LE TRAITEMENT DES EDENTEMENTS DISTAUX

Traitement des Édentements Distaux en Prothèse Amovible Partielle : Guide Complet

Mots-clés : édentement distal, prothèse partielle adjointe, classe I Kennedy-Applegate, classe II K.A, châssis métallique, crochet Nally-Martinet, empreinte anatomo-fonctionnelle, selle en extension, prothèse amovible


Introduction

Le traitement des édentements distaux représente l’un des défis les plus complexes de la prothèse amovible partielle (PAP). Contrairement aux édentements encastrés, les classes I et II de Kennedy-Applegate (K.A) impliquent une dualité de support qui impose au clinicien une réflexion biomécanique rigoureuse à chaque étape de la conception prothétique.

Aucune décision thérapeutique ne peut être prise en l’absence de trois éléments fondamentaux :

  • L’observation clinique : examen des tissus dentaires et muco-osseux, analyse de l’état parodontal, évaluation des dents pilières
  • L’examen radiologique : bilan long cône ou panoramique pour évaluer le support osseux et les apex
  • L’analyse des modèles d’étude sur articulateur et au paralléliseur : détermination de l’axe d’insertion, inventaire des contre-dépouilles et zones rétentives

Ce guide, destiné aux étudiants en odontologie, détaille les problèmes posés par les édentements distaux, les solutions biomécaniques disponibles, et le protocole clinique et laboratoire à suivre, du tracé du châssis jusqu’à la mise en bouche.

📚 Pour approfondir vos bases théoriques, le Référentiel internat en parodontologie constitue un excellent complément à ce cours sur les relations prothèse-parodonte.

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1. Les Problèmes Posés par les Édentements Distaux et Leurs Solutions

Le tracé idéal du châssis des classes I et II K.A, de la classe I modification 1 et de la classe II modification 1 sera abordé après une analyse approfondie des difficultés cliniques spécifiques à ces édentements.

1.1 Premier Problème : La Dualité Tissulaire

Les classes I et II K.A ne peuvent être traitées que par une prothèse partielle adjointe, car il s’agit d’édentements postérieurs. La prothèse repose alors sur un support mixte dentaire et ostéo-muqueux.

En revanche, pour des édentements encastrés (classes III, IV, V, VI), il faut choisir entre prothèse fixée ou amovible, avec un support principalement dentaire dans le cas de l’amovible.

Ainsi, dans le traitement des édentements distaux, la prothèse prend appui à la fois sur des supports dentaires et muco-osseux. Comment harmoniser la construction en respectant des exigences physiologiques et biomécaniques différentes, voire opposées ?

La viscoélasticité de la fibro-muqueuse

Pendant longtemps, on a cru que la fibro-muqueuse était élastique et qu’elle pouvait reprendre sa forme initiale après une pression. Aujourd’hui, on sait que :

  • La fibro-muqueuse peut se déprimer de 0,4 à 2 mm sous l’effet d’une pression
  • Le retour à son volume initial ne se produit pas immédiatement après cessation de la force
  • Ce comportement, appelé viscoélasticité, a été mis en évidence par les travaux de Turk, Daly, Kydd, Pilloud, Nally, Cimasoni, Piton et Wills

Grâce à son desmodonte, la dent subit un enfoncement axial physiologique limité à 0,1 mm, contre 0,4 à 2 mm pour la fibro-muqueuse. Le terrain sur lequel reposent les selles d’une prothèse de classe I ou II K.A est donc instable : il n’est pas élastique, mais se transforme.

Solutions à la dualité tissulaire

L’empreinte secondaire anatomo-fonctionnelle permet d’obtenir les meilleures relations entre le châssis métallique (support dentaire) et les selles (support muco-osseux), en dissociant l’appui.

Le contrôle et le rebasage régulier des selles remédie aux modifications du support muco-osseux au fil du temps.

L’utilisation de crochets à appui occlusal : Huit crochets, différant par la position de la connexion secondaire et l’appui occlusal, ont été testés expérimentalement. Les meilleurs résultats ont été obtenus avec le crochet Nally-Martinet et le crochet à action postérieure, tous deux avec une connexion secondaire en mésiale.

A. Le Crochet Nally-Martinet

C’est un crochet à connexion secondaire mésiale, utilisé pour répartir équilibrément les charges entre les tissus osseux et les dents. Il favorise la décomposition des forces occlusales en :

  • Une composante axiale (selon le grand axe de la dent), bien tolérée, sollicitant les fibres obliques du desmodonte
  • Une composante horizontale disto-mésiale, maintenant un contact étroit avec la dent voisine, permettant aux dents restantes de participer à la contention du pilier

Avantages cliniques :

  • Sollicitation régulière de la fibro-muqueuse par les selles, en modifiant favorablement l’axe de leur mouvement lors de la mise en charge
  • Indépendance relative de la selle par rapport aux dents pilières, permettant l’expression de la viscoélasticité
  • Évite la version distale de la dent pilière
  • Moins traumatisant pour la dent grâce à son élasticité, qui soulage la dent support

B. Le Crochet à Action Postérieure

Il diffère du crochet Nally-Martinet uniquement par la position du taquet, situé dans la fossette opposée à la connexion, en raison de la morphologie de la dent pilière ou d’une occlusion difficile. Sa principale indication concerne les dents postérieures isolées.


1.2 Deuxième Problème : Le Déplacement des Selles en Extension

L’analyse montre que ces déplacements sont directement liés à des facteurs anatomo-physiologiques : anatomie des crêtes édentées, comportement biomécanique différent des structures d’appui, nombre et répartition des dents supports.

Selon Tabet, le déplacement d’une selle en extension peut résulter de la combinaison de six mouvements fondamentaux dans les trois plans de l’espace :

Mouvements de translation : translation verticale, translation horizontale, translation mésio-distale (ou disto-mésiale)

Mouvements de rotation : rotation distale verticale (vers muqueuse / soulèvement), rotation dans le plan horizontal, rotation autour de l’axe de crête

Solutions aux déplacements de selles

La conception globale du châssis contrecarre les mouvements de Tabet :

MouvementContrecarré par
Translation verticale (sens apical)Étendue des selles, partiellement par les appuis occlusaux directs
Translation verticale (sens occlusal)Action des bras rétentifs des crochets
Translation horizontaleBras de calage des crochets
Translation mésio-distaleBras de calage des crochets et appuis indirects
Rotation distale verticale (vers muqueuse)Large appui des selles
Rotation distale verticale (soulèvement)Appuis occlusaux indirects
Rotation autour des crêtesAction alternée des bras rétentifs et de calage
Rotation dans le plan horizontalTous les éléments de la prothèse

2. Tracé Idéal des Châssis de Classes I et II (K.A)

La PPA est constituée d’une connexion principale, d’une connexion secondaire, des crochets et des grilles de rétention.

2.1 Classe I Inférieure (K.A)

A. Connexion principale

La barre linguale est utilisée lorsque l’espace entre le plancher buccal et les collets des dents est ≥ 7 mm.

  • Section en demi-poire (partie plane vers la muqueuse, partie volumineuse vers le plancher)
  • Largeur : 1,7 à 2 mm selon la longueur — Hauteur : 3,5 mm
  • Position : à environ 0,2 mm de la gencive si la table interne est verticale ; éloignée si elle est oblique

Si l’espace est < 7 mm ou si la morphologie des dents est défavorable, un bandeau lingual est réalisé. Ce bandeau entre en contact avec les faces linguales des dents au-dessus du cingulum, empiète sur la fibro-muqueuse sans la toucher (décharge 0,3 mm), se termine à 1 mm du frein lingual, et nécessite des appuis indirects.

Les appuis indirects doivent répondre à trois impératifs : rigidité et résistance (section 1,5 à 2 mm), respect des tissus mous, et confort du patient (section triangulaire, décharge de 0,2 à 0,4 mm).

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B. Crochets

Crochet Nally-Martinet : appui direct mésial, connexion secondaire mésiale. Bras continu sur ¼ de la circonférence. Rétention assurée par l’extrémité vestibulaire franchissant la ligne guide en mésio-vestibulaire. Indiqué pour prémolaires et canines (inesthétique sur canine : préférer l’équipoise ou crochet barre).

Crochet à action postérieure : similaire au Nally-Martinet, taquet dans la fossette opposée à la connexion. Indiqué pour dents postérieures isolées.

Crochet équipoise : réalisé sur une restauration scellée. Système tenon-mortaise (partie femelle sur élément scellé en mésiale, partie mâle sur connexion secondaire, extrémité flexible en distale). Esthétique mais délicat. Contre-indiqué si couronne clinique courte ou espace interdentaire mésial insuffisant.

Crochets barres : basés sur le principe de Roach. Formes courantes : T, Y, I, système RPI.

C. Appuis Occlusaux Indirects

Comprennent les appuis occlusaux secondaires et les barres cingulaires. Leurs rôles : contrecarrer les forces délogeant la prothèse, limiter les contraintes sur les piliers, améliorer la répartition des charges. Indispensables à la mandibule : deux appuis pour classe I inférieure. Plus efficaces s’ils sont éloignés des appuis directs, élargissant le polygone de sustentation.


2.2 Classe I Supérieure (K.A)

Connexion principale : plaque palatine pleine pour répartir les forces sur une large surface. Se termine à 1 mm en avant du palais postérieur. Largement découpée en avant (trou palatin et papille découverts). Décharge de 0,2 à 0,3 mm en cas de torus médian.

Connexion secondaire : réduite au minimum pour limiter l’encombrement lingual.

Crochets et Appuis indirects : identiques à ceux de la classe I inférieure. Les appuis indirects sont moins essentiels grâce à la plaque palatine. Si nécessaires, placés sur la connexion secondaire du crochet.


2.3 Classe II Inférieure (K.A)

Côté édenté : portion du châssis de classe I inférieure.

Côté denté : le crochet double de Bonwill est indiqué sur la deuxième prémolaire et la première molaire du côté opposé. L’appui indirect est supprimé de ce côté.


2.4 Classe II Supérieure (K.A)

Le crochet Bonwill est parfois placé entre la première et la deuxième molaire pour raisons esthétiques. La plaque palatine est découpée antérieurement et dans la zone d’approche des dents restantes, éloignée de 6 mm des collets pour éviter l’altération gingivale. Le calage de la plaque et la rigidité du crochet double permettent de supprimer l’appui indirect.


2.5 Classe I Modification 1 (K.A)

Traitement en deux temps :

  1. Réalisation d’un bridge fixé pour combler le segment édenté encastré
  2. Conception d’une prothèse amovible typique de classe I (K.A)

Ce principe est crucial lorsque l’édentement encastré suit immédiatement la dernière dent restante, car une dent pilière isolée avec une selle en prolongement est biomécaniquement précaire. En cas d’impossibilité budgétaire, combiner les principes des deux types d’édentements.


2.6 Classe II Modification 1 Inférieure (K.A)

  • Côté de la selle en prolongement : châssis conçu comme pour une classe I ou II (K.A)
  • Côté de la selle encastrée : deux crochets Ackers peuvent être utilisés

Si la conservation à long terme du dernier pilier est douteuse, un crochet Nally-Martinet est préférable pour anticiper une transformation en classe I après perte de la dernière molaire.


2.7 Classe II Modification 1 Supérieure (K.A)

Mêmes principes. La connexion principale doit comprendre une plaque palatine. Deux appuis occlusaux (crochet anneau) sur une dent pilière isolée bordant une zone édentée encastrée constituent une solution simple et efficace.


3. Préparation en Bouche

Les préparations concernent uniquement l’émail pour créer :

  • Des surfaces de guidage selon l’axe d’insertion choisi, facilitant l’insertion et la désinsertion
  • Des logettes d’appui à l’aide d’une fraise boule

Ces préparations doivent être réalisées avec soin pour ne pas fragiliser les dents pilières.


4. L’Empreinte de Travail

Les élastomères de synthèse sont recommandés. La coulée se fait avec du plâtre extra-dur. Le modèle est analysé au paralléliseur pour déterminer l’axe d’insertion, inventorier les contre-dépouilles et définir la ligne guide de chaque dent pilière.


5. Essai du Châssis Nu en Bouche

Contrôler : l’adaptation aux structures dentaires et ostéo-muqueuses, l’intensité des forces lors de l’insertion, les rapports d’occlusion. Tout espace entre un taquet et sa logette doit être corrigé avant de poursuivre.


6. L’Empreinte Anatomo-Fonctionnelle

Sans prise en compte du tassement muqueux sous charge fonctionnelle, les prothèses de classes I, II ou VI perdent rapidement le soutien des rebords alvéolaires, devenant instables et surchargeant les piliers.

6.1 Empreinte Partielle de Correction — Technique MacCracken

Matériau : Cire thermoplastique à température buccale (ex. Korecta-Wax n°4 de Kerr)

Protocole :

  1. Tracer sur le modèle le contour des selles (ligne muco-gingivale, insertions musculaires et frénales)
  2. Construire des selles en résine auto-polymérisable avec une cire d’espacement de 0,4 à 0,5 mm
  3. Vérifier les bords des selles porte-empreintes, corriger les sur-extensions
  4. Garnir l’intrados avec de la cire liquéfiée à 60°C
  5. Placer le châssis sans insertion optimale ; le patient ferme sans serrer pendant 3 à 4 minutes
  6. Insérer le châssis à fond en appuyant sur les appuis occlusaux (sans pression sur les selles)
  7. Retirer, rincer, assécher. Examiner : zones brillantes = contact intime ✓ ; zones plicaturées = manque de matériau ✗
  8. Compléter les zones déficientes, répéter l’insertion avec mouvements fonctionnels (langue, joues, lèvres) pendant 4 à 5 minutes
  9. Retirer, rincer, assécher, vérifier. Répéter si nécessaire

Pour le joint périphérique : Éliminer les excès de cire, couper la moitié des parois, éviter la cire sur le bord lingual postérieur (crête mylo-hyoïdienne). Appliquer une nouvelle couche, répéter les mouvements fonctionnels pendant 8 à 10 minutes. Arroser d’eau glacée en maintenant le châssis, retirer avec soin.

6.2 Technique du Modèle Reconstitué (ou Corrigé)

  1. Élimination du matériau fixé sur l’intrados du châssis
  2. Découpage du modèle pour permettre la remise en place du châssis sans interférences
  3. Solidarisation du châssis au modèle avec de la cire collante
  4. Coffrage de l’empreinte et coulée du plâtre

7. Enregistrement de l’Occlusion et Mise en Articulateur

Étape clé pour établir la dimension verticale d’occlusion (DVO), enregistrer la relation centrée (RC) et transférer ces données sur articulateur pour le montage des dents.


8. Essai Fonctionnel

Contrôles : phonétique (consonnes sibilantes et labiodentales), stabilité (absence de basculement sous pression unilatérale), occlusion (contacts homogènes en RC et en IM, mouvements de latéralité et propulsion).


9. Polymérisation et Finitions de la Prothèse

La polymérisation doit respecter un cycle adapté pour éviter les porosités. Les finitions incluent polissage des surfaces d’occlusion, lissage des bords de selles et vérification de l’adaptation du châssis après polymérisation.


10. Mise en Bouche et Contrôle

Vérifier : insertion correcte de la prothèse, occlusion en RC et en IM, mouvements de latéralité et propulsion.

Instructions au patient : mise en place et retrait, hygiène personnelle (brossage, entretien des pilières), contrôles réguliers. Un premier contrôle à 6-8 mois est indispensable pour le rebasage des selles.

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Quelle Solution Vous Convient le Mieux ? Comparatif des Crochets pour Édentements Distaux

Ce tableau synthétise les principaux crochets utilisés dans le traitement des édentements distaux pour vous aider à choisir selon la situation clinique.

CritèreNally-MartinetAction postérieureÉquipoiseCrochet barre (RPI)Double Bonwill
Classe indiquéeI et II inf.I et II (dents isolées)I et II (esthétique)I et IIII bilatérale
Position taquetMésialFossette distaleMésial (semi-précision)Mésio-occlusalDouble taquets
Connexion secondaireMésialeMésialeMésialeVariableBilatérale
Traumatisme pilierFaibleFaibleTrès faibleFaibleModéré
EsthétiqueMoyenneMoyenneTrès bonneBonneFaible
Indication prioritairePM et molairesDents post. isoléesCanines, PMDents à grand contourCôté denté Cl. II
Restauration requiseNonNonOui (scellée)NonNon
ComplexitéSimpleSimpleComplexeModéréeModérée

Erreurs Fréquentes à Éviter dans le Traitement des Édentements Distaux

Erreur 1 : Ne pas réaliser d’empreinte anatomo-fonctionnelle

Problème : Une empreinte au repos ne reflète pas la réalité fonctionnelle des crêtes. Les selles seront instables dès la mise en charge, entraînant basculement, douleurs et surcharge des piliers.

Bonne pratique : Toujours réaliser l’empreinte sous légère pression fonctionnelle (technique MacCracken ou modèle corrigé), en faisant effectuer des mouvements fonctionnels au patient.

Erreur 2 : Utiliser un crochet Ackers sur la dernière dent bordant une selle en extension

Problème : Le crochet Ackers génère un effet de levier qui bascule la selle vers l’apical et exerce une force de version distale sur la dent pilière, pouvant mener à sa perte prématurée.

Bonne pratique : Utiliser systématiquement le crochet Nally-Martinet ou à action postérieure (connexion secondaire mésiale) pour les selles en extension.

Erreur 3 : Oublier les appuis occlusaux indirects en classe I mandibulaire

Problème : Sans appuis indirects, le châssis glisse le long des faces linguales lors du soulèvement des selles, irritant les tissus et déstabilisant la prothèse.

Bonne pratique : Placer au minimum deux appuis indirects éloignés des appuis directs pour élargir le polygone de sustentation.

Erreur 4 : Omettre le rebasage lors des contrôles de suivi

Problème : La fibro-muqueuse se remodèle avec la résorption osseuse. Une selle mal adaptée crée des zones de compression, des douleurs et une perte d’équilibre occlusal.

Bonne pratique : Prévoir systématiquement un contrôle à 6-8 mois avec rebasage anatomo-fonctionnel. Renouveler à chaque signe de déséquilibre.

Erreur 5 : Négliger la préparation des logettes d’appui en bouche

Problème : Un taquet sur une surface non préparée est instable et peut basculer lors des forces masticatoires.

Bonne pratique : Aménager les logettes à la fraise boule dans l’émail, selon l’axe d’insertion défini au paralléliseur, avant toute empreinte de travail.

Erreur 6 : Traiter directement une classe I modification 1 sans bridge préalable

Problème : Une dent pilière isolée avec une selle en prolongement immédiate est biomécaniquement précaire.

Bonne pratique : Traiter en deux temps (bridge puis prothèse amovible). En cas d’impossibilité, adapter la conception du châssis et anticiper la perte future du pilier isolé.


Cas Cliniques Commentés

Cas Clinique 1 : Classe I Mandibulaire chez un Patient de 58 ans

Présentation : M. A., 58 ans, gêne masticatoire. Édentation bilatérale postérieure mandibulaire (36, 37, 46, 47 absentes). Crêtes modérément résorbées. Les 35 et 45 sont les dernières dents distales. Bon état parodontal.

Problématique : Classe I K.A mandibulaire typique. La viscoélasticité de la fibro-muqueuse impose une conception spécifique du châssis.

Prise en charge : Barre linguale (espace ≥ 7 mm), crochets Nally-Martinet sur les 35 et 45, deux appuis indirects sur les 32/33 et 42/43. Empreinte anatomo-fonctionnelle (MacCracken) après essai du châssis nu. Rebasage programmé à 6 mois.

Résultat attendu : Prothèse stable, confort retrouvé, piliers préservés grâce à la dissociation des supports.

Point clé : L’importance du Nally-Martinet et des appuis indirects pour contrecarrer les rotations de selles en classe I.


Cas Clinique 2 : Classe II Inférieure Gauche avec Pilier Isolé

Présentation : Mme B., 64 ans. Absence des 36, 37, la 35 est seul pilier distal gauche. Secteur droit intact (44, 45, 46 présents).

Problématique : Selle unilatérale en extension avec pilier isolé. Risque de version distale de la 35 et de surcharge si le châssis est inadapté.

Prise en charge : Côté édenté : crochet Nally-Martinet sur la 35. Côté denté : crochet double de Bonwill sur 44 et 45, suppression de l’appui indirect. Barre linguale. Empreinte anatomo-fonctionnelle.

Résultat attendu : Équilibre de la selle unilatérale grâce au contrepoids du côté denté.

Point clé : La classe II K.A impose un ancrage renforcé du côté denté pour contrebalancer la selle en extension.


Cas Clinique 3 : Classe I Modification 1 Supérieure avec Contrainte Budgétaire

Présentation : M. C., 52 ans. Absence des 16, 17, 26, 27 et de la 24. La 23 isolée borde à la fois la selle encastrée (23-25) et les selles en extension : classe I modification 1.

Problématique : Double sollicitation sur la 23 isolée. Bridge fixé idéal, mais refusé pour raison financière.

Prise en charge : Nally-Martinet sur les 14 et 23 (côté extension), crochets Ackers sur les 13 et 25 (côté encastré). Plaque palatine pleine. Empreinte anatomo-fonctionnelle bilatérale. Information du patient sur la fragilité biomécanique et surveillance accrue.

Résultat attendu : Réhabilitation acceptable sous surveillance rapprochée.

Point clé : La hiérarchisation thérapeutique (bridge en premier lieu) et l’adaptation pragmatique lorsque le traitement idéal n’est pas réalisable.


Foire Aux Questions (FAQ)

Pourquoi ne peut-on pas traiter un édentement distal avec une prothèse fixée classique ? Un bridge traditionnel nécessite deux dents pilières de part et d’autre de la zone édentée. En l’absence de pilier distal, seule la prothèse partielle adjointe est indiquée, sauf en cas d’implantologie pour créer un ancrage artificiel.

Quelle est la différence entre la viscoélasticité de la fibro-muqueuse et l’élasticité du desmodonte ? La dent subit un enfoncement axial de 0,1 mm, immédiatement réversible via son desmodonte. La fibro-muqueuse peut se déprimer de 0,4 à 2 mm mais ne retrouve pas instantanément son volume après cessation de la pression : c’est la viscoélasticité. Ce décalage est la source des instabilités dans les classes I et II K.A.

Pourquoi le crochet Nally-Martinet est-il préféré au crochet Ackers pour les édentements distaux ? Le crochet Ackers, avec son taquet distal, agit comme un point de pivot : il génère une force de version distale sur le pilier et un basculement apical des selles. Le Nally-Martinet, grâce à sa connexion secondaire mésiale, dissocie les supports et permet à la fibro-muqueuse d’exprimer sa viscoélasticité sans traumatiser la dent.

À quel moment faut-il réaliser l’empreinte anatomo-fonctionnelle ? Après l’essai du châssis nu en bouche, une fois l’adaptation vérifiée. Elle est effectuée avec des selles porte-empreintes en résine montées sur le châssis, garnies de cire thermoplastique, pendant que le patient effectue des mouvements fonctionnels.

Quand faut-il prévoir le rebasage d’une prothèse de classe I ou II ? Un premier rebasage est systématiquement prévu à 6-8 mois après mise en bouche, car la résorption sous les selles est rapide durant cette période. Il est ensuite renouvelé à chaque signe de perte d’adaptation. Le patient doit comprendre que ce suivi est une continuité thérapeutique.

Qu’est-ce que le polygone de sustentation et pourquoi est-il important ? C’est la figure géométrique formée en reliant les appuis occlusaux directs et indirects. Plus ce polygone est large, meilleure est la résistance aux mouvements de rotation. En classe I mandibulaire, éloigner les appuis indirects des appuis directs est essentiel pour le maximiser.

Peut-on utiliser une empreinte à l’alginate pour les classes I et II K.A ? L’alginate convient pour l’empreinte de travail initiale, mais est insuffisant pour l’empreinte anatomo-fonctionnelle des selles. Cette dernière doit enregistrer les tissus sous légère pression fonctionnelle — une empreinte au repos ne reflète pas les conditions réelles de fonctionnement.

Quelle est la différence pratique entre un bandeau lingual et une barre linguale ? La barre linguale nécessite un espace ≥ 7 mm entre le plancher buccal et les collets des dents ; elle minimise le contact muqueux. Le bandeau lingual est indiqué en dessous de 7 mm : il entre en contact avec les faces linguales au-dessus du cingulum et nécessite impérativement des appuis indirects pour éviter de glisser.


Conclusion et Points Clés à Retenir

  1. Analyser avant d’agir : examen clinique, radiologique et modèles d’étude sont indispensables
  2. Respecter la biomécanique : choisir des crochets à connexion secondaire mésiale (Nally-Martinet) pour les selles en extension
  3. Ne jamais oublier les appuis indirects en classe I mandibulaire
  4. Réaliser systématiquement l’empreinte anatomo-fonctionnelle : c’est elle qui conditionne la stabilité à long terme
  5. Programmer le rebasage dès la mise en bouche : c’est une continuité thérapeutique, pas un échec
  6. Informer le patient sur l’entretien et les contrôles réguliers

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