Dents et Sinus Maxillaire : Guide Complet pour l’Étudiant en Odontologie
Mots-clés SEO : sinusite maxillaire d’origine dentaire, communication bucco-sinusienne, sinus maxillaire anatomie, SMOD, traitement sinusite dentaire, CBS avulsion dentaire
Introduction
Les relations entre les dents et le sinus maxillaire constituent l’un des sujets les plus cliniquement pertinents en odontologie, à l’intersection entre la chirurgie buccale, l’endodontie et l’ORL.
La proximité anatomique entre les apex des dents postérieures supérieures et le plancher sinusien est à l’origine d’un continuum pathologique dont le praticien doit impérativement maîtriser les mécanismes, les formes cliniques et la prise en charge.
On estime qu’environ 10 % des sinusites maxillaires ont une étiologie présumée dentaire. Ce chiffre, bien que sous-estimé en pratique courante, souligne l’importance d’une collaboration étroite entre chirurgiens-dentistes et ORL.
Ce guide s’adresse aux étudiants en chirurgie dentaire souhaitant consolider leurs connaissances sur la sinusite maxillaire d’origine dentaire (SMOD) et les communications bucco-sinusiennes (CBS), deux entités cliniques fréquentes et potentiellement graves si elles sont méconnues ou mal prises en charge.
Objectifs Pédagogiques
À l’issue de la lecture de ce guide, l’étudiant sera capable de :
- Acquérir les informations nécessaires pour diagnostiquer une sinusite maxillaire, notamment celles d’origine dentaire
- Identifier les situations à risque de communication bucco-sinusienne et être capable de la diagnostiquer
- Maîtriser la prise en charge thérapeutique de ces pathologies
Problématique Clinique
Deux situations fréquentes motivent la maîtrise de ce sujet :
- Des patients consultent ou sont orientés par des confrères pour une recherche étiologique suite à des tableaux de sinusites maxillaires récidivantes ou chroniques
- Des cas de communication bucco-sinusienne (CBS) survenant après une avulsion dentaire, parfois de manière inattendue pour le praticien et le patient
1. Rappels Anatomiques Essentiels
1.1 Le Sinus Maxillaire : Structure et Fonctions
Les sinus maxillaires sont des cavités osseuses pneumatiques, paires et symétriques, situées dans le corps du maxillaire. Ils communiquent avec les fosses nasales via un canal de drainage : le méat nasal moyen.
Leur muqueuse — le schneidérien — produit du mucus qui joue un rôle essentiel dans la défense immunitaire locale et la prévention des infections ORL.
Le volume moyen du sinus maxillaire est de 12 à 13 cm³ chez l’adulte, mais il varie considérablement selon les individus et évolue tout au long de la vie.
1.2 Relations Dento-Sinusiennes
La paroi inférieure (plancher) du sinus maxillaire est en rapport étroit avec les apex des dents dites « antrales », par ordre de fréquence décroissante :
- Première molaire supérieure (16 / 26)
- Deuxième prémolaire supérieure (15 / 25)
- Deuxième molaire supérieure (17 / 27)
- Première prémolaire supérieure (14 / 24)
Point clé : L’épaisseur de l’os séparant les apex dentaires de la muqueuse sinusienne diminue avec l’âge et avec l’édentement, en raison du phénomène de procidence sinusienne (pneumatisation progressive du sinus dans l’os alvéolaire résiduel).
Ce phénomène explique pourquoi les patients âgés et partiellement édentés sont particulièrement exposés aux CBS lors des avulsions dentaires.
2. La Sinusite Maxillaire d’Origine Dentaire (SMOD)
2.1 Définition
La sinusite maxillaire d’origine dentaire (SMOD) est une réaction inflammatoire de la muqueuse sinusienne consécutive à une infection d’origine dentaire ou iatrogène. Le processus infectieux remonte de la dent vers le sinus via la contiguïté anatomique des structures.
2.2 Étiologies
Étiologie infectieuse d’origine dentaire :
Une source odontogène doit être suspectée chez tout patient présentant un antécédent de douleur ou d’infection dentaire ou parodontale non traitée. Les trois situations les plus fréquentes sont :
- Une carie non traitée évoluant vers la nécrose pulpaire → formation d’un granulome apical → contamination sinusienne
- Une dévitalisation incomplète → persistance d’une pulpe résiduelle infectée → propagation vers le sinus
- Un dépassement de pâte d’obturation (notamment à l’oxyde de zinc eugénate) → substrat favorable au développement d’une aspergillose sinusienne (champignon du genre Aspergillus)
Étiologie iatrogène :
Elle est particulièrement importante à connaître pour le praticien en formation :
- Chirurgie pré-implantaire (élévation du plancher sinusien)
- Traitements endodontiques avec dépassement de pâte
- Avulsions dentaires compliquées
Autres étiologies :
- Tumeurs bénignes ou malignes en évolution dans la région
- Pathologies générales (rare)
2.3 Mécanismes Physiopathologiques
La propagation infectieuse vers le sinus emprunte essentiellement la voie apicale : l’infection dentaire génère une périodontite apicale, puis un granulome ou kyste, qui franchit le mince os alvéolaire séparant l’apex du plancher sinusien.
Plus rarement, c’est une infection parodontale latérale, progressant en profondeur, qui peut atteindre le sinus.
Une fois la muqueuse sinusienne inflammée, le mucus ne parvient plus à s’évacuer normalement par le méat nasal moyen. Il se produit un épaississement muqueux qui obstrue l’ostium, entraîne une augmentation de la pression intrasinusienne et favorise la prolifération bactérienne.
2.4 Microbiologie
L’analyse microbiologique des sécrétions met en évidence une flore mixte, typiquement polymicrobienne :
- Streptococcus viridans, streptocoques bêta-hémolytiques, streptocoques du groupe A
- Streptococcus pneumoniae, Staphylococcus aureus
- Haemophilus parainfluenzae, entérobactéries
- Anaérobes, cocci Gram positifs et Gram négatifs
Une corrélation a été établie entre l’utilisation de certains matériaux d’obturation (oxyde de zinc, corticoïdes) et le développement d’infections mycosiques intra-sinusiennes à Aspergillus, ce qui explique la singularité microbiologique des SMOD iatrogènes par rapport aux sinusites rhinogènes classiques.
3. Formes Cliniques de la Sinusite Maxillaire
3.1 La Sinusite Aiguë
La sinusite aiguë d’origine dentaire peut se confondre avec la périodontite apicale de la dent causale. Elle se manifeste par :
- Une tuméfaction vestibulaire en regard de la dent causale
- Un écoulement de pus d’une seule narine (unilatéralité = signe d’alerte majeur)
- Une cacosmie subjective : mauvaise odeur permanente dans le nez perçue par le patient lui-même
- Des douleurs maxillaires pulsatiles, irradiant vers l’arcade dentaire, sous l’œil et/ou le front
- Une fièvre, inconstante
Examen clinique :
L’examen facial recherche une douleur élective à la pression de la paroi antérieure du sinus maxillaire, sous l’émergence du nerf infraorbitaire.
La rhinoscopie antérieure (après mouchage) montre une congestion muqueuse avec des sécrétions purulentes unilatérales. La rhinoscopie postérieure retrouve du pus au niveau du cavum.
L’examen dentaire recherche un foyer infectieux (caries, parodontopathie) au niveau des dents sinusiennes avec des signes de mortification. Seules les dents réagissant normalement aux tests de vitalité peuvent être écartées.
Examens complémentaires :
L’imagerie est essentielle. Les clichés standard (Blondeau, Hirtz) sont aujourd’hui largement supplantés par la scanographie sinusienne ou le cone beam (CBCT), qui offrent une bien meilleure analyse des rapports dento-sinusiens.
Les signes radiographiques de sinusite sont :
- Une opacité partielle ou totale du sinus
- Une opacité en cadre par hyperplasie muqueuse
- Une opacité avec niveau liquide (visible sur le Blondeau)
- Un corps radio-opaque dense intrasinusien (dépassement de pâte ou aspergillome)
Les signes radiographiques dentaires sont :
- Une radio-clarté coronaire d’une carie
- Une radio-clarté péri-radiculaire d’une parodontite apicale (granulome ou kyste)
Pour approfondir vos connaissances en endodontie et parodontologie, le manuel Endodontie, prothèse et parodontologie constitue une référence académique complète, régulièrement recommandée dans les facultés francophones.
3.2 La Sinusite Chronique
C’est la forme la plus fréquente, touchant surtout l’adulte de plus de 30 ans. La symptomatologie se résume à une rhinorrhée unilatérale, purulente et fétide, évoluant de manière cyclique par poussées de réchauffement sans retour à la normale.
L’unilatéralité de la symptomatologie est un argument clinique fort en faveur d’une origine dentaire, par opposition aux sinusites bilatérales d’origine rhinogène.
3.3 La Sinusite Atténuée
Cette forme pose de difficiles problèmes diagnostiques et thérapeutiques car les lésions dentaires causales ont été partiellement traitées sous l’effet d’une antibiothérapie ou d’un traitement endodontique incomplet.
La symptomatologie est pauvre : rhinorrhée peu abondante et non fétide, signes fonctionnels discrets. Les signes sont essentiellement radiographiques, découverts à l’occasion d’une poussée inflammatoire ou d’un bilan d’infection focale. L’imagerie retrouve généralement une opacité du plancher sinusien évoquant un épaississement polypoïde ou kystique de la muqueuse.
4. Traitement de la Sinusite Maxillaire d’Origine Dentaire
La prise en charge de la SMOD est médico-chirurgicale et doit s’articuler en deux temps : le traitement du sinus, puis le traitement de la cause dentaire.
4.1 Traitement Symptomatique (Sinusite Bactérienne)
Dans les formes aiguës, le traitement repose sur :
- Une antibiothérapie per os par amoxicilline (6 à 10 jours) en première intention
- En cas d’allergie : macrolide ou céphalosporine de deuxième génération (3 à 5 jours)
- En cas de résistance : antibiothérapie ciblée selon l’antibiogramme
- Alternative : fluoroquinolone à large spectre ou amoxicilline + acide clavulanique à haute dose (4 g/jour)
- Des lavages sinusiens avec des solutions antiseptiques peuvent être envisagés
4.2 Traitement de la Cause Dentaire
Le traitement dentaire est l’élément central et incontournable de la prise en charge :
- Extraction de la dent causale (si non conservable)
- Traitement conservateur : dévitalisation et retraitement endodontique (si la dent est conservable)
- Élimination de tout corps étranger intrasinusien (pâte d’obturation débordante)
4.3 Traitement Chirurgical
Dans les formes chroniques avec tissu granulomateux intrasinusien et une fois l’infection contrôlée, une intervention chirurgicale peut être nécessaire pour restaurer les fonctions de drainage et de ventilation de la cavité sinusienne.
La voie d’abord de référence est endoscopique, avec réouverture de l’ostium par méatotomie moyenne.
Pour les sinusites mycosiques d’origine dentaire, la prise en charge est similaire mais associe un geste chirurgical à un éventuel traitement antifongique oral.
5. Les Communications Bucco-Sinusiennes (CBS)
5.1 Définition et Classification
Une CBS se définit comme une discontinuité ostéo-muqueuse entre la cavité buccale et le sinus maxillaire.
Elles sont classées selon :
- La taille : petite (< 3 mm), moyenne (3 à 5 mm), grande (> 5 mm)
- La topographie : alvéolaire, vestibulaire, palatine
- L’ancienneté : récente (< 3 semaines) ou ancienne (> 3 semaines)
5.2 Étiologies
Les CBS sont dans la grande majorité des cas (95 %) d’origine iatrogène, principalement lors des avulsions dentaires des dents en rapport étroit avec le sinus. Les autres étiologies comprennent :
- Chirurgie proche du sinus (implantologie, chirurgie osseuse)
- Traumatismes maxillo-faciaux
- Tumeurs
- Maladies générales (syphilis, sarcoïdose, etc.)
5.3 Diagnostic
Le diagnostic de CBS est clinique et radiologique :
- Présence de bulles d’air dans l’alvéole après avulsion dentaire
- Sensation de fuite d’air ou passage d’aliments par le nez
- La manœuvre de Valsalva (douce !) : le patient bouche son nez et souffle doucement ; le passage d’air dans la cavité buccale confirme la CBS
- Exploration prudente de l’alvéole avec une curette ou une canule
- La sinusite maxillaire peut être révélatrice d’une CBS méconnue
- L’imagerie (CBCT) est indispensable pour évaluer les rapports dento-sinusiens et rechercher des corps étrangers
Attention : La manœuvre de Valsalva doit être réalisée doucement pour ne pas aggraver une CBS en propulsant des germes buccaux dans le sinus.
5.4 Traitement
Le traitement est tributaire de plusieurs paramètres : l’ancienneté, le siège, la taille de la CBS et la présence ou non d’une infection sinusienne associée.
Pour les CBS récentes :
- CBS < 3 mm : simple surveillance avec protection et consignes postopératoires (ne pas se moucher, éviter de cracher)
- CBS moyennes à grandes : fermeture chirurgicale par lambeau dès que possible (taux de réussite de 95 % si réalisée précocement en l’absence d’infection)
Les techniques de fermeture incluent :
- Lambeaux locaux : vestibulaires ou palatins
- Lambeaux locorégionaux : boule graisseuse de Bichat, lambeau lingual
- Autres techniques : autotransplantation dentaire, implant, greffe osseuse, biomatériaux
Pour les CBS anciennes (> 3 semaines) :
Aucune tentative de fermeture chirurgicale ne doit être réalisée en présence d’une infection sinusienne active. Il faut impérativement traiter d’abord la sinusite, puis planifier la fermeture.
Toute inflammation ou infection résiduelle est un facteur de mauvais pronostic pour la fermeture d’une CBS.
5.5 Causes d’Échec de la Fermeture
Les principales causes d’échec des plasties de fermeture sont :
- Fermeture sur une infection sinusienne non correctement traitée
- Défaut de vascularisation du lambeau utilisé
- Excès de tension sur les sutures des lambeaux de fermeture
Quelle Approche Thérapeutique Choisir ? Tableau Comparatif
Ce tableau synthétise les éléments décisionnels pour orienter la prise en charge selon la situation clinique rencontrée.
| Critère | SMOD Aiguë | SMOD Chronique | CBS Récente < 3 mm | CBS Récente > 3 mm | CBS Ancienne |
|---|---|---|---|---|---|
| Urgence | Oui | Non | Oui | Oui | Non |
| Antibiothérapie | Systématique | Si surinfection | Prophylaxie | Prophylaxie | Indispensable |
| Traitement dentaire | Immédiat | Immédiat | Avulsion réalisée | Avulsion réalisée | Réalisé |
| Geste chirurgical sinusien | Rarement | Méatotomie | Non | Non | Si sinusite |
| Fermeture CBS | Non | Non | Surveillance | Lambeau immédiat | Différée |
| Pronostic | Bon si traité | Réservé si tardif | Excellent | Très bon (95 %) | Bon si sinusite traitée |
| Délai de prise en charge | < 48h | Programmé | Séance | Séance | Programmé |
Erreurs Fréquentes à Éviter
Erreur 1 : Ne pas penser à l’origine dentaire devant une sinusite unilatérale
Pourquoi c’est problématique : Un traitement ORL seul (lavages, corticoïdes, chirurgie nasale) ne guérira jamais une sinusite dont la cause dentaire persiste. Le patient entre dans un cycle de rechutes chroniques.
Bonne pratique : Devant toute sinusite maxillaire unilatérale, systématiquement demander un CBCT et examiner les dents antrales. L’unilatéralité est le signal d’alerte principal de l’origine dentaire.
Erreur 2 : Réaliser une avulsion sans évaluer les rapports dento-sinusiens
Pourquoi c’est problématique : L’avulsion d’une molaire ou prémolaire supérieure sans bilan radiographique préalable expose à créer une CBS non anticipée, sans les conditions pour la fermer immédiatement.
Bonne pratique : Avant toute avulsion dans le secteur 14-27, analyser soigneusement la radiographie (panoramique ou CBCT) pour évaluer la procidence sinusienne et planifier la fermeture si nécessaire. Informer le patient du risque de CBS.
Erreur 3 : Tenter de fermer une CBS en présence d’une infection sinusienne active
Pourquoi c’est problématique : La fermeture chirurgicale sur fond infectieux est vouée à l’échec (nécrose du lambeau, déhiscence des sutures) et aggrave la situation en enfermant l’infection.
Bonne pratique : Traiter impérativement la sinusite en premier lieu (antibiothérapie, drainage si nécessaire), puis programmer la fermeture à distance, dans un contexte aseptique.
Erreur 4 : Obturer au-delà de l’apex sans contrôle radiologique
Pourquoi c’est problématique : Le dépassement de pâte d’obturation (surtout à l’oxyde de zinc eugénate) dans le sinus constitue un corps étranger et un substrat à Aspergillus. L’aspergillose sinusienne est difficile à traiter et nécessite une chirurgie.
Bonne pratique : Travailler en longueur de travail strictement contrôlée (apex locator + cliché de travail), éviter l’obturation à la pâte seule pour les dents sinusiennes, et vérifier systématiquement l’absence de dépassement par radiographie postopératoire.
Erreur 5 : Omettre les consignes postopératoires après avulsion dans la zone sinusienne
Pourquoi c’est problématique : Une CBS petite et non détectée peut s’aggraver si le patient se mouche avec force, favorisant la contamination du sinus et rendant la fermeture spontanée impossible.
Bonne pratique : Systématiquement délivrer des consignes claires après toute avulsion dans le secteur prémolo-molaire supérieur : ne pas se moucher, ne pas cracher, ne pas fumer, éviter les boissons chaudes. Réaliser la manœuvre de Valsalva en fin d’intervention pour dépister une CBS infraclinique.
Erreur 6 : Sous-estimer la sinusite atténuée par une antibiothérapie incomplète
Pourquoi c’est problématique : Un traitement antibiotique prescrit sans traitement de la cause dentaire masque temporairement les symptômes mais entretient un foyer chronique qui peut se compliquer (polypes, sinusite chronique rebelle).
Bonne pratique : L’antibiothérapie est un traitement d’appoint, jamais curatif seul. Le traitement de la cause dentaire (extraction ou retraitement endodontique) est indispensable et doit être planifié sans délai.
Cas Cliniques Commentés
Cas Clinique 1 — Sinusite aiguë révélatrice d’une nécrose méconnue
Présentation : Ahmed, 38 ans, sans antécédent notable, consulte pour des douleurs unilatérales droites sous l’œil et une obstruction nasale avec écoulement purulent depuis 10 jours. Il rapporte une douleur dentaire au niveau d’une molaire supérieure droite il y a deux mois, traitée par antalgiques, ayant cédé spontanément.
Problématique : L’examen dentaire révèle la 16 avec une carie profonde, insensible aux tests de vitalité (nécrose pulpaire). Le CBCT montre une opacité partielle du sinus maxillaire droit et un élargissement desmodontal apical de la 16, sans dépassement de l’apex dans le sinus.
Prise en charge : Antibiothérapie par amoxicilline 3 g/jour pendant 7 jours. Traitement endodontique de la 16 dans la même semaine. Contrôle sinusien à 6 semaines.
Évolution : Régression complète de la symptomatologie à 3 semaines. L’imagerie de contrôle à 3 mois montre un sinus normalement aéré. Ce cas illustre le rôle de la nécrose pulpaire asymptomatique comme cause silencieuse de sinusite.
Cas Clinique 2 — CBS après avulsion de la 26
Présentation : Fatima, 55 ans, édentée partielle, se présente 24 heures après l’avulsion de sa 26 réalisée en urgence dans un autre cabinet. Elle se plaint de liquides qui “remontent dans le nez” lorsqu’elle boit.
Problématique : La manœuvre de Valsalva confirme une CBS. L’alvéole présente quelques bulles d’air. Le CBCT préopératoire (non réalisé) aurait montré une procidence sinusienne importante avec les apex de la 26 pénétrant dans le sinus. La CBS mesure environ 5 mm.
Prise en charge : Antibiothérapie prophylactique (amoxicilline), consignes strictes, et fermeture chirurgicale sous anesthésie locale par lambeau vestibulaire en trapèze. Sutures hermétiques sans tension.
Évolution : Guérison complète à 3 semaines. Ce cas illustre l’importance du bilan radiographique préopératoire et de la planification préalable pour les avulsions en zone sinusienne. > Un kit d’urgence dentaire peut être utile comme première approche de protection de l’alvéole en attendant une prise en charge spécialisée.
Cas Clinique 3 — Aspergillose sinusienne sur dépassement de pâte
Présentation : Karim, 47 ans, consulte pour une sinusite chronique droite rebelle à plusieurs cures antibiotiques. Il signale une dévitalisation de la 15 réalisée il y a 3 ans.
Problématique : Le CBCT révèle une opacité totale du sinus droit avec un corps étranger radio-opaque dense intrasinusien correspondant à un dépassement de pâte d’oxyde de zinc lors du traitement endodontique. L’analyse microbiologique du prélèvement sinusien met en évidence Aspergillus fumigatus.
Prise en charge : Reprise endodontique de la 15 avec élimination de la pâte en excès. Exérèse chirurgicale endoscopique (FESS – méatotomie moyenne) du corps étranger intrasinusien et du tissu fongique. Traitement antifongique oral par itraconazole pendant 3 mois.
Évolution : Guérison clinique et radiologique à 6 mois. Ce cas illustre la nécessité d’un contrôle radiographique systématique après tout traitement endodontique des dents postérieures supérieures, et les risques liés au dépassement de pâte d’obturation.
Pour approfondir la gestion de ces situations complexes, le Guide clinique d’odontologie offre une synthèse actualisée de la pratique clinique francophone.
Foire Aux Questions (FAQ)
Qu’est-ce qui distingue une sinusite maxillaire d’origine dentaire d’une sinusite rhinogène classique ?
La sinusite d’origine dentaire est presque toujours unilatérale, souvent associée à une cacosmie subjective marquée, et survient dans un contexte de pathologie dentaire (carie, nécrose, soin récent). La sinusite rhinogène est le plus souvent bilatérale. L’imagerie et l’examen dentaire permettent de confirmer l’origine.
Toutes les dents supérieures sont-elles en rapport avec le sinus maxillaire ?
Non. Les dents antrales principales sont, par ordre de fréquence : la première molaire (16/26), la deuxième prémolaire (15/25), la deuxième molaire (17/27), puis la première prémolaire (14/24). Les incisives et canines ne sont généralement pas en rapport avec le sinus maxillaire.
Une petite communication bucco-sinusienne peut-elle se refermer spontanément ?
Oui. Les CBS de petite taille (inférieure à 3 mm), récentes et sans infection sinusienne associée peuvent se fermer spontanément si les conditions locales sont favorables et si des consignes postopératoires strictes sont respectées (ne pas se moucher, ne pas cracher). Une surveillance clinique rapprochée est toutefois indispensable.
Quand faut-il réaliser la manœuvre de Valsalva après une avulsion ?
Elle doit être réalisée en fin d’intervention, avant le départ du patient, pour toute avulsion dans le secteur prémolo-molaire supérieur. Elle doit être douce (souffler progressivement sans forcer) pour ne pas aggraver une CBS infraclinique ni contaminer le sinus.
Est-ce que l’antibiothérapie seule suffit à traiter une sinusite maxillaire d’origine dentaire ?
Non. L’antibiothérapie est un traitement symptomatique qui contrôle temporairement l’infection, mais elle ne peut pas éliminer la cause. Sans traitement de la dent causale (extraction ou retraitement endodontique), la sinusite récidivera inévitablement. Le traitement de la cause dentaire est obligatoire.
Quel examen d’imagerie est recommandé en première intention pour explorer une sinusite d’origine dentaire ?
Le CBCT (cone beam) est l’examen de référence. Il permet d’analyser avec précision les rapports apex-plancher sinusien, de détecter des corps étrangers intrasinusiens, d’évaluer l’épaisseur osseuse et de guider la décision thérapeutique. La radiographie panoramique reste un examen de dépistage utile en première intention.
La sinusite d’origine dentaire nécessite-t-elle toujours une prise en charge chirurgicale ORL ?
Pas systématiquement. Dans les formes aiguës sans complication, le traitement dentaire associé à une antibiothérapie suffit généralement à obtenir la guérison. La chirurgie ORL (méatotomie endoscopique) est réservée aux formes chroniques avec tissu granulomateux intrasinusien ou à la présence d’un corps étranger non accessible par voie dentaire.
Quelles précautions prendre avant d’extraire une dent proche du sinus pour minimiser le risque de CBS ?
Les précautions essentielles sont : réaliser un bilan radiographique préopératoire (panoramique ou CBCT), informer le patient du risque de CBS, travailler avec délicatesse en évitant les mouvements de traction verticale brutaux, avoir à disposition le matériel nécessaire à la fermeture immédiate (fils résorbables, instruments de lambeau), et réaliser la manœuvre de Valsalva en fin d’intervention.
Conclusion
La relation entre les dents et le sinus maxillaire est un sujet transversal qui touche à l’endodontie, la chirurgie buccale, la parodontologie et l’ORL. Sa maîtrise est indispensable pour tout praticien souhaitant exercer en toute sécurité.
Points clés à retenir :
- Devant toute sinusite maxillaire unilatérale, suspectez une origine dentaire
- Une antibiothérapie seule n’est jamais suffisante : le traitement de la cause dentaire est impératif
- Toujours évaluer les rapports dento-sinusiens avant une avulsion dans le secteur 14-27
- La CBS récente et volumineuse doit être fermée immédiatement, en dehors de tout contexte infectieux
- La manœuvre de Valsalva est l’outil diagnostique simple et incontournable pour dépister une CBS
ResiDentaire™ | Plateforme de QCM Médecine Dentaire ResiDentaire
Pour préparer votre internat en odontologie et approfondir ces thématiques, les Annales corrigées de l’internat en odontologie 2022-2024 constituent un outil de révision précieux.
Références Bibliographiques
- Briche T., Raynal M., Kossowski M., Seigneuric JB. et Denhez F. « Relations pathologiques entre les dents et les sinus maxillaires », Encyclopédie Médico-Chirurgicale, Stomatologie, 22-038-A-10, 2003.
- Cavézian R., Pasquet G., Bel G., Baller G. « Imagerie dento-maxillaire : Approche radio-clinique », Masson, Paris, 2001.
- Eloy P., Nollevaux M.-C., Bertrand B. « Physiologie des sinus paranasaux », Encyclopédie Médico-Chirurgicale, Oto-rhino-laryngologie, 20-416-A-10, 2005.
Cette page contient des liens d’affiliation Amazon. En cliquant dessus, vous n’êtes pas tenu de vous procurer les produits suggérés, mais si vous le faites, cela ne vous coûte rien de plus et cela m’aide à financer ce site.
Leave a Reply