L’occlusion
Définition de l’Occlusion
L’occlusion est un concept central en odontologie, définissant les relations de contact entre les surfaces occlusales des dents dans différentes positions mandibulaires. Selon Chaput, l’occlusion désigne un état statique obtenu par les rapports de contact entre les surfaces occlusales dentaires, indépendamment de la position de la mandibule. Cette définition met l’accent sur la disposition géométrique et statique des dents lorsqu’elles entrent en contact.
En revanche, Glickman propose une approche plus dynamique, en décrivant l’occlusion comme les rapports de contact des dents, régulés par le contrôle neuromusculaire du système masticatoire. Cette perspective intègre le rôle des muscles masticateurs et du système nerveux dans la gestion des contacts dentaires, soulignant l’importance de la fonction dans l’occlusion.
Ainsi, l’occlusion peut être envisagée à la fois comme une configuration statique des dents et comme un processus dynamique impliquant des interactions complexes entre les dents, les muscles, les articulations temporo-mandibulaires (ATM) et le système nerveux central. Ces deux définitions complémentaires permettent de mieux comprendre l’occlusion dans ses aspects anatomiques et fonctionnels.
Morphologie Occlusale

La morphologie occlusale concerne la structure et l’organisation des surfaces dentaires qui entrent en contact lors de la mastication ou de la fermeture de la bouche. Elle est essentielle pour assurer une occlusion stable et fonctionnelle. Les principaux éléments de la morphologie occlusale sont les suivants :
Table Occlusale
La table occlusale désigne la surface fonctionnelle des dents qui entre en contact avec les dents antagonistes lors de la mastication. Elle est constituée des cuspides, des crêtes marginales, des fosses et des sillons. Cette surface joue un rôle clé dans la répartition des forces occlusales et la stabilité des contacts dentaires.
Crêtes Marginales
Les crêtes marginales sont les bords élevés entourant les fosses occlusales des dents postérieures (prémolaires et molaires). Elles servent de points de contact avec les cuspides antagonistes et contribuent à la stabilité de l’occlusion en empêchant le glissement des dents.
Fosses Centrales
Les fosses centrales sont des dépressions situées au centre des surfaces occlusales des molaires et prémolaires. Elles accueillent les cuspides des dents antagonistes lors de la fermeture de la mâchoire, jouant un rôle essentiel dans l’engrènement des arcades dentaires.
Cuspides Supports
Les cuspides supports sont des éminences pyramidales situées sur les surfaces occlusales des dents postérieures. Elles s’articulent avec les crêtes marginales et les fosses centrales des dents antagonistes en Position d’Intercuspidation Maximale (PIM), assurant la stabilité de la Dimension Verticale d’Occlusion (DVO). Ces cuspides sont divisées en trois groupes selon leur localisation :
- 1er groupe mandibulaire : Cuspides vestibulaires des prémolaires (PM) et molaires (M), qui soutiennent les contacts occlusaux du côté buccal de la mandibule.
- 2ème groupe mandibulaire : Bord occlusal des incisives et canines mandibulaires, qui participent aux contacts dans le secteur antérieur.
- 3ème groupe maxillaire : Cuspides palatines des prémolaires et molaires maxillaires, qui s’articulent avec les structures mandibulaires correspondantes.
Cuspides Guides
Les cuspides guides jouent un rôle dans le guidage des mouvements mandibulaires, notamment lors des mouvements de latéralité et de protrusion. Elles incluent :
- Cuspides vestibulaires maxillaires des prémolaires et molaires, qui guident les mouvements latéraux du côté de travail.
- Cuspides linguales mandibulaires des prémolaires et molaires, qui participent également au guidage latéral.
- Faces palatines des incisives et canines maxillaires, qui assurent le guidage antérieur, notamment lors des mouvements de protrusion.
Ces cuspides permettent des mouvements fluides et harmonieux de la mandibule tout en minimisant les contacts traumatiques entre les dents.
Positions de Référence et Types d’Occlusion
L’occlusion est étudiée à travers des positions de référence clés et différents types de relations occlusales. Ces concepts permettent de comprendre les interactions entre les arcades dentaires dans des contextes statiques et dynamiques.
Positions de Référence
Position de Posture
La position de posture, ou position de repos, est la position naturelle de la mandibule lorsque les muscles masticateurs sont relâchés. Elle est propre à chaque individu et marque le point de départ et d’arrivée des mouvements mandibulaires. Dans cette position :
- Les dents ne sont pas en contact.
- Un espace libre d’inocclusion de 1 à 2 mm sépare les surfaces occlusales des arcades maxillaire et mandibulaire.
- Cette position est essentielle pour évaluer la relaxation musculaire et la stabilité de la mandibule au repos.
Relation Centrée (RC)
La relation centrée est une position mandibulaire définie par rapport au crâne, indépendante des contacts dentaires. Elle correspond à la position la plus postérieure, symétrique et non forcée de la mandibule, où les condyles sont situés en position haute et reculée dans les cavités glénoïdes de l’ATM. Dans cette position :
- La mandibule peut effectuer un mouvement de rotation pure autour d’un axe virtuel passant par les condyles.
- À la fin du mouvement de fermeture en RC, les dents entrent en contact, définissant la position de contact en RC.
- Cette position permet tous les mouvements de latéralité, ce qui en fait une référence clé pour l’analyse occlusale.
Position d’Intercuspidation Maximale (PIM)
La PIM est la position mandibulaire où les arcades dentaires présentent le maximum de points ou de surfaces de contact. Elle correspond à la fermeture complète de la bouche, où les cuspides, fosses et crêtes marginales s’engrènent précisément. La PIM est essentielle pour évaluer la stabilité occlusale et les relations inter-dentaires.
Types d’Occlusion
Occlusion Idéale
Selon Ramrylic, l’occlusion idéale est une configuration où toutes les composantes de l’appareil manducateur (dents, muscles, ATM) fonctionnent en harmonie pour assurer une capacité fonctionnelle optimale et un état de santé bucco-dentaire irréprochable. Les caractéristiques de l’occlusion idéale incluent :
- Stabilité occlusale : Des rapports harmonieux entre les dents en RC et en PIM.
- Mobilité équilibrée : Aisance égale dans les mouvements de latéralité et de protrusion bilatéraux.
- Dimension verticale d’occlusion (DVO) : Une position de repos avec un espace libre d’inocclusion adéquat (1-2 mm).
- Orientation des forces : Les forces occlusales sont dirigées de manière à assurer la stabilité des dents sans provoquer de stress excessif sur le parodonte.
L’occlusion idéale est à la fois un concept anatomique et esthétique, rarement observé dans la dentition naturelle, mais servant de référence pour les restaurations prothétiques.
Occlusion de Convenance
L’occlusion de convenance désigne une occlusion fonctionnelle dans les limites physiologiques, sans manifestations pathologiques évidentes. Elle est caractérisée par :
- Absence de pathologie : Le système masticatoire fonctionne sans signes de dysfonction ou de douleur.
- Adaptation tissulaire : Le parodonte s’adapte aux forces occlusales grâce à des remaniements osseux et cémentaires.
- Équilibre acquis : Les compensations progressives entre les structures mobiles (dents, ATM) permettent un fonctionnement satisfaisant.
Cette occlusion est fréquente dans la population et reflète une adaptation fonctionnelle des structures buccales aux contraintes masticatoires.
Occlusion Traumatique
Selon Stillman, l’occlusion traumatique survient lorsque les contacts dentaires entre les dents des arcades maxillaire et mandibulaire entraînent des lésions des structures de soutien des dents, telles que le parodonte ou l’os alvéolaire. Elle peut résulter de :
- Malpositions dentaires.
- Restaurations prothétiques mal ajustées.
- Habitudes parafonctionnelles, comme le bruxisme.
Cette situation peut provoquer des douleurs, des mobilités dentaires ou des lésions parodontales.
Autres Concepts d’Occlusion
Occlusion Balancée
L’occlusion balancée se caractérise par des contacts simultanés entre les segments postérieurs droits et gauches lors des mouvements de latéralité, ainsi qu’entre le secteur antérieur lors des mouvements de protrusion. Bien que considérée autrefois comme un idéal, cette configuration est rarement observée dans la dentition naturelle et peut entraîner des lésions parodontales en raison des contacts multiples.
Occlusion d’Axe Charnière (Théorie Gnathologique)
Cette théorie repose sur l’idée que la relation centrée (RC) et l’arc de fermeture en RC sont les bases des mouvements fonctionnels de la mandibule. Les facteurs qui gouvernent ces mouvements déterminent la morphologie occlusale des dents, influençant la conception des restaurations prothétiques.
Étude Statique de l’Occlusion
L’étude statique de l’occlusion analyse l’agencement des dents au sein de chaque arcade (intra-arcade) et entre les arcades (inter-arcade) dans des positions fixes, généralement en PIM.
Agencement Intra-Arcade
Plan Sagittal : Courbe de Spee
La courbe de Spee décrit la courbure antéro-postérieure des surfaces occlusales, partant du sommet de la canine inférieure et suivant les cuspides vestibulaires des prémolaires et molaires. Cette courbe, à concavité supérieure, est essentielle pour permettre des mouvements mandibulaires harmonieux. Une courbe de Spee trop accentuée ou perturbée par des migrations dentaires peut provoquer des interférences occlusales, perturbant les fonctions masticatoires.

Plan Frontal : Courbe de Wilson
La courbe de Wilson est une courbe à concavité supérieure, définie par une ligne imaginaire passant par les cuspides des molaires de chaque côté de l’arcade. Elle reflète l’inclinaison des dents postérieures, qui facilite les contacts occlusaux et la stabilité transversale.

Plan Horizontal
Dans le plan horizontal, les dimensions vestibulo-linguales des surfaces occlusales permettent de définir des courbes parallèles :
- Courbe des cuspides primaires : Relie les cuspides principales des dents.
- Courbe des cuspides secondaires : Relie les cuspides secondaires, moins proéminentes.
- Courbe des sillons de coalescence : Relie les sillons occlusaux entre les cuspides.

Ces courbes assurent une disposition harmonieuse des dents dans l’arcade.
Agencement Inter-Arcade
L’étude des relations inter-arcades examine les contacts entre les dents maxillaires et mandibulaires dans différentes directions.
Dans le Sens Sagittal
Chaque dent entre en contact avec deux dents antagonistes, sauf les troisièmes molaires supérieures et les incisives centrales inférieures. Les caractéristiques incluent :
- Secteur antérieur : Un overjet (recouvrement horizontal) de 1 à 2 mm.
- Secteur canin : Relations selon la classe canine d’Angle, définissant l’alignement des canines.
- Secteur molaire : Relations selon la classe molaire d’Angle, déterminant l’engrènement des molaires.
Dans le Sens Transversal
L’arcade mandibulaire est entièrement contenue dans l’arcade maxillaire, assurant une stabilité transversale. Les points clés sont :
- Secteur antérieur : Coïncidence des points inter-incisifs supérieur et inférieur par rapport à la ligne sagittale médiane.
- Secteur canin : Surplomb des canines maxillaires sur les canines mandibulaires.
- Secteur molaire : Engrènement cuspide/fosse, où les cuspides supports s’articulent avec les fosses ou crêtes marginales des dents antagonistes.
Dans le Sens Vertical
- Secteur antérieur : Un overbite (recouvrement vertical) de 1 à 2 mm.
- Secteur canin : La canine supérieure recouvre légèrement la canine inférieure.
- Secteur molaire : La molaire supérieure recouvre partiellement la molaire inférieure, assurant une occlusion stable.
Conclusion
L’occlusion est une composante essentielle du système manducateur, formant une unité anatomophysiologique complexe où les dents, les muscles, les articulations temporo-mandibulaires et le système neuromusculaire interagissent de manière coordonnée. Toute intervention thérapeutique, même minime, doit respecter l’intégrité de cette unité pour éviter des perturbations occlusales. Une couronne mal ajustée, une dent extraite non remplacée ou une malposition dentaire peuvent bouleverser l’équilibre bucco-dentaire, entraînant des conséquences fonctionnelles et esthétiques.
Les praticiens doivent donc accorder une attention particulière à l’analyse de l’occlusion, que ce soit dans un contexte statique (PIM, RC) ou dynamique (mouvements mandibulaires). Une compréhension approfondie des concepts d’occlusion idéale, de convenance et traumatique, ainsi que des positions de référence, est cruciale pour garantir des traitements respectueux de la physiologie buccale.
Voici une sélection de livres en français sur les prothèses dentaires:
- Prothèse Amovible Partielle : Clinique et Laboratoire
Collège National des Enseignants en Prothèses Odontologiques (CNEPO), Michel Ruquet, Bruno Tavernier - Traitements Prothétiques et Implantaires de l’Édenté Total 2.0
- Conception et Réalisation des Châssis en Prothèse Amovible Partielle
- Prothèses supra-implantaires: Données et conceptions actuelles
- Prothèse complète: Clinique et laboratoire Broché – Illustré, 12 octobre 2017
- Prothèse fixée, 2e Ed.: Approche clinique Relié – Illustré, 4 janvier 2024
L’occlusion

Dr J Dupont, chirurgien-dentiste spécialisé en implantologie, titulaire d’un DU de l’Université de Paris, offre des soins implantaires personnalisés avec expertise et technologies modernes.