : Les 6 émotions de base (Ekman) sont reconnues dans toutes les cultures
Mécanisme et Anatomie de la Mimique
La mimique faciale résulte de l’action coordonnée de nombreux muscles peauciers, tous innervés par le nerf facial (VII).
Muscles principaux de la mimique oro-faciale :
Muscles Labiaux
Orbiculaire des Lèvres
- Action : Fermeture des lèvres, protusion labiale
- Rôle : Essentiel pour la déglutition, la phonation, l’expression (baiser, moue)
- Innervation : Nerf facial (branches buccales)
Releveur de la Lèvre Supérieure
- Action : Élévation de la lèvre supérieure
- Rôle : Expression du dégoût, du dédain
- Impact ODF : Peut créer une proalvéolie supérieure si hypertonique
Abaisseur de la Lèvre Inférieure
- Action : Abaissement et éversion de la lèvre inférieure
- Rôle : Expression de la tristesse, de la moue
- Impact ODF : Influence la position de l’arcade inférieure
Muscles Jugaux
Buccinateur
- Action : Compression transversale des joues
- Rôle : Maintien des aliments sur les tables occlusales lors de la mastication
- Impact ODF : Exerce une force modelante majeure sur les arcades latérales
Risorius
- Action : Traction latérale des commissures labiales
- Rôle : Sourire
- Particularité : Muscle très variable anatomiquement
Muscles Périoraux
Grand Zygomatique
- Action : Élévation de la commissure labiale en haut et en arrière
- Rôle : Principal muscle du sourire
- Expression : Joie, amusement
Muscle Mentonnier
- Action : Élévation et plissement du menton
- Rôle : Expression du doute, de la réflexion
- Impact ODF : Son hyperactivité témoigne souvent d’une incompétence labiale
L’Équilibre Musculaire Oro-Facial : Concept Fondamental en ODF
Le concept d’équilibre dentaire, formulé par Planas et développé par de nombreux orthodontistes, postule que :
“Les dents se positionnent à l’équilibre des forces musculaires qui les entourent”
Cet équilibre résulte de l’interaction de deux groupes musculaires antagonistes :
Forces Centrifuges (vers l’extérieur)
- Langue : Exerce une pression permanente de dedans vers dehors
- Force approximative : 1-5 grammes au repos, jusqu’à 500 grammes en action
Forces Centripètes (vers l’intérieur)
- Lèvres et joues : Exercent une pression de dehors vers dedans
- Force approximative : 2-4 grammes au repos pour les lèvres
Conséquences de ce déséquilibre :
Hyperactivité Linguale (Force Centrifuge Excessive)
- Proalvéolie bimaxillaire
- Diastèmes interincisifs
- Béances antérieures ou latérales
- Expansion excessive des arcades
Hypertonicité Labio-Jugale (Force Centripète Excessive)
- Rétrusion alvéolo-dentaire
- Rétrognathie apparente
- Encombrement dentaire par manque d’espace
- Vestibuloversion des molaires
Équilibre Physiologique
Lorsque les forces s’équilibrent, les dents se positionnent naturellement selon une courbe harmonieuse, définissant les axes dentaires idéaux.
Les Axes Dentaires : Témoins de l’Équilibre Musculaire
Les axes dentaires représentent l’orientation des dents dans les trois plans de l’espace. Ils résultent directement de l’équilibre (ou du déséquilibre) des forces musculaires environnantes.
Classification selon les plans :
Plan Sagittal (Vue de Profil)
- Vestibuloversion : Inclinaison vers les lèvres (forces linguales dominantes)
- Linguoversion : Inclinaison vers la langue (forces labiales dominantes)
- Axe normal : Équilibre des forces
Plan Frontal (Vue de Face)
- Mésioversion : Inclinaison mésiale
- Distoversion : Inclinaison distale
Plan Horizontal (Vue Occlusale)
- Version palatine/linguale
- Version vestibulaire
Application clinique des axes dentaires :
L’analyse des axes dentaires permet à l’orthodontiste de :
- Diagnostiquer les déséquilibres musculaires sous-jacents
- Prédire la direction de croissance des arcades
- Planifier les mécaniques orthodontiques appropriées
- Évaluer la stabilité post-thérapeutique
Par exemple, une vestibuloversion généralisée des incisives supérieures témoigne d’une pression linguale excessive, souvent associée à une interposition linguale lors de la déglutition ou de la phonation.
Action Modelante des Muscles Labio-Jugaux
Les muscles labio-jugaux exercent une action modelante continue sur les procès alvéolaires tout au long de la vie. Cette action se manifeste à plusieurs niveaux :
Niveau Osseux
La pression musculaire stimule ou inhibe le remodelage osseux alvéolaire selon la loi de Wolff :
- Pression excessive → Résorption osseuse
- Pression insuffisante → Apposition osseuse
- Pression équilibrée → Homéostasie
Niveau Dentaire
Les dents se déplacent continuellement en réponse aux pressions musculaires, même après la fin de la croissance. Ce phénomène explique :
- Les récidives orthodontiques si l’équilibre musculaire n’est pas rétabli
- Les migrations dentaires physiologiques liées au vieillissement
- Les malpositions secondaires à des parafonctions (succion, interposition)
Niveau Parodontal
L’équilibre musculaire influence également la santé parodontale :
- Pressions excessives → Trauma occlusal, récession gingivale
- Équilibre physiologique → Santé parodontale optimale
Compensation Musculaire des Anomalies Squelettiques
Un concept fascinant en ODF est la capacité des muscles oro-faciaux à compenser partiellement les dysmorphoses squelettiques.
Exemple 1 : Classe II Squelettique
- Anomalie : Rétrognathie mandibulaire
- Compensation musculaire : Propulsion mandibulaire lors de la déglutition et de la phonation
- Compensation dentaire : Vestibuloversion des incisives inférieures, linguoversion des incisives supérieures
- Limite : La compensation n’est efficace que dans les formes modérées
Exemple 2 : Classe III Squelettique
- Anomalie : Prognathisme mandibulaire
- Compensation musculaire : Rétropulsion mandibulaire fonctionnelle
- Compensation dentaire : Linguoversion des incisives inférieures, vestibuloversion des incisives supérieures
- Limite : Les formes sévères ne peuvent être compensées
Importance Clinique en ODF
Une mimique déséquilibrée peut engendrer ou aggraver des malpositions dentaires et des déformations faciales. L’évaluation de la tonicité et de l’équilibre musculaire est donc cruciale.
Outils d’évaluation clinique :
Examen de la Posture Labiale au Repos
- Compétence labiale : Les lèvres se touchent sans effort
- Incompétence labiale : Écart interlabial > 3 mm au repos
- Hypertonicité : Contraction excessive pour obtenir la fermeture
Test de la Déglutition Salivaire
Observation de :
- Position linguale
- Contraction du muscle mentonnier (signe d’incompétence labiale)
- Mouvement labial excessif
Palpation Musculaire
Évaluation de la tonicité de :
- L’orbiculaire des lèvres
- Les masséters
- Les temporaux
- Les buccinateurs
Analyse Électromyographique (EMG)
Dans les cas complexes, l’EMG permet une quantification objective de l’activité musculaire oro-faciale.
Approches thérapeutiques :
- Rééducation myofonctionnelle : Exercices ciblés pour rétablir l’équilibre
- Appareils fonctionnels : Stimulation ou inhibition musculaire sélective
- Chirurgie orthognathique : Si le déséquilibre squelettique est trop important
- Orthodontie conventionnelle : Correction des malpositions dentaires
L’objectif ultime est de rétablir un équilibre musculaire physiologique garantissant la stabilité à long terme des corrections orthodontiques.

Intégration Clinique : Approche Globale des Fonctions Oro-Faciales
L’Examen Fonctionnel : Pilier du Diagnostic Orthodontique
L’analyse des fonctions oro-faciales doit être systématique et rigoureuse dans tout examen orthodontique initial. Elle complète l’analyse morphologique (téléradiographie, moulages) pour établir un diagnostic étiologique précis.
Protocole d’examen fonctionnel complet :
1. Anamnèse Fonctionnelle
Questions essentielles à poser :
- Mode de respiration (nez, bouche, mixte ?)
- Qualité du sommeil (ronflements, apnées ?)
- Habitudes de succion (pouce, tétine, autre ?)
- Difficultés phonatoires ou de déglutition ?
- Bruxisme ou serrement dentaire ?
- Douleurs articulaires ou musculaires ?
- Allergies respiratoires ?
2. Examen de la Ventilation
Tests cliniques simples :
Test du Miroir de Glatzel
Placer un miroir sous les narines et observer la buée :
- Symétrique → Ventilation nasale normale
- Asymétrique → Obstruction nasale unilatérale
- Absente → Ventilation buccale exclusive
Test de Rosenthal
Demander au patient de boire un verre d’eau sans reprendre sa respiration :
- 20 secondes → Ventilation nasale fonctionnelle
- <15 secondes → Suspicion de respiration buccale
Observation de la Posture
- Lèvres au repos (jointes ou écartées ?)
- Position de la langue (au palais ou basse ?)
- Présence de cernes (signe d’obstruction nocturne ?)
3. Examen de la Déglutition
Test de Déglutition Salivaire
Demander au patient de déglutir sa salive et observer :
- Position linguale : Interposition ? Propulsion ?
- Contraction mentonnière : Témoin d’incompétence labiale
- Mouvement de la tête : Compensation ?
- Grimace faciale : Effort excessif ?
Test de Déglutition d’Eau
Boire de l’eau et observer le schéma déglutitoire. Permet de déceler des anomalies masquées lors de la déglutition salivaire.
4. Examen de la Mastication
Test de Mastication de Chewing-Gum
Donner un chewing-gum et observer pendant 2 minutes :
- Type masticatoire (unilatéral alterné, unilatéral strict, bilatéral)
- Symétrie des mouvements
- Compétence labiale maintenue ?
- Amplitude des mouvements mandibulaires
Palpation Musculaire lors de la Mastication
Palper les masséters et temporaux pour évaluer :
- Symétrie de contraction
- Tonicité musculaire
- Présence de trigger points douloureux
5. Examen de la Phonation
Test des Phonèmes Clés
Faire répéter des mots contenant les phonèmes sensibles :
- /s/ et /z/ : “Sucer des saucisses” → Détecte les sigmatismes
- /t/ et /d/ : “Dix dents” → Évalue la position linguale antérieure
- /f/ et /v/ : “Fève” → Teste le contact labio-dentaire
- /m/ : “Maman” → Vérifie la compétence labiale
Observation de l’Articulation
Noter toute particularité :
- Interposition linguale visible
- Projection labiale excessive
- Asymétrie faciale lors de la parole
6. Examen de la Mimique et du Tonus Musculaire
Évaluation de la Tonicité Labiale
Test de la Languette Abaisse-Langue
Placer une languette entre les lèvres et demander de la maintenir :
- 1 minute → Tonicité normale
- <30 secondes → Hypotonie labiale
Observation au Repos
- Espace interlabial (compétence/incompétence)
- Position de la langue visible ou non
- Présence de bave (hypotonie sévère)
Corrélations Anatomo-Fonctionnelles
Comprendre les corrélations entre anomalies morphologiques et dysfonctions permet un diagnostic étiologique précis.
Tableau synoptique des corrélations courantes :
Respiration Buccale →
- Palais ogival
- Face longue
- Incompétence labiale
- Rétrognathie mandibulaire
- Classe II squelettique
Déglutition Atypique (Interposition Linguale) →
- Béance antérieure
- Proalvéolie bimaxillaire
- Diastème interincisif
- Articulé inversé antérieur
Mastication Unilatérale Stricte →
- Asymétrie mandibulaire
- Déviation de ligne médiane
- Hypertrophie musculaire unilatérale
- Usure dentaire asymétrique
Hypertonicité Labiale →
- Rétrusion incisive supérieure
- Encombrement antérieur
- Vestibuloversion molaire
- Palais étroit
Approche Thérapeutique Multidisciplinaire
La correction des dysfonctions oro-faciales nécessite souvent une approche multidisciplinaire coordonnée.
Intervenants potentiels :
1. Orthodontiste
Traite les malpositions dentaires et les dysmorphoses squelettiques. Utilise :
- Appareils fixes (brackets)
- Appareils amovibles
- Appareils fonctionnels (activateurs, bionators)
- Systèmes invisibles (gouttières)
2. Orthophoniste
Rééduque les fonctions déficientes :
- Praxies linguales et labiales
- Déglutition mature
- Phonation correcte
- Ventilation nasale
3. ORL
Traite les obstacles anatomiques à la ventilation nasale :
- Adénoïdectomie (végétations)
- Amygdalectomie
- Correction de déviation septale
- Traitement de rhinites chroniques
4. Kinésithérapeute Maxillo-Facial
Travaille sur :
- Rééquilibrage musculaire
- Mobilité articulaire (ATM)
- Posture globale
5. Chirurgien Maxillo-Facial
Intervient dans les dysmorphoses squelettiques sévères nécessitant une chirurgie orthognathique.
Chronologie Thérapeutique Optimale
Phase 1 – Interception Précoce (4-8 ans)
- Levée des obstacles fonctionnels (végétations, freins)
- Rééducation orthophonique précoce
- Appareils d’expansion palatine si nécessaire
- Éducation thérapeutique des parents
Phase 2 – Correction en Denture Mixte (8-12 ans)
- Orthodontie interceptive
- Poursuite de la rééducation fonctionnelle
- Surveillance de l’évolution squelettique
Phase 3 – Finition en Denture Permanente (12+ ans)
- Orthodontie multibague complète
- Affinement fonctionnel
- Contention et surveillance à long terme
Pour les professionnels souhaitant approfondir leurs connaissances en parodontologie et son lien avec les fonctions oro-faciales, le Référentiel internat en parodontologie constitue une référence scientifique majeure.
Cas Cliniques Illustratifs
Cas n°1 : Béance Antérieure et Déglutition Atypique
Patiente : Emma, 9 ans
Motif de consultation : “Ma fille a un espace entre ses dents de devant”
Examen clinique :
- Béance antérieure de 4 mm
- Interposition linguale lors de la déglutition
- Sigmatisme interdental (/s/ et /z/ mal articulés)
- Proalvéolie supérieure modérée
Diagnostic fonctionnel : Déglutition atypique primaire avec interposition linguale antérieure
Plan de traitement :
- Rééducation orthophonique (6 mois)
- Quad-hélix pour expansion palatine
- Suivi et réévaluation
- Multibague si persistance après croissance
Résultat : Fermeture spontanée de la béance après rééducation réussie, évitant un traitement orthodontique lourd.
Cas n°2 : Classe II et Respiration Buccale
Patient : Lucas, 11 ans
Motif de consultation : “Mon fils a les dents du haut en avant”
Examen clinique :
- Classe II division 1
- Incompétence labiale (4 mm d’écart au repos)
- Respiration buccale permanente
- Palais ogival
- Hypertrophie adénoïdienne confirmée par l’ORL
Diagnostic fonctionnel : Syndrome d’obstruction nasale avec respiration buccale chronique
Plan de traitement :
- Adénoïdectomie (prioritaire)
- Rééducation ventilatoire post-opératoire
- Traitement orthodontique par activateur de Classe II
- Multibague en denture permanente
Résultat : Amélioration significative de la ventilation nasale et du profil facial après traitement combiné.
Cas n°3 : Asymétrie Faciale et Mastication Unilatérale
Patiente : Sarah, 14 ans
Motif de consultation : “Mon visage n’est pas symétrique”
Examen clinique :
- Asymétrie faciale avec déviation mentonnière à gauche
- Mastication unilatérale stricte à droite depuis 3 ans (suite à caries non traitées à gauche)
- Déviation de ligne médiane dentaire (3 mm)
- Hypertrophie du masséter droit
Diagnostic fonctionnel : Asymétrie mandibulaire fonctionnelle secondaire à une mastication unilatérale prolongée
Plan de traitement :
- Soins conservateurs des dents cariées (restauration de la fonction masticatoire bilatérale)
- Rééducation masticatoire
- Orthodontie pour correction de la ligne médiane
- Suivi à long terme de la croissance mandibulaire
Résultat : Amélioration de l’asymétrie faciale après rétablissement d’une mastication équilibrée.

Prévention et Éducation Thérapeutique
Conseils Préventifs pour les Parents
La prévention des dysfonctions oro-faciales débute dès la petite enfance. Voici les recommandations essentielles :
Allaitement Maternel
- Durée recommandée : Au moins 6 mois
- Bénéfices : Stimule la croissance mandibulaire, favorise la ventilation nasale, développe la musculature oro-faciale
Sevrage Progressif des Tétines
- Âge limite : 24-30 mois maximum
- Raison : Prévenir les déformations alvéolaires et la déglutition atypique
Suppression de la Succion du Pouce
- Âge critique : Avant 6 ans (avant éruption des incisives permanentes)
- Méthodes : Approche positive, renforcement, protection nocturne si nécessaire
Alimentation Texturée
- Introduction : Dès 6-8 mois
- Objectif : Stimuler la mastication et le développement des arcades
- Éviter : Alimentation trop molle prolongée au-delà de 18 mois
Surveillance Respiratoire
- Signes d’alerte : Ronflements, apnées, respiration bouche ouverte
- Action : Consultation ORL précoce
Exercices de Rééducation Fonctionnelle
Certains exercices simples peuvent être pratiqués à domicile sous supervision parentale.
Exercices de Tonicité Labiale
Exercice du “Bouton”
- Placer un bouton attaché à un fil entre les lèvres
- Tirer doucement sur le fil
- L’enfant doit maintenir le bouton 30 secondes
- Répéter 5 fois, 2 fois/jour
Exercice de la “Paille”
- Tenir une paille entre les lèvres sans les dents
- Aspirer de l’eau pendant 10 secondes
- Augmenter progressivement la durée
Exercices de Position Linguale
Exercice de la “Papille”
- Toucher la papille rétro-incisive avec la pointe de la langue
- Maintenir 10 secondes
- Répéter 10 fois, 3 fois/jour
Exercice de Déglutition au Palais
- Placer la langue au palais
- Déglutir en maintenant cette position
- Vérifier l’absence de contraction mentonnière
Exercices de Ventilation Nasale
Exercice de la “Respiration Alternée”
- Boucher une narine avec un doigt
- Inspirer lentement par l’autre narine
- Expirer par la bouche
- Alterner les narines
- 5 minutes, 2 fois/jour
Ces exercices ne remplacent jamais une prise en charge professionnelle mais peuvent la compléter efficacement.
Perspectives d’Avenir et Recherches Actuelles
Technologies Émergentes en Analyse Fonctionnelle
La recherche en orthodontie et ODF évolue constamment, intégrant des technologies de pointe pour mieux comprendre et traiter les dysfonctions oro-faciales.
Intelligence Artificielle et Apprentissage Profond
Des algorithmes d’IA peuvent désormais :
- Analyser automatiquement les schémas de déglutition via vidéo
- Prédire les récidives post-orthodontiques basées sur les dysfonctions persistantes
- Personnaliser les plans de traitement selon le profil fonctionnel du patient
Analyse 3D et 4D
- Scanners faciaux 3D permettant une analyse morphologique précise
- Enregistrement 4D (3D + temps) des mouvements masticatoires et de déglutition
- Superpositions avant/après pour évaluation objective des résultats
Biocapteurs et Télémédecine
- Capteurs de pression linguale miniaturisés
- Applications mobiles de suivi de rééducation orthophonique
- Téléconsultations pour suivi post-thérapeutique
Axes de Recherche Prometteurs
Génétique et Épigénétique
Étude des facteurs génétiques prédisposant à certaines dysfonctions (respiration buccale, classe squelettique) et de l’influence épigénétique des habitudes fonctionnelles.
Microbiome Oral
Impact des dysfonctions oro-faciales sur le microbiome buccal et inversement. La respiration buccale modifie significativement la flore orale.
Neurosciences
Compréhension approfondie des circuits neuronaux contrôlant les fonctions oro-faciales, ouvrant la voie à des approches de rééducation plus ciblées.
Conclusion : Une Vision Intégrée pour une Pratique d’Excellence
Les fonctions oro-faciales – déglutition, ventilation, mastication, phonation et mimique – constituent un système complexe, finement régulé et interdépendant. Leur harmonie conditionne le développement équilibré de l’appareil stomatognathique et, par extension, de l’ensemble du massif facial.
Points clés à retenir :
- Interdépendance fonctionnelle : Aucune fonction n’existe isolément ; toutes s’influencent mutuellement
- Plasticité développementale : Les premières années sont cruciales pour établir des schémas fonctionnels sains
- Prévention précoce : L’identification et la correction précoces des dysfonctions préviennent des traitements lourds ultérieurs
- Approche multidisciplinaire : La complexité impose une collaboration étroite entre orthodontistes, ORL, orthophonistes et autres spécialistes
- Stabilité thérapeutique : La correction durable des malpositions nécessite impérativement le rétablissement de l’équilibre fonctionnel
Pour les étudiants en odontologie, la maîtrise de ces concepts fonctionnels représente bien plus qu’une simple connaissance théorique. Elle constitue le socle d’une pratique clinique éclairée, permettant :
- Des diagnostics étiologiques précis plutôt que purement descriptifs
- Des plans de traitement logiques et personnalisés
- Une prévention efficace des récidives post-thérapeutiques
- Une amélioration durable de la qualité de vie des patients
En intégrant systématiquement l’analyse fonctionnelle à votre pratique orthodontique, vous développerez une vision globale du patient, dépassant la simple correction des malpositions dentaires pour viser l’harmonie anatomique, fonctionnelle et esthétique du complexe cranio-facial.
L’avenir de l’orthodontie réside dans cette approche holistique, combinant les avancées technologiques (imagerie 3D, IA, biomatériaux) avec une compréhension approfondie de la physiologie oro-faciale. C’est dans cette synergie que se trouve la clé d’une pratique d’excellence au service de la santé et du bien-être de nos patients.

Ressources Complémentaires pour Approfondir
Ouvrages de Référence Recommandés
Pour les étudiants désireux d’approfondir leurs connaissances, plusieurs ouvrages de référence constituent des compléments indispensables :
- Annales corrigées de l’internat en odontologie 2022-2024 : Préparation optimale aux examens avec cas cliniques réels
- Orthodontie de l’enfant et du jeune adulte : Principes, moyens et traitements détaillés
- Chirurgie orale : Pour comprendre les aspects chirurgicaux liés aux fonctions oro-faciales
Sites Web et Ressources en Ligne
ResiDentaire™ – Plateforme QCM Médecine Dentaire
Plateforme francophone de référence proposant des milliers de QCM pour s’entraîner efficacement sur tous les aspects de l’odontologie, y compris l’ODF et les fonctions oro-faciales.
→ Accéder à ResiDentaire™ : https://residentaire.com/
Avantages de la plateforme :
- QCM actualisés régulièrement selon les dernières recommandations
- Corrections détaillées et explications pédagogiques
- Suivi de progression personnalisé
- Simulation d’examens blancs
- Accessible 24/7 sur ordinateur, tablette et smartphone
Associations Professionnelles
- Société Française d’Orthopédie Dento-Faciale (SFODF)
- Fédération Française d’Orthodontie (FFO)
- European Orthodontic Society (EOS)
Ces organisations proposent des formations continues, congrès et publications scientifiques de qualité.
Note de Transparence
Cette page contient des liens d’affiliation Amazon. En cliquant dessus, vous n’êtes pas tenu de vous procurer les produits suggérés, mais si vous le faites, cela ne vous coûte rien de plus, et cela m’aide à financer ce site et à continuer de proposer du contenu de qualité pour les étudiants en odontologie.
Mots-clés : fonctions oro-faciales, déglutition, ventilation nasale, mastication, phonation, mimique faciale, orthopédie dento-faciale, ODF, orthodontie, développement cranio-facial, dysmorphoses, étudiants dentaire, odontologie
Leave a Reply